Vie universitaire

Renverser les préjugés

Avec l’aide d’Entrepreneuriat Laval, les étudiants Abdoul Pio et Nassirou Lo ont lancé leur propre entreprise et ont pu ainsi s’intégrer plus facilement à leur société d’accueil

Par : Pascale Guéricolas
«Un petit chausson avec ça?» Abdoul Pio et sa conjointe Quan Gan ont fière allure dans leur tablier rayé, derrière le comptoir de leur petit café situé au centre commercial Place Fleur de Lys. Cela fait maintenant un an que ces deux étudiants en sciences infirmières, arrivés au Québec en 2004, ont plongé dans l’univers des affaires. Originaire du Bénin, un petit pays de l’Afrique de l’Ouest, Abdoul a passé une décennie dans le sud de la Chine, non loin de Hong-Kong. Sa carrière de chirurgien-dentiste allait bon train là-bas, et il y a même rencontré l’amour. Pourtant, aux yeux de la société chinoise, il demeurait un étranger. Difficile, par exemple, d’acheter un bien ou d’espérer que son futur enfant possède la citoyenneté du pays.

«Les Chinois s’estiment assez nombreux, rigole-t-il, on a donc décidé d’émigrer dans un pays francophone, car ma conjointe parlait un peu français.» Seulement voilà, une fois arrivé au Québec, le praticien découvre qu’exercer son métier ici s’avère quasiment impossible tant l’entrée à l’Ordre des chirurgiens-dentistes se révèle restreinte. Finalement, il opte pour la profession d’infirmier et s’inscrit à l’Université Laval, où il obtiendra son diplôme l’automne prochain. Après avoir suivi le programme de francisation, son épouse Quan Gan, étudiante elle aussi en sciences infirmières, a travaillé dans les hôtels, une situation qui ne lui convenait guère. L’idée de devenir leurs propres patrons commence alors à germer dans la tête du couple qui décide de s’associer à un ami. «Lorsque je les ai rencontrés, ils pensaient acheter un dépanneur», raconte Alain Cadoret. Le conseiller à Entrepreneuriat Laval les a finalement convaincus d’opter pour une franchise, car le risque financier y est plus limité. Justement, le propriétaire d’un café Treats, une marque ontarienne, cherchait à le vendre. «J’ai facilité la discussion avec le banquier qu’Abdoul sollicitait pour un prêt, note Alain Cadoret. En lui présentant des états financiers mois après mois, il a pu juger de la rentabilité du commerce.»

Depuis, Quan Gan travaille au café qui vend des viennoiseries et des repas légers, avec l’assistance d’une employée et de son époux en début et en fin de journée. Les affaires vont bien, même si l’arrivée de ce couple d’immigrants n’est pas passée inaperçue dans le centre commercial. «Nous avons perdu certains clients réguliers, constate Abdoul Pio, mais nous en avons aussi gagné de nouveaux. Je pense qu’il faut toujours garder le sourire, car on ne peut rien faire contre le racisme. Par contre, je suis convaincu que ce commerce nous a beaucoup aidés à nous intégrer dans la société, car nous nous sommes fait des amis.»

Services en ingénierie informatique
Pour sa part, Nassirou Lo n’a pas eu pour l’instant à subir de préjugés liés à la couleur de sa peau. D’origine sénégalaise, il a fait son doctorat en mathématique en France avant de choisir le Québec comme terre d’accueil en 1998 et de devenir, pendant quelques années, professionnel de recherche à l’Université Laval. Aujourd’hui, il consacre toutes ses énergies à la mise au monde d’OptLogic, une société de services en ingénierie informatique (SSII). «C’est un de mes compatriotes qu’Entrepreneuriat Laval avait aidé pour sa propre entreprise qui m’a donné envie de devenir entrepreneur, se souvient le jeune homme. J’ai toujours été intéressé par les algorithmes et leur capacité à résoudre les programmes en nombres entiers pour résoudre les problèmes difficiles.» Même si, à première vue, ses recherches semblent relativement théoriques, les applications pratiques ne manquent pas. Il suffit, par exemple, de penser à la mise au point de logiciels basés sur l’optimisation. Grâce à de tels outils, une entreprise de transport peut mieux planifier l’utilisation de sa flotte de camions, tandis que le service du personnel met moins de temps à gérer les horaires de travail selon la convention dont relève chaque employé. Finalement, les entrepreneurs économisent en rentabilisant leurs ressources.

À l’aise comme un poisson dans l’eau dans le monde de la recherche, Nassirou Lo a dû se familiariser avec un nouveau vocabulaire pour solliciter l’aide des bailleurs de fonds. «Il existe peu de capitaux pour ce type de recherches, témoigne Alain Cadoret. Il faut donc bien vulgariser des concepts abstraits pour convaincre les financiers d’investir dans l’entreprise.» Apparemment, ses conseils ont porté des fruits. Il y a quelques jours, le fondateur d’OptLogic apprenait que le Conseil national de recherches Canada lui octroyait une subvention de 50 000 $. Cette somme, qui s’ajoute aux 25 000 $ investis par le jeune entrepreneur, lui permet d’envisager avec optimisme le développement du produit, puis sa commercialisation dans un an, peut-être, sous forme de programmes informatiques.

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