Vie universitaire

Sur les traces d'un lointain passé

Les fouilles menées cet été au Québec par des étudiants en archéologie ont donné lieu à de belles découvertes s’étalant sur plusieurs siècles, certaines remontant même à l’an 1000 de notre ère

Par : Yvon Larose
L'équipe du chantier-école en archéologie préhistorique à l'oeuvre cet été. De gauche à droite: Joannie Gemme, Jérémie Paquette, Yoann Pépin, Marie-Soleil Bruyère et Thierry Modica. Ce site s'ajoute à d'autres encore non fouillés qui s'étalent sur une superficie d'environ 500 mètres carrés sur un même plateau.
L'équipe du chantier-école en archéologie préhistorique à l'oeuvre cet été. De gauche à droite: Joannie Gemme, Jérémie Paquette, Yoann Pépin, Marie-Soleil Bruyère et Thierry Modica. Ce site s'ajoute à d'autres encore non fouillés qui s'étalent sur une superficie d'environ 500 mètres carrés sur un même plateau.
Cet été, 21 étudiants et étudiantes inscrits à la maîtrise ou au doctorat en archéologie, de même qu’une quinzaine d’autres inscrits au baccalauréat, ont effectué des fouilles sur 6 sites de la région de Québec ainsi que sur un septième situé à Rivière-Ouelle, dans la région du Bas-Saint-Laurent.

Le chantier-école du programme d’archéologie de l’Université était présent à deux endroits: au lac Saint-Charles et dans la basse-ville de Québec. Pour la première fois, l’Université a tenu un chantier-école en archéologie préhistorique. Cela s’est fait dans le secteur des Marais du Nord, au lac Saint-Charles, sur le site d’un campement amérindien occupé vers l’an 1000 de notre ère. Les étudiants-stagiaires ont mis au jour des outils de pierre, des restes culinaires sous forme d’os d’animaux carbonisés et des fragments d’une poterie de terre cuite décorée. Les outils de pierre sont une pointe, des grattoirs et des couteaux. «Ces pierres taillées proviennent de différentes sources situées très loin du site, soit le lac Saint-Jean, l’extrême nord de la péninsule du Labrador et les Appalaches», indique Michel Plourde, archéologue et chargé de cours au Département d’histoire. Le réseau de communication de l’époque était apparemment très long.»

Pour une huitième année d’affilée, des étudiants-stagiaires ont exploré le site de l’Îlot des palais situé près de la gare du Palais. L’objectif consistait à continuer la fouille du secteur sud-ouest du site occupé à la fin du 17e siècle par le premier palais de l’intendant, le centre administratif de la Nouvelle-France. Plusieurs vestiges architecturaux ont été découverts, notamment deux drains en pierre et une latrine. Les vestiges dateraient du 18e siècle et possiblement du siècle précédent. Si certains vestiges sont associés à des dépendances datant de la première moitié du 18e siècle, d’autres sont associés à différentes habitations des 18e et 19e siècles. Un second chantier a été mené au même endroit par la Ville de Québec. Les fouilleurs, dont des étudiants de Laval, ont découvert des niveaux probables de jardins du premier palais de l’intendant et ce qui ressemble fort à des traces d’un ancien chantier naval.

De Cap-Rouge à la Terrasse Dufferin
Le site Cartier-Roberval, sur le promontoire de Cap-Rouge, est l’emplacement de la toute première tentative de colonisation française en Amérique du Nord, entre 1541 et 1543, par le navigateur Jacques Cartier et le sieur de Roberval. Cet été, le chantier de fouilles, dont la conduite était assurée par la Commission de la capitale nationale du Québec, a permis la mise au jour de plusieurs éléments structuraux en pierre, notamment deux murs en pierres sèches, et de plusieurs pièces de bois carbonisées qui pourraient indiquer la présence d’au moins trois îlots de bâtiments. «Certains murs étaient construits en bois et, de toute évidence, quelques-uns possédaient un soubassement en pierres sèches ou liées avec de l’argile, explique Caroline Girard, étudiante à la maîtrise et assistante-archéologue sur le site. D’autres murs étaient simplement composés d’argile comprimée entre des lattes de bois.»

De nombreux artefacts ont aussi été découverts. «Quelques belles pièces de facture européenne constituent de très belles découvertes et témoignent du statut de certains des occupants du site», souligne l’étudiante. Ces artefacts consistent, entre autres, en quatre tessons de faïence italienne, deux petites clés en métal cuivreux, une pièce de monnaie et un possible jeton de jeu de dames. «La surprise de cet été, précise Caroline Girard, a toutefois été la présence de graines dans certains sondages, dont deux d’olives et d’autres de prunes importées d’Europe.»

La Terrasse Dufferin, devant le Château Frontenac, a été le lieu, encore cet été, d’un important chantier de fouilles placé sous la responsabilité de Parcs Canada. Quatre forts et deux châteaux ont été érigés à cet endroit entre 1620 et 1834. Les recherches menées sur les sols associés à l’occupation des lieux par Champlain et ses hommes ont permis de découvrir des vestiges du logis de Champlain, construit en 1626, à l'intérieur du premier fort Saint-Louis, ainsi que des perles de verre que l’on utilisait pour la traite des fourrures, des plombs de chasse et des carreaux de revêtement en terre cuite. On a également trouvé des pipes en terre cuite argileuse blanche que l’on attribue à l’occupation du premier fort Saint-Louis par les frères Kirke entre 1629 et 1632. La cage d’escalier du château Saint-Louis de 1723, une partie importante d’un four à pain construit sous le Régime anglais, de même que les murs de fondations d’un hall d’entrée construit entre 1808 et 1811 figurent au nombre des vestiges mis au jour.

Trois lieux de culte
Trois églises de l’époque coloniale ont fait l’objet de fouilles cet été. Dans le Vieux-Beauport, sous le stationnement de l’église actuelle, les recherches ont permis de découvrir les fondations de la première église construite entre 1672 et 1676. «Les résultats obtenus sont plutôt satisfaisants, puisque nous avons pu mettre au jour les vestiges de la première église, tout particulièrement l’abside, son parvis, ainsi que ses murs latéraux, explique l’étudiante à la maîtrise Jacynthe Bernard. Nous avons pu documenter également le presbytère ainsi que les bâtiments qui s’y sont rattaché au fil des années, notamment deux latrines, l’une datant du 18e siècle et l’autre du 19e siècle, ainsi qu’un puits.» Dans l’arrondissement de Charlesbourg, secteur du Trait-Carré, les fouilleurs ont mis au jour les fondations de la première église construite en 1697. «Nous avons pu retrouver la portion ouest de l’église, soit le mur de façade et une bonne partie des murs nord et sud, indique l’étudiante à la maîtrise Marie-Annick Prévost. Nous avons également fouillé quelques sépultures qui se trouvaient près des fondations.» Enfin, une équipe a mis au jour les murs de fondations de la première église de Rivière-Ouelle, un bâtiment construit en 1694. «Il s’agit du mur de façade, d’un mur latéral, ainsi que d’un transept de l’église, précise l’étudiant à la maîtrise Étienne Taschereau. Nous avons aussi mis au jour d’autres murs se rapportant à l’agrandissement de l’église.» Ces fouilles se sont déroulées sous la rue qui longe le cimetière actuel. Non loin de là et toujours sous la rue, on a découvert, en 2006 et 2007, une cinquantaine de sépultures et concentrations importantes d’ossements datant de la deuxième moitié du 19e siècle à la première moitié du 20e.

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