Vie universitaire

Regards croisés sur la forêt

Une discussion sur une base disciplinaire permettra de voir comment aborder le monde forestier de la façon la plus globale possible

Par : Yvon Larose
La forêt offre aux chercheurs en sciences humaines et sociales de multiples sujets d'étude.
La forêt offre aux chercheurs en sciences humaines et sociales de multiples sujets d'étude.
Immenses, majestueuses, parsemées de milliers de lacs et de rivières, habitat de centaines d'espèces animales, les forêts couvrent près de la moitié du territoire québécois, soit 761 000 kilomètres carrés. Cet univers complexe et fascinant joue un rôle de premier plan du point de vue économique, social ou environnemental avec ses ressources naturelles, ses écosystèmes, ses sites d'intérêt et ses paysages exceptionnels.

Depuis longtemps, la forêt suscite l'intérêt des chercheurs universitaires. Afin de mieux définir la place qu'occupent les sciences humaines et sociales en sciences forestières, un séminaire d'une journée se tiendra le 16 mars à la Forêt Montmorency. L'activité réunira des professeurs, des chercheurs postdoctoraux et des étudiants aux cycles supérieurs. Le séminaire a été mis sur pied par un comité composé, entre autres, du professeur Étienne Berthold, du Département de géographie. Ce département est rattaché à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique.

«Le séminaire se veut un moment de réflexion sur l'interdisciplinarité et sur l'intersectorialité entre des disciplines scientifiques qui, traditionnellement, se parlaient plus ou moins, explique le professeur. Or, il y a aujourd'hui de plus en plus de groupes sociaux qui cherchent à marquer leur appartenance à la forêt. Pourvoiries, activités de chasse et de pêche, randonnées pédestres et autres, les usages se multiplient. Cela montre la nécessité de l'analyse sociale en ce domaine. Le temps est venu pour les urbains, les ruraux et les forestiers de voir ce qu'ils ont en commun.»

Une indication de cette tendance est la diversité des provenances des personnes qui assisteront au séminaire. «Je suis très surpris, dit-il. À titre d'exemple, des travailleurs sociaux ont comme projet de démarrer une entreprise de réinsertion sociale à proximité d'une terre forestière.»

De la recherche en foresterie autochtone à la gouvernance de la forêt, en passant par la gestion des paysages et la participation du public et des partenaires sur les orientations en matière de gestion et de mise en valeur du territoire, la forêt offre aux chercheurs en sciences humaines et sociales de multiples sujets d'étude.

«Je crois que le moment est venu pour une certaine convergence entre chercheurs, soutient Luc Bouthillier, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt. Par exemple, la science politique peut s'intéresser à la gouvernance. La sociologie peut s'intéresser à la participation du public dans une quête d'acceptabilité sociale pour les pratiques forestières. Chacun a son coffre d'outils, mais l'enjeu est le même. Il consiste à aborder la forêt de la façon la plus globale possible.»

Surnommé, à une certaine époque, le «forestier social» de son département, le professeur rappelle que la foresterie en Occident n'était perçue, jusqu'à il y a une trentaine d'années, que comme un fournisseur de matière première pour l'industrie. «Je crois que nous nous dirigeons vers la formation d'une communauté de pratique où les chercheurs échangent sur leurs activités, poursuit-il. La forêt interpelle plusieurs disciplines. Aujourd'hui, nombre de forestiers de terrain de partout se sentent assiégés alors qu'une nouvelle culture forestière, englobant les enjeux sociaux, se met en place. Ultimement, la forêt pourrait permettre de vivre des expériences interdisciplinaires encore plus poussées, en combinant la forêt et la médecine par exemple. La pression artérielle baisse lorsqu'on marche en forêt. Cette réaction physiologique varie-t-elle selon les types de forêts?»

Isabelle Paré est professeure au Département d'information et de communication. Dans ses interventions lors du séminaire, elle prévoit discuter avec les participants de différentes façons d'aborder les communications sur la forêt «dans le but de cerner la variété des façons dont la forêt est comprise, conçue et discutée». Selon elle, il existe un bon potentiel d'interdisciplinarité entre les sciences humaines et sociales et les sciences forestières. Pour elle, le problème que représentent les acronymes ou le lexique forestier en général n'est «que la pointe d'un iceberg fascinant à explorer».

Dans le monde forestier, la dimension «communication» repose sur informer, dialoguer, éduquer et transférer des connaissances. «Pourtant, souligne Isabelle Paré, la communication révèle tout son potentiel fertile quand on la réfléchit aussi au-delà de la dyade expert / profane, surtout dans un contexte de communication sur l'environnement. La logique du “ si on expliquait mieux, les gens nous comprendraient et accepteraient ” est loin d'être la plus efficace ou satisfaisante, pour tous, d'ailleurs.»

Le séminaire aura lieu vendredi, à la Forêt Montmorency. Transport aller-retour à partir du pavillon Abitibi-Price et dîner sur place. L'inscription est gratuite, mais obligatoire. Les places sont limitées. Pour information: etienne.berthold@ggr.ulaval.ca

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