Vie universitaire

Marcher sur le mur

Étudiante à la maîtrise en sociologie, Annie Cloutier trouve dans l’écriture romanesque une façon de parler de son époque

Par : Renée Larochelle
Annie Cloutier: «Je pourrais bâtir tout un roman à partir du débat sur les accommodements raisonnables».
Annie Cloutier: «Je pourrais bâtir tout un roman à partir du débat sur les accommodements raisonnables».
Ésotérique: c’est le mot qu’emploie Annie Cloutier pour qualifier cet instant où elle a marché sur ce qui restait du mur de Berlin, en 1989, deux mois après la chute de ce qui symbolisait la division entre l’Est et l’Ouest. Âgée de 15 ans, elle effectuait alors un stage d’études en Allemagne. «J’y ai appris l’allemand, j’ai découvert un nouvel univers, mais j’ai surtout trouvé très difficile le retour au Québec et les quatre ou cinq années qui ont suivi», résume cette étudiante à la maîtrise en sociologie qui remonte le cours du temps dans La chute du mur, publié récemment aux Éditions Tryptique. Le roman gravite autour de cet événement historique de même que celui des attentats du 11 septembre 2001. Entre une mère et sa fille, entre le passé et le présent, les histoires d’amour et d’amitié se font et se défont, avec au bout du tunnel l’identité à trouver, celle qui sauve et permet de se nommer. Annie Cloutier a puisé dans ses souvenirs d’adolescence pour l’écriture de ce livre ayant récolté de très bonnes critiques depuis sa sortie, en janvier. L’an dernier paraissait Ce qui s’endigue, qui raconte la vie de deux femmes nées le même jour, à Delft, aux Pays-Bas, et où Annie Cloutier aborde ses thèmes de prédilection comme la maternité, la sexualité, la construction de l’identité et la sociologie du quotidien. Encore là, le livre a reçu un accueil favorable de la part de la critique.

La vie des autres
«On se sent privilégié de faire parler de soi lors de la sortie de ses premiers romans, estime Annie Cloutier. Dans Ce qui s’endigue, je traitais des choix qu’on fait dans la vie, ce qui demeure toujours pour moi un mystère. L’important est de ne jamais perdre le fil de qui on est véritablement.» Venue à l’écriture à la fin de l’adolescence, Annie Cloutier a aussi publié un roman en 2004 à compte d’auteur intitulé Le grand commandeur. D’autres écrits sont toutefois restés dans ses tiroirs. Après des études en droit inachevées et un long voyage en Europe, elle rencontre l’homme de sa vie, un Néerlandais qui deviendra le père de ses enfants. Mère au foyer durant cinq ans dans une petite ville des Pays-Bas, évoluant à peu près seule dans un univers qui lui était totalement étranger, Annie Cloutier se réjouit d’avoir vécue une telle expérience. «C’était la liberté totale, souligne-t-elle. Ne rien faire durant ces années a transformé ma vie.» Là-bas, elle dévore tous les livres en français que compte la bibliothèque municipale et se met à l’étude du néerlandais. De retour à Québec en 2001, elle commence un baccalauréat en sociologie à l’Université puis passe à la maîtrise. Dans son mémoire, la sociologue examine le discours féministe québécois sur les mères au foyer, à partir d’une analyse de contenu de la Gazette des femmes, de 1990 à 2010.

D’autres belles-soeurs
«Je trouve qu’on a encore bien du chemin à faire concernant l’égalité des hommes et des femmes dans notre société, dit celle qui se définit par ordre d’importance comme une conjointe, une mère, une écrivaine et une sociologue. Pour que cela soit équitable, il faudrait que les soins accordés aux enfants soient autant valorisé que le travail rémunéré à l’extérieur, ce qui n’est pas le cas actuellement.» Féministe jusqu’au bout des ongles, Annie Cloutier va jusqu’au bout de ses opinions, critiquant la règle grammaticale selon laquelle le masculin l’emporte toujours le féminin en français. Elle s’insurge ainsi du fait qu’on parle toujours d’«un bon parent», mais jamais d’«une bonne parent». Écrivant dans ses temps libres sans trop de plan établi tout en ayant en tête l’événement autour duquel gravitera l’intrigue, Annie Cloutier a un autre roman en chantier. L’action se déroule dans la région de Charlevoix et met en scène six belles-sœurs qui se réunissent le temps d’une fin de semaine. «L’écriture représente un formidable prétexte pour parler des préoccupations de la société dans laquelle on vit, souligne l’écrivaine. Je pourrais ainsi partir du débat des accommodements raisonnables et bâtir tout un roman autour de ce sujet.»



  

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