Vie universitaire

Un message alarmiste mais inspirant

Paul Gérin-Lajoie prône un engagement accru des pays membres de la Francophonie en faveur de l’éducation de base dans les pays en développement

Par : Yvon Larose
Que chaque année 100 jeunes stagiaires provenant des États membres de la Francophonie, choisis sur la base d’un concours, entrent pour deux ans au service des différents organismes des Nations unies. Voilà la principale proposition formulée par Paul Gérin-Lajoie, le jeudi 16 octobre au pavillon Alphonse-Desjardins, lors d’une conférence prononcée à l’occasion du Rendez-vous de la coopération québécoise et canadienne dans la Francophonie. «Ces stagiaires pourraient devenir des ambassadeurs hors pair de la coopération internationale, de véritables citoyens du monde», a expliqué le premier titulaire du ministère de l’Éducation du Québec et président fondateur d’un organisme voué à l’éducation de base dans les pays en développement.

Paul Gérin-Lajoie a qualifié la coopération internationale d’«œuvre grandiose et essentielle pour l’humanité». Selon lui, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) peut faire une différence «significative» en ce domaine, notamment par un engagement accru de ses membres envers l’éducation de base. «En 2000 à Dakar, a-t-il rappelé, tous les États membres s’étaient engagés à respecter et à faire respecter l’absolue priorité de la formation de base. Il faut sortir de notre torpeur pour assurer à tous les enfants du monde une scolarité primaire vraiment gratuite conduisant à une citoyenneté à part entière.» Le conférencier croit que les pays francophones doivent reconnaître à sa juste valeur le rôle crucial joué en éducation par les organisations non gouvernementales de coopération internationale. Il a par ailleurs appelé l’OIF à intégrer pleinement l’éducation, ainsi que la culture, comme éléments stratégiques de ses politiques de développement.

Paul Gérin-Lajoie s’est dit «profondément inquiet» de l’évolution de la situation internationale. «Les projets d’allure guerrière, au nom d’une sécurité préventive, remplacent les forces de la paix, a-t-il indiqué. Les dépenses militaires l’emportent sur les besoins humains dans une proportion de 20 contre 1. Et les Sommets de Davos et du G8, bien qu'ils constituent des espaces de dialogue, sont en voie de rejeter les organismes de l’ONU dans l’ombre, sinon dans la paralysie.» Selon lui, la Francophonie peut, par son action et par l’effet d’entraînement de ses initiatives, contribuer à rétablir notre échelle de valeurs entre les instruments de guerre et les instruments de développement. «Je garde espoir, a-t-il dit. Un autre monde est possible.»

La fin des cycles générationnels de pauvreté et de maladie, dans les pays en développement, passe par l’éducation des enfants et l’alphabétisation des adultes. «Mais, a poursuivi Paul Gérin-Lajoie, l’accès des populations à l’éducation de base progresse beaucoup trop lentement. Encore aujourd’hui, la porte des écoles est fermée à plus de 80 millions d’enfants, en majorité des filles. Des millions d’enfants la quitteront avant d’avoir atteint la troisième année. Et la situation est encore pire en ce qui concerne l’alphabétisation des adultes.»

Le conférencier a dénoncé le budget canadien d’aide publique au développement qui est actuellement inférieur à 0,3 % du produit intérieur brut. Il a rappelé qu’en 2006, la contribution des autres pays francophones membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques approchait ou avait atteint 0,5 %. «Je crains vraiment un retour en arrière, a soutenu Paul Gérin-Lajoie, qui pourrait signifier un accroissement tragique des inégalités, un déni des droits fondamentaux.»

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