Vie universitaire

Un enseignement générateur d'identité

Au Québec comme partout ailleurs au monde, l’enseignement de l’histoire suscite de vifs débats d’où la vérité historique sort bien souvent écorchée

Par : Yvon Larose
«Une de nos intentions était de montrer que le Québec n’est pas le seul endroit où l’on se dispute sur l’enseignement de l’histoire, on le fait dans le monde entier. C’est naturel parce que l’enseignement de cette matière est générateur d’identité.»

Christian Laville est professeur associé au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage. Il était également co-organisateur et coprésident du sixième congrès biennal de l’Association d’études canadiennes sur l’enseignement, l’apprentissage et la communication de l’histoire. Cet événement s’est déroulé du 24 au 26 octobre à l’Hôtel PUR de Québec sur le thème «Quelle histoire pour quel avenir?». Il a attiré près d’une centaine de spécialistes en provenance de plusieurs pays. Selon le professeur Laville, le débat qui a entouré la mise en place, dans les écoles secondaires du Québec, du nouveau programme Histoire et éducation à la citoyenneté s’explique par le fait que, dans une société donnée, «il y a toujours des personnes qui trouvent que l’état actuel de la société doit être préservé et d’autres qui pensent que la société change et qu’il faut mettre l’enseignement de l’histoire à jour pour tenir compte des changements».

Lors du congrès, Christian Laville a cité quelques «guerres d’histoire» qui suscitent la controverse parmi les historiens, notamment celle qui est en cours au Pakistan. «Au Pakistan, dit-il, la distorsion des faits est davantage religieuse que politique. Le gouvernement est en train de réformer l’enseignement de l’histoire pour montrer que l’identité pakistanaise est strictement musulmane. Les références à l’hindouisme sont présentées négativement.»

De la fin de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui, les pouvoirs politiques à travers le monde ont multiplié les interventions visant à contrôler l’enseignement de l’histoire, et ce, afin de susciter l’adhésion et de légitimer l’ordre social. Pensons au Japon où les manuels scolaires ne contiennent toujours aucune référence aux massacres et exactions commis par l’armée de ce pays en Chine et en Corée dans les années 1930 et 1940. Un autre exemple: en novembre 2003, quelques mois après le début de l’invasion de l’Irak, de nouveaux manuels d’histoire ne contenant aucune référence à Saddam Hussein et au parti Baas étaient prêts à être distribués dans les écoles.

Dans certains cas, l’enseignement de l’histoire fait l’objet d’interminables débats, comme en Bosnie-Herzégovine. Après plus de dix ans de discussions, les trois communautés ethniques s’avèrent toujours incapables de définir un programme scolaire d’histoire nationale parce qu’elles ont chacune leur propre version du passé.

De nombreux participants au congrès ont abordé la question des lois dites mémorielles en France, lois qui pourraient être étendues à l’Union européenne. «Il s’exerce en France une guerre de mémoire autour de ces lois qui viennent imposer des interprétations officielles de l’histoire, indique Christian Laville. Ainsi, il est interdit de douter de faits historiques comme l’Holocauste ou le génocide arménien. Des historiens, professeurs d’histoire et intellectuels s’y opposent au nom de la liberté de l’historien.»

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