Vie universitaire

La guerre froide n'aura pas lieu

La politologue Aurélie Campana estime que la Russie n’a plus les moyens de ses ambitions impérialistes

Par : Renée Larochelle
Le 7 août dernier, la République indépendante de Géorgie lançait ses chars en Ossétie du Sud afin de reprendre le contrôle de cette petite république séparatiste prorusse qui menace depuis peu de rompre avec l’autorité géorgienne. Par cette invasion, le président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, entendait réaffirmer haut et fort sa souveraineté sur cette province dissidente. Il n’en fallait pas plus pour que son homologue russe, Dmitri Medvedev, riposte à la Géorgie, lui signifiant du même coup qu’on ne jouait pas avec les nerfs de la puissante nation russe sans en subir les contrecoups. Est-ce à dire que cette guerre concrétise un rêve d’impérialisme de la Russie et qu’une nouvelle guerre froide se prépare entre l’Est et l’Ouest? La réponse est non, selon Aurélie Campana, professeure adjointe au Département de science politique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le terrorisme et les conflits identitaires.
«La Russie cherche avant tout à redéfinir ses zones d’influence», a expliqué Aurélie Campana, lors d’une conférence prononcée le 24 septembre à l’Université. «Depuis 2004, la Géorgie bénéficie du soutien des États-Unis et des grands pays occidentaux, en plus de revendiquer son adhésion à l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et à l’Union européenne. Tout cela ne fait pas l’affaire de la Russie qui souhaite empêcher ces adhésions et, surtout, montrer au reste du monde qu’elle a repris des forces.»

Tension, attention
Selon la politologue, le contentieux ne fait que s’amplifier entre la Russie et la Géorgie depuis 2003, la Russie percevant l’OTAN comme un système tourné contre elle alors que la Géorgie la voit plutôt comme une protection. En somme, la tension continue de monter entre les deux pays. La non-reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la Russie, alors que des pays comme les États-Unis et la France l’ont reconnue, n’aide pas les choses. «Nous manquons un peu de recul pour juger du futur puisque le conflit vient tout juste de se terminer, estime Aurélie Campana. Mais je crois que l’épisode de la Géorgie est peut-être le premier acte d’une longue liste de pays ou d’États où la Russie voudra réaffirmer sa puissance.» 

Même si elle pense que les relations entre l’Est et l’Ouest vont se complexifier, Aurélie Campana ne croit pas en l’éventualité d’une nouvelle guerre froide entre la Russie et les États-Unis, et ce, pour plusieurs raisons. En premier lieu, la puissance militaire russe est limitée et le pays n’a donc pas les moyens de se lancer dans de grands affrontements. Ensuite, la Russie n’a pas intérêt à s’isoler du reste du monde, les interdépendances économiques entre les pays étant trop fortes. «La Russie fait toujours peur, mais elle ne fait plus aussi peur qu’avant, conclut Aurélie Campana. Au plan démographique, on assiste aussi à un déclin qui semble irréversible, ce qui n’aide pas les choses. Il faut le dire: la Russie n’est définitivement plus l’Union soviétique.»
 

     

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