Vie universitaire

L’humain comme force géologique

En janvier, le Département d’anthropologie offrira un cours sur l’Anthropocène

Par : Yvon Larose
Au nord de l’Argentine, des randonneurs arpentent des sentiers en altitude afin d’observer des dépôts marins sédimentaires, fenêtres géologiques spectaculaires sur des millions d’années de vie fossilisée. La pratique du tourisme s’inscrit dans une consommation d’énergies et de ressources à grande échelle qui contribue aux cycles qui transforment le système Terre.
Au nord de l’Argentine, des randonneurs arpentent des sentiers en altitude afin d’observer des dépôts marins sédimentaires, fenêtres géologiques spectaculaires sur des millions d’années de vie fossilisée. La pratique du tourisme s’inscrit dans une consommation d’énergies et de ressources à grande échelle qui contribue aux cycles qui transforment le système Terre.

Capitalocène, Thanatocène, Occidentalocène: quelques néologismes chocs ont vu le jour dans le milieu des sciences sociales et humaines, ces dernières années, pour tenter de nommer la nouvelle époque géologique dans laquelle serait entrée la planète Terre. Le vocable qui fait un relatif consensus est: l’Anthropocène.

«L’Anthropocène est un concept très utilisé dans les milieux scientifiques, même s’il n’est pas formellement accepté par les géologues, explique Sabrina Doyon, professeure au Département d’anthropologie. Cette époque géologique dans laquelle nous serions entrés serait l’ère de l’humain. Cette période réfère au fait que les humains ont tellement d’influence qu’ils transforment la Terre par leur activité. L’humain est devenu une force géologique.»

Le Département d’anthropologie offrira un nouveau cours sur l’Anthropocène à la session d’hiver. Les étudiantes et les étudiants intéressés ont jusqu’au 15 janvier pour s’inscrire. Cette formation de trois heures par semaine se déroulera en mode synchrone sur la plateforme Zoom.

Selon la professeure, le concept d’Anthropocène a soulevé et continue de soulever des débats. «On ne s’entend pas sur les débuts de cette période, souligne-t-elle. Est-elle apparue avec la sédentarisation lors du Néolithique? Ou avec la colonisation des Amériques? Est-elle la conséquence de la déforestation et de l’exploitation des minéraux à grande échelle? Ou bien est-elle le résultat de l’industrialisation et de la «Grande Accélération», après la Seconde Guerre mondiale, qui a amené l’explosion de la consommation? Ce sont des questions qui seront explorées dans le cours.»

L'agriculture, l’exploitation massive du charbon et du pétrole, la surpêche, la déforestation, tout comme l’étalement urbain et la production industrielle, voilà autant d’exemples d'activités qui participent à transformer les cycles du carbone, de l’azote, du souffre, du phosphore et qui, en cela, agissent comme une force sur la biosphère. Parmi les principales conséquences de l’activité humaine: le réchauffement de la planète, le dérèglement du climat, la pollution de l’air et la baisse de la biodiversité.

«La formation que je donnerai ne portera pas sur les mécaniques physiques et biologiques de l’Anthropocène, mais plutôt sur les idées anthropologiques entourant ce phènomène, indique Sabrina Doyon. Une de ces idées est la solastalgie. Une autre est la collapsologie. La solastalgie désigne la nostalgie d’une époque où la nature était moins dégradée et évoque une détresse relative à la perte de nos référents de la nature. Par exemple, dans le passé, on ne se posait pas la question si nous allions avoir un Noël blanc. Nous en avions un. Rien n’est moins sûr aujourd’hui. La collapsologie est une approche qui explore les enjeux sociaux, économiques et politiques soulevés par l’effondrement général appréhendé par la disparition de la biodiversité et le pic pétrolier. Ces notions seront une occasion de réfléchir à notre rapport à la nature.»

Dans son cours, la professeure passera en revue les différents outils permettant de comprendre la place de l’Anthropocène dans la société d’aujourd’hui. Cette période sera à la fois un objet de réflexion et un outil d’analyse. Quelques invités seront de la partie. Un professeur de philosophie fera une présentation sur l’Anthropocène et l’histoire des idées politiques. Des étudiants aux cycles supérieurs aborderont des questions relatives à l’environnementalisme et à des projets qui cherchent à repenser nos relations à la nature.

«Les analyses faites par les chercheurs en anthropologie et en sciences sociales et humaines, dit-elle, ont permis de mettre en lumière les enjeux sociaux, contemporains et historiques propres à la détérioration de la planète et de la biosphère révélés par l’Anthropocène.»

Dernière heure: il n’y a plus de places disponibles pour le cours sur l'Anthropocène, un cours contingenté. Consultez le résumé du cours.

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