Vie universitaire

Sur la piste des ancêtres

À la demande de l'Office du tourisme de Québec, la Chaire de recherche en partenariat sur l'attractivité et l'innovation en tourisme réalise un rapport sur le tourisme généalogique

Par : Yvon Larose
Dans le parc des Ancêtres, sur l'île d'Orléans, un monument rend hommage à la mémoire des quelque 300 familles souches qui se sont établies sur l'île, au temps de la Nouvelle-France.
Dans le parc des Ancêtres, sur l'île d'Orléans, un monument rend hommage à la mémoire des quelque 300 familles souches qui se sont établies sur l'île, au temps de la Nouvelle-France.
«Il s'agit d'une quête très personnelle, qui transporte. Ceux qui vont en Europe ont fait des recherches. Ils se sont investis. Ils n'arrivent pas là par hasard. Ils trouvent parfois des traces tangibles, matérielles, comme la maison où l'ancêtre est né, ou l'église où il s'est marié. Le temps est compressé. Toucher du doigt ces édifices donne l'impression d'être au plus près de notre ancêtre. C'est très émouvant.»

L'expérience particulière dont parle la professeure Pascale Marcotte, du Département de géographie, un nombre grandissant de Québécois la vivent. «Le tourisme généalogique est relativement peu connu, soutient-elle, mais il est en train de devenir un phénomène social. Assez diffuse, cette forme de tourisme, sur laquelle il n'existe pas de statistiques précises, est encore peu étudiée par les chercheurs.»

La professeure est la responsable scientifique de la Chaire de recherche en partenariat sur l'attractivité et l'innovation en tourisme. Elle met la dernière main à un rapport sur le tourisme généalogique commandé par l'Office du tourisme de Québec. Selon elle, il s'agirait là d'un produit potentiel qui viendrait enrichir le tourisme culturel local, lequel est déjà porteur et très attrayant. «Certains touristes, indique-t-elle, viennent à Québec pour des recherches généalogiques. D'autres veulent se rapprocher de leur histoire familiale afin de mieux comprendre d'où ils viennent.»

Il faut dire que Québec et sa région immédiate, soit l'île d'Orléans, la Côte-de-Beaupré et Portneuf, ont été d'importants lieux de colonisation. Idem pour la région de Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. Une vingtaine de familles souches se seraient établies là-bas, avec des noms tels que Michaud, Dionne, Soucy ou Pelletier. «Et Québec, ajoute Pascale Marcotte, est particulièrement bien outillée pour la généalogie, avec la présence de différentes institutions centenaires, notamment les monastères, et de centres d'archives, entre autres Bibliothèque et Archives nationales du Québec.»

Selon elle, plusieurs facteurs expliquent l'engouement pour le tourisme généalogique au Québec. On peut penser à l'éclatement des familles et à son corollaire, le changement des noms de famille. Il y aussi le besoin de repères, d'ancrages pour, dit-elle, «organiser notre propre histoire dans une vie moderne axée sur la mobilité et le changement». Mais il ne faudrait pas oublier la volonté d'un nombre croissant de touristes de sortir des sentiers battus pour vivre un tourisme expérientiel, original et relationnel. «Les touristes ne veulent plus d'un regard distant, affirme-t-elle, mais bien d'une interactivité avec les habitants du lieu visité. Ils recherchent de plus en plus un investissement cognitif accompagné d'une dimension émotive. Ils veulent être touchés.»

Une autre explication serait d'ordre générationnel. «Les personnes attirées par le tourisme généalogique ne sont pas des historiens, souligne Pascale Marcotte. En fait, elles ont toutes sortes de profils. Mais il est clair que la plupart d'entre elles sont issues de générations vieillissantes, plus scolarisées que les générations précédentes, avec une conscience historique plus aiguë. De plus, elles sont habituées à la recherche sur Internet, où se trouve une masse de documents généalogiques.»

Si de nombreux Québécois se rendent en Europe, en particulier en France, dans l'intention de poser le pied là où l'histoire de leur famille a commencé, d'autres «touristes des racines», Américains ceux-là, convergent vers le Québec. Il faut rappeler que le Québec a connu une véritable saignée entre les années 1840 et 1930. Des descendants de ces Québécois immigrés au sud de la frontière viennent au Québec pour retrouver leurs origines. Et ils seraient nombreux, au dire de la professeure. «Comme les francophones d'ici, explique-t-elle, ces Américains sont à la recherche de quelque chose d'authentique et de vrai, de matériel ou d'immatériel, à propos de leur histoire passée.»

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