Vie universitaire

Olympe en Limoilou

Le premier roman d’Huguette Poitras fait revivre le passé de ce quartier de Québec sur un ton tragico-comique

Par : Pascale Guéricolas
Marie a dix ans dans les années 1950 et se prend pour un personnage de roman. Sa mère, Lucienne, rêve de devenir une vedette de cinéma tandis que son père se verrait bien dans la peau d’un héros. Dans la vie ordinaire, tout ce monde cohabite sans trop se parler dans un appartement du quartier Limoilou, non loin de la troisième avenue et du chemin de la Canardière. Un jour, Marie décide de suivre secrètement d’abord son père, puis sa mère, traînant dans son sillage sa fidèle amie Lili. Peu à peu, les liens de filiation cachés se révèlent dans une époque où les filles-mères n’avaient souvent pas le choix de laisser leurs enfants illégitimes en adoption. Voilà le point de départ du roman L’olivier de Limoilou (Éditions GID) d’Huguette Poitras, chargée de cours à l’École de langues et diplômée en création littéraire. Pour corser le tout, l’auteure fait intervenir des divinités grecques. Apollon, Zeus, Athéna et bien d’autres se réunissent dans les ruelles de Limoilou pour observer de plus près les agissements des humains, quitte à bousculer quelques destinées.
   
«Ce qui m’intéressait avec cette histoire, c’était de montrer que fréquemment on ne se reconnaît pas dans les gens de notre famille, on se sent étranger. Bien souvent aussi, nous passons à côté de la vie que nous aimerions avoir», souligne Huguette Poitras. Elle-même enfant adoptée, cette professeure de français au Cégep de Sainte-Foy a abondamment puisé dans ses souvenirs d’enfance pour donner naissance à L’olivier de Limoilou. Le blanchisseur chinois, poursuivant armé d’un fer à repasser les petits qui venaient jeter des pierres dans sa vitrine, le meurtre de la bouchère par son mari boucher et les rencontres quotidiennes avec un Sylvain Lelièvre à trottinette appartiennent à son passé, au même titre que les mythes grecs. «Élève chez les Ursulines au cours classique, je rentrais chez moi la tête farcie de l’histoire des divinités, témoigne l’auteure. Ces divinités faisaient littéralement partie de ma vie, avec leurs travers humains si différents des personnages de la chrétienté.»
   
Le récit mêle donc habilement les scènes divines où les habitants de l’Olympe s’amusent à tirer les fils du destin des mortels, avec la vie de cette famille de Limoilou aux fils généalogiques particulièrement mélangés. Si une grande partie de l’histoire se lit comme une tragédie, car les décès et les mauvaises fortunes abondent, la comédie y a aussi sa place. Finalement, les personnages réalisent qu’il leur faut prendre leur vie en main s’ils veulent l’améliorer. Loin de constituer une simple chronique du Limoilou des années cinquante, L’olivier de Limoilou prend des allures de conte philosophique universel.

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