Vie universitaire

Quelques clichés à dépoussiérer

Dans une série de quatre conférences, Alain Faucher revisite les lieux communs sur saint Paul, ce personnage clé des premiers temps du christianisme

Par : Yvon Larose
Saint Paul, contrairement à ce que prétend une minorité d’historiens, ne peut être qualifié de véritable fondateur du christianisme, et ce, malgré sa théologie audacieuse et son missionnariat dans le bassin méditerranéen. Ce juif orthodoxe ne s’est pas non plus converti, au sens strict du terme, à la religion chrétienne. Sa fameuse rencontre avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas fait dire à certains qu’il aurait vécu une expérience d’altération de la conscience. En outre, la Bible, contrairement à ce que véhicule l’iconographie historique, ne contient aucune mention à l’effet que Paul serait tombé au bas de son cheval à ce moment-là. Quant aux propos teintés de misogynie qui lui sont attribués, ils ne figurent pas tous dans les écrits dont il est l’auteur, du moins ceux dont l’authenticité ne fait aucun doute.

Entre le 3 février et le 28 avril, Alain Faucher, professeur titulaire à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, aura prononcé quatre conférences sur saint Paul, toutes à l’église Saint-Charles-Borromée de l’arrondissement de Charlesbourg. «Comme professeur d’exégèse biblique, explique-t-il, j’amène le grand public à réfléchir sur saint Paul et à dépasser les lieux communs le concernant. Cette occasion de décaper les idées reçues sur un personnage clé des débuts du christianisme passe très bien. À la première conférence, 178 personnes étaient présentes.»

Selon le professeur Faucher, il faut voir Paul non comme le fondateur d’une religion mais plutôt comme un interprète de génie du message de Jésus de Nazareth. «Paul se définit d’ailleurs, dans ses épîtres, comme un serviteur du Christ et subordonné à l’Évangile, indique-t-il. Il a fortement contribué à définir et à clarifier les concepts d’une nouvelle manière de vivre le prolongement du judaïsme. Ces concepts sont par la suite devenus des normes dans le système doctrinal propre au christianisme.»

Alain Faucher critique le terme “conversion” pour ce chrétien de première génération. «Paul, soutient-il, n’a pas fait de rupture complète d’avec sa foi antérieure. Il a été un pont entre la pensée juive et la nouvelle ramification du judaïsme qu’était le christianisme. Il a fait un choix radical en continuité et en cohérence avec la totalité de sa foi.»

Sur les 14 épîtres attribuées par la tradition chrétienne à saint Paul, il n’y en a que 7 dont l’authenticité ne fait aucun doute. «Paul se montre très discret dans ces lettres sur l’expérience de révélation très forte qu’il a vécue en se rendant à Damas pour persécuter les premiers chrétiens en tant que juif traditionnaliste zélé, souligne le professeur Faucher. Cette expérience, selon les sociocritiques américains, pourrait être une manifestation d’“état de conscience altéré”. Ce concept est valable dans plusieurs cultures, même aujourd’hui, comme un mode de connaissance tout à fait plausible.»
Alain Faucher soutient qu’il est faux de dire que saint Paul était contre les femmes. «Dans l’Ancien Testament, qui est la base du judaïsme, le rôle de la femme est très positif, affirme-t-il. Des recherches menées en Europe démontrent que sa culture hellénistique pourrait expliquer les réticences qu'il exprime quant aux conduites qui conviennent dans certaines situations concrètes de la vie des communautés chrétiennes naissantes.»

Une époque en pleine ébullition
Né au début de l’ère chrétienne dans ce qui était alors la Turquie, Paul de Tarse est mort à Rome vers l’an 65. Citoyen romain de culture juive et grecque, il est resté dans l’histoire comme un ardent promoteur de l’expansion du christianisme naissant dans un empire bigarré, pacifié et unifié où la mobilité était aussi bien physique que spirituelle et sociale. «Le système de voies romaines avait amené une révolution dans les déplacements et favorisé l’implantation, partout dans le monde méditerranéen, de communautés chrétiennes, précise Alain Faucher. À lui seul, Paul aurait parcouru quelque 20 000 kilomètres dans ses voyages missionnaires.»

À cette époque, l’empire romain comptait environ 2 000 chrétiens. La moitié d’entre eux vivait autour de Jérusalem. «Les Romains ont détruit le Temple de Jérusalem en l’an 70, ce qui a amené la dispersion du peuple juif à travers le monde, explique le professeur. La branche chrétienne du judaïsme aurait pu disparaître si elle avait été concentrée à Jérusalem.»

La prochaine conférence d’Alain Faucher aura lieu le 14 avril sur le thème «Les traces écrites de saint Paul: une correspondance inoubliable». L’église Saint-Charles-Borromée est située au coin du boulevard Louis-XIV et de la 1ère avenue. Pour information: 623-1847, ou presbytere@saintcharlesborromee.com.

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