Vie universitaire

Jeunes passionnés d’artéfacts

Près d’une quarantaine d’étudiants en archéologie ont effectué des fouilles, cet été, à Chypre et en Islande ainsi qu’au Québec

Par : Yvon Larose
En Islande, l’étudiant Julien Lebrun fait la cartographie numérique des vestiges d’une ferme abandonnée.
En Islande, l’étudiant Julien Lebrun fait la cartographie numérique des vestiges d’une ferme abandonnée.
Du 16 mai au 17 juin, 3 étudiants à la maîtrise en archéologie et 15 autres inscrits au baccalauréat dans la même discipline ont participé au chantier-école en archéologie historique de l’Université au site de l’Îlot des Palais, à proximité de la gare du Palais, à Québec. Sous le Régime français, on y a construit un premier palais de l’intendant, puis un second et enfin un troisième. L’équipe de fouilleurs était placée sous la supervision du professeur Réginald Auger, du Département des sciences historiques. Elle a mené 3 opérations d’environ 12 mètres carrés chacune et a fouillé jusqu’à une profondeur de 3 mètres sous la surface.

«Nous n’avions que des hypothèses quant à l’emplacement de la porte d’entrée du complexe du palais du 17e siècle, explique le professeur Auger. Nous avons découvert à cet endroit des billes de bois ainsi qu’une grande surface de bois ouvré. Ce bois ouvré pourrait très bien être la porte d’entrée du complexe de l’intendant.»

Les fouilleurs ont aussi mis au jour des assises de pierre qui pourraient être celles d’un bassin construit au 17e siècle. «Ce bassin apparaît sur des cartes datées de 1692, 1695, 1699 et 1700, indique Réginald Auger. On se pose souvent la question de savoir s’il a été réalisé.»

Le chantier-école a donné le coup d’envoi à la saison des fouilles archéologiques à l’Université Laval. Le projet suivant s’est déroulé du 20 juin au 31 juillet sur l’île de Chypre, à l’extrémité est de l’Europe. À cet endroit, le professeur Thierry Petit, du Département des sciences historiques, fouille depuis des années les ruines du palais royal d’Amathonte, une très ancienne cité-État en bord de mer. Cet été, il supervisait la doctorante en archéologie Sarah Lambert ainsi qu’une étudiante de l’Université de Montpellier. La petite équipe a consacré son temps à l’étude du matériel exhumé au cours des 11 campagnes couvrant la période 2004 à 2014.

«Les résultats très partiels de l’étude de la céramique cypriote permettent d’entrevoir mieux les types de céramiques utilisées au palais aux environs de la période comprise entre 500 et 300 de notre ère, souligne le professeur Petit. Des céramiques locales étaient imitées des céramiques perses. D’autres étaient imitées de la belle céramique attique à figures rouges et à vernis noir. Ainsi, des modes d’acculturation très divers sont perceptibles à la cour de ce petit souverain local.»

Najat Bhiry est professeure au Département de géographie et directrice du Centre d’études nordiques. James Woollett, quant à lui, est professeur au Département des sciences historiques. Du 29 juin au 20 juillet, ils ont mené ensemble des travaux archéologiques et géo-archéologiques de terrain avec quatre étudiants de l’Université Laval et quelques collaborateurs internationaux, au nord-est de l’Islande, dans la vallée de Svalbardstunga. Cette région a été colonisée il y a environ 1 000 ans par les Vikings. Parmi les objectifs, il y avait la cartographie numérique de fermes et l’exploration de sites archéologiques d’intérêt pour des fouilles futures. On a aussi fait la récolte d’insectes vivant dans et aux environs de fermes existantes, afin de vérifier les identifications de restes d’insectes trouvés par l’étudiante Dorothée Dubé dans les sédiments archéologiques. On a également récupéré des données de mesure d’humidité des sols à partir de dispositifs mis en place à l’été 2015.

«Les travaux de terrain de cet été ont permis de découvrir plusieurs vestiges de fermes ou d’abris de moutons, explique Najat Bhiry. Il s’avère aussi que certaines de ces infrastructures ont été détruites ou enfouies par des avalanches.»

Un second chantier-école, celui du Fort Saint-Jean, s’est tenu du 4 juillet au 5 août à Saint-Jean-sur-Richelieu. L’équipe était constituée de deux étudiants aux cycles supérieurs de l’Université Laval et de six étudiants au baccalauréat. Cette année, le principal objectif consistait à vérifier une hypothèse relative à la localisation d’un fort construit par l’armée française en 1666. En juin, des relevés au géoradar ont été effectués. On a ensuite creusé trois tranchées exploratoires de un mètre sur quatre mètres. «Ces tranchées, localisées perpendiculairement au tracé hypothétique du fort français de 1666, ont permis d’infirmer l’hypothèse liée à l’emplacement du premier fort», indique Stéphane Noël, le responsable du chantier-école, chargé de cours au Département des sciences historiques et doctorant en archéologie.

Les relevés au géoradar ont décelé la présence d’une partie des fondations en maçonnerie d’un imposant bâtiment. Sa fonction demeure imprécise, mais il pourrait s’agir d’un dépôt d’artillerie britannique.

Une couche stratigraphique extrêmement riche, associée à la période entourant l’invasion américaine de 1775 et que l’on interprète comme un dépotoir, a été mise au jour. Les fouilleurs ont notamment recueilli des tessons de céramique, des boutons d’uniformes militaires, des boucles de soulier, des pierres à fusil, des balles de mousquet, ainsi que plusieurs centaines d’ossements d’animaux.

De La Romaine à Petko Karavelovo


La doctorante en archéologie Laurence Ferland est plutôt active par les temps qui courent. Entre le 14 juin et le 7 septembre, elle a travaillé au chantier hydro-électrique de La Romaine, sur la Côte-Nord du Québec, dans le cadre d’un contrat octroyé par Hydro-Québec à la firme Archéotec inc. Les deux équipes de fouilles comprenaient notamment cinq étudiants en archéologie de l’Université Laval. En tout, 6 sites, de 9 à 300 mètres carrés, ont été fouillés sur des terrasses surplombant la rivière Romaine. L’équipe de l’étudiante a, entre autres, fouillé un site préhistorique.

«Ce site, dit-elle, a été entamé au cours de la saison de fouilles 2015. Il présente plusieurs occupations dans le temps. De la céramique, provenant des Grands Lacs, a été mise au jour. Il s’agit d’une première pour ce type de matériel sur la Côte-Nord.»

Six saisons de fouilles ont eu lieu avant celles de 2016. On a notamment découvert des sites de campement amérindiens. Certains ont été réutilisés pendant des centaines, voire des milliers d’années. Les fouilles ont mis au jour, sur certains sites, des vestiges d’aires de préparation et de cuisson des aliments, et de production d’outils de pierre.

Les voyages de Laurence Ferland ne s’arrêteront pas là puisqu’elle participera à un projet de fouilles à Petko Karavelovo, en Bulgarie, du 13 septembre au 15 octobre. Ce projet porte sur un tell daté du début de la préhistoire récente en Europe de l’Est. Un tell est une colline dont l’accumulation s’est constituée en majeure partie sous l’action humaine.

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