Vie universitaire

Toute une conquête

La défaite des Français aux mains des Anglais lors de la guerre de Sept Ans a signé l’arrêt de mort de la Nouvelle-France, rappelle Patrice Groulx, conseiller scientifique pour l’exposition «1756-1763: récit d’une guerre», présentée au Musée de la civilisation

Par : Renée Larochelle
Demandez à un Québécois de vous parler de la guerre de Sept Ans et il est probable que la récolte d’informations sera mince. Par contre, le même individu sera sûrement plus volubile si vous engagez la conversation sur la bataille des plaines d’Abraham qui a sonné le glas du Régime français en Nouvelle-France en 1759. Morale de l’histoire: peu de gens savent que cette fameuse bataille s’inscrit dans le contexte beaucoup plus large de la guerre de Sept Ans, et qu’elle ne représente que l’une des quelque 70 batailles qui se sont déroulées à la fois en Amérique du Nord, en Europe et en Inde de 1756 à 1763. Ceux et celles qui veulent combler certains trous de mémoire sont invités à visiter l’exposition intitulée «1756-1763: récit d’une guerre», présentée par le Musée de la civilisation à partir du 10 juin. Professeur au Département d’histoire, Patrice Groulx agit comme conseiller scientifique dans cette exposition d’envergure. Il peut vous entretenir abondamment de ce conflit majeur considéré (à tort) comme la première guerre mondiale du fait qu’il se soit déroulé sur plusieurs continents en même temps et dont l’issue fut le statu quo en Europe, mais une victoire britannique en Amérique du Nord et en Inde.

Une question de point de vue
«La guerre de Sept Ans est une guerre européenne qui a eu des ramifications mondiales à cause de tous les espaces coloniaux qui étaient en jeu, y compris les colonies de l’Inde et des Philippines, explique ce spécialiste de la mémoire sociale et de la commémoration. C’est en fonction de leurs intérêts politiques que la plupart des pays européens et leurs colonies se sont trouvés en guerre. En fait, le conflit opposait principalement la France et la Grande-Bretagne, d’une part, et l’Autriche à la Prusse, d’autre part. La partie nord-américaine du conflit opposait la Grande-Bretagne et ses colonies d’Amérique aux Français et à leurs alliés indiens. Au Canada, on parle ainsi de “Guerre de la Conquête” alors qu’aux États-Unis, on l’appelle plutôt French et Indian War. C’est tout dire.»

Qu’y aura-t-il à voir dans cette exposition qui devrait ravir les amateurs d’histoire et autres? Pour raconter, rien de mieux que de montrer des objets témoignant de l’époque et de la diversité des forces en présence: épée suédoise, sabre prussien, cuirasse autrichienne, tomahawks, fusils, mousquets et uniformes. Sans compter une lettre du général Wolfe à son oncle et une timbale ayant appartenu au général Montcalm. Il y aura aussi des écrits de propagande, des documents officiels, des tableaux et des gravures. Les concepteurs ont eu également l’idée de faire parler les gens ayant vécu de près cette guerre. Par la voix de comédiens, on entendra entre autres un soldat français, un autochtone, une jeune acadienne et un soldat britannique.

Le ton juste
«Dans ce projet d’exposition, le défi consiste à trouver le ton juste et à ne pas avoir de parti pris, dit Patrice Groulx. Il est certain que nous vivons aujourd’hui les conséquences de la défaite des Français aux mains des Anglais lors d’une bataille qui a eu lieu lors de la guerre de Sept Ans et qu’à ce titre, nous sommes un peu émotifs face à cet épisode de notre histoire. Cela dit, je ne pense pas que les Français aient abandonné la Nouvelle-France en 1759, comme on l’entend dire parfois. Ils ont simplement perdu la guerre et ont dû s’incliner. Nous n’avons rien non plus à reprocher à nos ancêtres qui se sont vaillamment défendus contre les Anglais.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!