Vie universitaire

Un chemin avant tout intérieur

Vingt-cinq étudiants de l'Université Laval ont fait une marche pèlerine de 6 jours en Gaspésie en août

Par : Yvon Larose
Un des deux groupes de pèlerins-randonneurs de l'Université Laval à Percé à la fin du périple.
Un des deux groupes de pèlerins-randonneurs de l'Université Laval à Percé à la fin du périple.
Ils ont entre 21 et 62 ans. Parmi les plus jeunes, environ la moitié poursuit des études en théologie. Ceux qui composent l'autre moitié sont inscrits dans différents domaines d'études comme l'histoire, la littérature, l'architecture ou la psychologie. Fin août, 25 étudiants de l'Université Laval ont troqué leurs souliers de ville pour des chaussures de marche et pris la direction de la Gaspésie. Du 18 au 25 août, ils ont effectué une randonnée à pied de quelque 125 kilomètres entre Rivière-au-Renard et Percé. Auparavant, le groupe avait fait une réflexion théorique et critique sur le phénomène pèlerin d'aujourd'hui dans le cadre d'une école d'été de la Faculté de théologie et de sciences religieuses. L'un de ces pèlerins-randonneurs était Jalal Khaldoune. Inscrit à la maîtrise en théologie, ce Marocain d'origine, sous-lieutenant dans les Forces armées canadiennes, deviendra, à la fin de ses études en 2019, le premier aumônier militaire musulman francophone de l'armée canadienne.

«Quand je me suis inscrit à ce cours, explique-t-il, je me suis lancé d'emblée dans un univers qui m'est complètement étranger. En tant que musulman, le pèlerinage a, pour moi, toute une signification qui n'est pas forcément la même que dans le monde chrétien occidental. De façon simple, pour les musulmans, le pèlerinage représente une série de rituels symbolisant l'effort physique déployé à la recherche de la satisfaction divine, loin de toute manifestation mondaine, pour l'unique objectif de rencontrer son Créateur. Du côté chrétien, j'entends souvent les gens parler du chemin de Compostelle et de l'effort physique à fournir, plus que du côté spirituel, mais aussi de la résilience et de la volonté nécessaire pour y aboutir. Je suis venu découvrir ce côté qui concerne la résilience et le dépassement de soi.»

Jalal Khaldoune qualifie son périple de «belle aventure». À maintes reprises sur le parcours de marche, il s'est arrêté pour contempler la beauté des spectaculaires paysages qui l'environnaient. Chaque soir, il échangeait des propos sur sa journée avec les autres pèlerins dans une atmosphère fraternelle et agréable. «J'ai été séduit par la nature, dit-il, mais aussi par la bonté des habitants.» Il n'hésite pas à dire que son expérience représente une nouvelle étape dans sa vie. «L'établissement de liens d'amitié avec les différents pèlerins venus de lieux différents, souligne-t-il, m'a amené à découvrir que nous sommes tous semblables, peu importe nos différences. Je me suis découvert encore plus à travers des chemins à parcourir loin de ma famille et loin du confort de chez moi.»

L'Université Laval est le premier établissement universitaire de la francophonie à offrir une formation théorique et pratique sur le phénomène pèlerin. Le responsable de cette école d'été est le doctorant en théologie Éric Laliberté. Sa recherche doctorale porte justement sur le chemin de Compostelle comme modèle de référence de l'expérience pèlerine dans sa dimension spirituelle.

«Une expérience spirituelle, qu'est-ce que cela signifie au 21e siècle?, demande-t-il. Le pèlerinage n'est plus rattaché à la religion catholique. Cela dit, il n'exclut pas la croyance religieuse. Les pèlerins viennent quand même réfléchir sur leur spiritualité. Si certains viennent vivre quelque chose pour eux, d'autres viennent réfléchir au sens de la vie.»

