Vie universitaire

Une femme de conviction

Championne reconnue des questions de sexe et de genre, Hélène Lee-Gosselin estime qu'il reste encore beaucoup à faire pour l'égalité entre les hommes et les femmes

Par : Renée Larochelle
Quelques jours avant sa mort, le 28 août dernier, l'ancienne ministre, militante féministe et auteure Lise Payette avait dit à une amie journaliste que le combat pour les femmes n'était pas terminé. «Il faut se battre encore. Je serai là, on va y arriver», affirmait-elle. À l'instar de Lise Payette, Hélène Lee-Gosselin estime que l'égalité entre les hommes et les femmes est loin d'être atteinte et qu'il faut continuer à lutter pour y arriver. «C'est tellement évident que notre société est inégalitaire, explique Hélène Lee-Gosselin. Pensons à tous les domaines réservés aux femmes, comme l'éducation, à tous les âges de la vie. De même, nous sommes encore loin de l'institutionnalisation des femmes dans le pouvoir. Par exemple, ici même, à l'Université, la table des doyens est majoritairement composée d'hommes.» Quand on lui fait remarquer que l'Université est tout de même dirigée par une femme, Hélène Lee-Gosselin convient que des progrès ont été accomplis. «Oui, c'est vrai, nous avons une rectrice et j'appelle cela un bel accident de parcours. Mais cela n'illustre pas un changement social réel.»

Professeure à la Faculté des sciences de l'administration et directrice de l'Institut Femmes, Sociétés, Égalité et Équité, Hélène Lee-Gosselin fait partie de la liste des lauréates du Prix du Gouverneur général 2018 en commémoration de l'affaire «personne». Créé en 1979 par le gouvernement du Canada pour souligner le cinquantième anniversaire de la décision historique du Conseil privé britannique affirmant que les femmes ont des droits, ce prix est remis chaque année, en octobre, à des personnes d'exception qui perpétuent le courage et la ténacité de cinq femmes. La cérémonie officielle de la remise du Prix du Gouverneur général aura lieu le 14 décembre, à Ottawa.

«Ce prix n'a de valeur pour moi que dans la mesure où il permet de renforcer l'idée qu'il y a encore beaucoup de travail à faire pour l'égalité des sexes, souligne la professeure. Je suis convaincue que pour que l'égalité se matérialise, tout le monde a son rôle à jouer, les hommes comme les femmes.»

Hélène Lee-Gosselin a été élevée dans une famille où l'éducation était grandement valorisée. «Chez nous, tous les métiers étaient considérés comme nobles, mais une fois que l'on en avait choisi un, il fallait l'exercer au meilleur de ses capacités. L'autonomie financière était un aspect très important», se rappelle-t-elle. Après avoir effectué un baccalauréat en relations industrielles à l'Université Laval, la jeune femme entreprend une maîtrise dans le même domaine. Son sujet: la construction de l'identité chez des femmes ayant fait des études universitaires et occupant des postes de professionnelles dans la fonction publique, et ce, en partant de l'idée qu'elles avaient été «socialisées» pour être des mères et des épouses.

«Aux fins de ma maîtrise, je travaillais avec un confrère de classe et pour bâtir notre échantillon, nous devions contacter par téléphone des responsables pouvant nous fournir des noms de personnes. Lorsque c'était moi qui téléphonais, la personne au bout du fil pensait que j'étais la secrétaire de mon collègue, tandis que ce dernier était automatiquement traité comme le responsable de la recherche. Ça témoigne bien de la situation!» Alors qu'elle termine sa maîtrise en relations industrielles, elle est engagée comme professeure suppléante au Département des relations industrielles de l'Université Laval. C'est pendant son doctorat en psychologie organisationnelle, effectué à l'Université du Michigan, qu'elle est retenue par le Département de management pour y enseigner, en 1981. Sa feuille de route est impressionnante, à commencer par de nombreuses études en collaboration avec les milieux et les organisations sur l'équité et la diversité en milieu de travail, l'équité salariale, l'entrepreneuriat féminin et la place des femmes dans les postes décisionnels et universitaires. Elle a aussi contribué à la création et au suivi de la Loi sur l'équité salariale du Québec, en 1996. Membre du comité scientifique du Réseau québécois en études féministes depuis sa création, championne reconnue des questions de sexe et de genre dans les instituts de recherche en santé du Canada, Hélène Lee-Gosselin estime toutefois que rien n'est gagné et qu'«il faut continuer à mettre de la pression afin que les gains acquis par les femmes soient minimalement protégés».

À son avis, le mouvement #moiaussi, qui permet aux femmes de s'identifier sur les réseaux sociaux comme victimes de violence sexuelle, est à la fois porteur de bonnes et de mauvaises nouvelles. «S'il lève le voile sur le fait que des hommes abusent des femmes de la façon la plus méprisable et la plus abjecte qui soit, le mouvement montre aussi qu'il y a des abuseurs partout», déclare-t-elle. Et si elle se réjouit de la composition du Conseil des ministres formé par le premier ministre élu François Legault, qui assure la parité des hommes et des femmes, rien n'est gagné pour autant. «Certes, il y a une progression et nous allons dans la bonne direction, martèle Hélène Lee-Gosselin. Mais il faut savoir qu'il s'agit parfois davantage d'une question d'image que parce que les gens trouvent cela vraiment important.»

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