Vie universitaire

Vers demain

Pas de journalistes, pas d'infographistes, pas de rédacteur en chef. La publication Web entièrement automatisée e! Science News créée par l’étudiant-chercheur Michaël Imbeault annonce-t-elle la couleur de l'édition sur Internet?

Par : Jean Hamann
Michaël Imbeault et son site "e! Science News". En quatre mois, ce kiosque de nouvelles scientifiques a été visité par près de 1 million de visiteurs distincts, à un rythme de 10 000 pages par jour, et la croissance se poursuit à un rythme soutenu.
Michaël Imbeault et son site "e! Science News". En quatre mois, ce kiosque de nouvelles scientifiques a été visité par près de 1 million de visiteurs distincts, à un rythme de 10 000 pages par jour, et la croissance se poursuit à un rythme soutenu.
Michaël Imbeault est le concepteur d’un site Web de nouvelles scientifiques qui pourrait faire école dans Internet. En quatre mois d’existence, son site e! Science News a été visité par près de 1 million de visiteurs distincts, à un rythme de 10 000 pages par jour, et la croissance se poursuit à un rythme soutenu. L’aspect novateur de ce site, qui, au dernier rapport, renfermait déjà 4 500 articles, est qu’il ne compte aucun employé et que Michaël Imbeault lui-même n’a aucune idée de ce qui lui tombera sous les yeux lorsqu’il clique sur la page d’accueil de sa publication: la production de ce kiosque de nouvelles scientifiques est entièrement automatisée.
   
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Michaël Imbeault n'est pas un avide lecteur de nouvelles de science. «J'en lis à l'occasion, mais je consulte surtout des articles de recherche dans des revues scientifiques, précise l'étudiant au doctorat de la Faculté de médecine. C'est pour rendre service à ceux qui s'intéressent à l'actualité scientifique que j'ai réalisé ce site.» Le Web renfermait déjà plusieurs sites spécialisés en actualité scientifique, mais vu le volume d'information à traiter et le peu de ressources que chaque site y consacre, la «fraîcheur» des nouvelles laissait souvent à désirer, juge-t-il. «J'avais aussi constaté que ces sites reprenaient les mêmes communiqués ou articles émis par différentes sources et j'ai pensé qu'il y avait moyen d'automatiser le tout.»
  
L'étudiant-chercheur a donc sélectionné 40 sources distinctes de nouvelles scientifiques disponibles sur le Web. La liste comprend des agences de presse (AP, Reuters, UPI), des médias (New York Times, LA Times, BBC, CBC, CBS), des institutions et centres de recherche scientifique (NASA, Harvard, MIT, U. of Virginia) et des publications spécialisées (Chemistry World, Nature News). Le système qu'il a mis au point analyse chaque nouveau fichier ajouté à ces sites et, à l'aide de mots-clés, il le classe dans l'une des huit sections qui composent e! Science News. Par la suite, l'éditeur automatique lui assigne une position dans la page en fonction de la fréquence de consultation de cette nouvelle dans tout le Web. Ainsi, une nouvelle peut commencer la journée en bas de page et la finir en manchette si elle connaît une grande popularité dans les différents sites où elle est affichée.
   
Le résultat est étonnant, tant sur le plan de la diversité et de l’abondance du contenu que de la présentation graphique. À plus forte raison lorsqu'on considère que Michaël Imbeault est biochimiste et que la programmation n'est pour lui qu'un loisir. En effet, il consacre le plus clair de son temps à ses recherches sur le virus du sida dans l'équipe de Michel J. Tremblay au Centre de recherche du CHUL. Ses travaux font cependant appel à la bio-informatique, ce qui lui a permis d'acquérir des connaissances qu'il a mises à profit dans la conception de e! Science News. Que ce soit pour décrypter le génome ou un texte, les analyses de similarité et d'agrégation sont de mise.

Un système «intelligent»
Le site fonctionne aujourd'hui de façon autonome, mais son concepteur a dû le superviser pendant sa période de formation. «Il faut perfectionner les filtres pour améliorer leur performance, explique-t-il. Aujourd'hui, le système classe correctement 95 % des articles qu'il traite. Des articles qui parlent de biologie dans l'espace peuvent encore lui causer des problèmes, admet-il, mais en général, je suis surpris par "l'intelligence" du système.» Les coûts d'opération du site ont de quoi faire rêver tout investisseur: ils se limitent à la location d'espace sur un serveur, soit environ 90 $ par mois. «Il n'y a pas de publicité sur e! Science News. Je le finance à l'aide des revenus que je tire d'un autre site de nouvelles consacrées exclusivement à la biologie (www.biologynews.net) que j'ai mis sur pied il y a quatre ans. Celui-là nécessite un travail manuel d'une vingtaine de minutes par jour.»
   
La mécanique sur laquelle repose e! Science News n'est pas un secret industriel. Michaël Imbeault en a d'ailleurs publié une description détaillée sur le Web (drupal.org/node/261340). «Le principe général n'est pas secret, mais l'exécution est beaucoup plus difficile à réaliser qu'il ne paraît. Le moteur doit avoir tous les bons paramètres pour ne pas générer de résultats aberrants et pour être performant. Le processus de mise au point a été plutôt long et compliqué. J'ai d'ailleurs reçu des dizaines de demandes provenant de personnes intéressées à acheter le code ou à m'engager à contrat pour réaliser un tel site dans divers domaines, mais je suis présentement très occupé par mon doctorat.»
   
Au-delà des prouesses de programmation, on pourrait s'inquiéter de la qualité de l'information scientifique diffusée dans un site qui ne fait intervenir aucun jugement humain. Même si Michaël Imbeault reconnaît qu'il procède quotidiennement à un tri pour éliminer les articles sensationnalistes de son autre publication Web, il estime que, dans l'ensemble, les nouvelles publiées dans e! Science News sont fiables et valables. «Je travaille en recherche et je sais qu'en raison de la compétition pour les subventions, les chercheurs ont tendance à exagérer la portée de leurs études dans les médias. Mais, l'effet est mineur: il y a au plus un article sur vingt qui tombe dans cette catégorie. Rien n'est parfait dans la vie.»
   
Par ailleurs, il y a des choix éditoriaux dans e! Science News, précise-t-il, mais ils ont été faits en amont, par les responsables des sites d'où proviennent les articles. «Je suis à la merci de leurs décisions et du contenu de leur site», reconnaît-il, admettant du coup que toutes les publications Web ne pourraient fonctionner comme la sienne. En effet, en dépit de tous les progrès des technologies de l'information, quelqu'un quelque part doit produire la matière première qui met en marche la grande roue de l'information.

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