Selon lui, le Québec se démarque avec près d'une trentaine de chemins de pèlerinage. «On en trouve dans tous les pays, poursuit-il. Depuis 40 ans, Compostelle attire les pèlerins. On a dépassé le phénomène de mode. Ce parcours est rendu tellement populaire. En 2017, le chiffre officiel annuel de Compostelle était de plus de 300 000 pèlerins.»

Éric Laliberté a participé à l'organisation du pèlerinage en Gaspésie. Il a aussi agi comme accompagnateur. «Le bilan est positif, affirme-t-il, tous ont aimé l'expérience de ce contact intense avec la nature et de ce contact riche avec les autres pèlerins. L'école d'été leur a permis de savoir où en était le phénomène pèlerin au 21e siècle. Sur le chemin, la rencontre s'est faite dans la diversité. Ils ont démontré de l'ouverture dans leur accueil. La beauté de l'expérience est qu'ils se sont ouverts à la spiritualité de l'autre.»

Jonathan Drouin étudie au baccalauréat en théologie. S'il s'est inscrit à l'école d'été, c'est pour avoir une idée de Compostelle, un rêve qu'il entend réaliser un jour. «Une idée tant sur le plan de la marche que sur ce qui se vit sur le plan personnel», précise-t-il. L'aventure l'attirait, autant le volet spirituel que le volet sportif. «Pour moi, dit-il, toute expérience est l'occasion de vivre des moments spirituels.» Au fil des kilomètres, sa détermination à se rendre jusqu'au bout renforcissait. «Mais aussi un lâcher-prise sur le temps, poursuit-il. Un moment donné, j'avais l'impression que le temps n'existait pas. Bref, ma relation au temps a changé durant le pèlerinage.»

Au début de sa randonnée, l'étudiant pensait à plein de choses, à sa fiancée, à ses études, à son travail et autres. Puis, son esprit est sorti de ces cadres. «C'est comme si, au début, je pensais au futur ou au passé et qu'à un moment, après plusieurs kilomètres, la marche m'avait amené au moment présent, explique-t-il. Et quand on vit le moment présent, l'esprit vagabonde où il veut. Il n'est plus occupé, il est libre!»

Chaque soir, les pèlerins-randonneurs socialisaient. Avant les premiers échanges, Jonathan Drouin s'est demandé ce qu'il devait dévoiler aux autres. «J'ai décidé d'être tout à fait moi-même, souligne-t-il. Ce fut la meilleure décision parce que j'ai pu avoir des discussions authentiques et développer des relations du même genre.»

Ce pèlerinage fut, pour lui, une expérience «puissante». «Cette expérience, soutient-il, m'a apporté beaucoup de bien, une sorte de paix intérieure. En fait, je dirais que cette expérience m'a apporté beaucoup d'amour. J'ai eu l'occasion d'avoir des échanges authentiques avec des gens authentiques. J'avais l'impression que toutes mes relations devenaient plus authentiques: ma relation avec la nature, avec les gens du groupe et toute personne que je croisais, ma relation avec moi-même et même ma relation avec Dieu. J'aimais la nature, les gens, moi et la vie d'une façon que je n'avais jamais vraiment ressentie auparavant. Le défi qu'il me reste? Garder cet amour dans ma vie quotidienne.»

Quelques vidéos ont été tournées durant le pèlerinage en Gaspésie. Elles sont accessibles sur la page Facebook de la Chaire de leadership en enseignement Jeunes et religions de l'Université Laval.

 

jolianne_ottawa_pelerinage_Gaspesie_credit_brigitte_harouniJolianne Ottawa est inscrite au baccalauréat en sciences infirmières. Elle a entrepris son pèlerinage avec des objets de sa culture ancestrale atikamekw, notamment des plumes d'aigle, un ruban de guérison et un bâton de marche.
Photo : Brigitte Harouni

pelerinage_gaspesie_credit_brigitte_harouni La nature était omniprésente tout au long du parcours des pèlerins-randonneurs de l'Université Laval.
Photo : Brigitte Harouni

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