Vie universitaire

Quel bon français?

Les futurs enseignants voudraient être des modèles pour leurs élèves, mais ils ne savent pas toujours quel niveau de langue orale privilégier avec eux

Par : Renée Larochelle
Les futurs enseignants au préscolaire et au primaire sont conscients qu’ils ont la responsabilité sociale de bien s’exprimer oralement devant leurs élèves et considèrent qu’ils doivent être en quelque sorte des modèles linguistiques pour eux. En effet, ils identifient très bien les situations de communication où il faut adopter un registre standard plutôt qu’un registre familier. Cependant, leur confiance en ce qui a trait à leur capacité de s’exprimer en bon français devant une classe est passablement limitée. Ils craignent aussi que l’utilisation d’un français trop soigné ait pour effet de créer un fossé entre les élèves et eux.

Tels sont quelques-uns des résultats d’une étude effectuée par Martine Mottet, professeure au  Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage et qu’elle a livrés le 22 avril, lors d’une conférence organisée conjointement par le Centre de recherche universitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIPFE) et la Chaire de recherche du Canada en formation à l’enseignement. L’exposé avait pour titre «Les futurs enseignants et la norme du français oral: représentations, attitudes sociolinguistiques et pratiques linguistiques». La recherche a été menée en 2005 auprès de 69 étudiants au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’Université de Montréal. La presque totalité des participants était de sexe féminin (98 %) et l'âge moyen était de 22 ans.

Un lecteur de nouvelles
«Au départ, les étudiants ont une conception partagée de la langue d’enseignement à privilégier, explique Martine Mottet. Par exemple, quand on leur demande comment les enseignants devraient s’exprimer devant leurs élèves, plus de 30 % répondent “en français international” tandis que 38 % choisissent “un bon français avec quelques expressions et mots familiers”.» S’ils entretiennent une certaine réticence à reprendre leurs pairs ou à se faire reprendre lorsqu’ils font des fautes, 77 % avouent ne pas avoir réfléchi à la manière de s’y prendre afin de corriger leurs erreurs et 75 % disent ne pas savoir comment faire pour s'améliorer. Cela dit, les personnes ayant proposé des stratégies d’amélioration ont parlé d’être plus attentives à leur expression orale et à observer des modèles linguistiques. Fait à noter, près de 50 % des participants à l’étude ont été incapables de nommer une personne vivante ou décédée ayant le plus contribué à la qualité de la langue au Québec.

«Ces futurs enseignants ont la même perception globale de la langue que beaucoup de Québécois à l’égard de ce qui constitue une langue de qualité, constate Martine Mottet. Ils estiment en effet que bien parler, c’est parler comme un lecteur de nouvelles. Toutefois, ils ont des méconnaissances des particularités de l’oral par rapport à l’écrit et croient à tort qu’il est incorrect, par exemple, de dire “ch’te comprends”, même si on écrit “je te comprends”. C’est pourquoi il faut former les futurs enseignants à l’égard de la norme du français oral pour qu’ils puissent, à leur tour, former leurs élèves. Notre langue ne s’en portera que mieux.»

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