Vie universitaire

Extinction éthique

Dans son plus récent film, Jeremy Peter Allen explore la notion de transhumanisme et ses dérives potentielles

Le personnage de Lucien Kovacic se présente comme un conseiller en bien-être et un explorateur de l’esprit. À travers la fusion entre l’intelligence biologique et l’intelligence artificielle, il cherche à «mettre le système d’opération de l’humanité à jour».
Extinction éthique. En nommant ainsi son plus récent film, le chargé de cours au Département de littérature, théâtre et cinéma Jeremy Peter Allen voulait susciter des questionnements. «Ce titre, Extinction éthique, s’inspire beaucoup des idées transhumanistes et permet de réfléchir sur l’influence de la technologie sur le devenir de l’être humain, explique le cinéaste. Des choses me troublent lorsqu’on parle de transhumanisme, d’autant qu’elles m’apparaissent inexorables. On va vers ça.»

Le jeudi 15 novembre, Jeremy Peter Allen présentera son court métrage de neuf minutes dans les locaux de Méduse, une coopérative de producteurs et de diffuseurs artistiques, culturels et communautaires, dans le cadre d’une soirée organisée par Spira, une autre coopérative de Québec, qui est vouée au cinéma indépendant. En tout, six courts métrages de fiction ou documentaires seront projetés durant la soirée. Ils ont tous été réalisés dans les huit derniers mois dans le cadre du projet URGENCE. Dans leurs films, les cinéastes abordent des sujets d’actualité liés à la notion d’urgence.

Dans Extinction éthique, le personnage Lucien Kovacic, interprété par le comédien Normand Bissonnette, occupe toute la place. Installé dans un décor minimaliste baigné d’une musique tout aussi sobre, il s’adresse à la caméra de face avec assurance. À l’âge de 30 ans, ce chirurgien a vu son univers basculer à cause d’un diagnostic de tremblement essentiel, une maladie neurologique. Il se tourne alors vers un procédé appelé la stimulation cérébrale profonde. Cette avancée consiste à implanter des électrodes dans le cerveau, lesquelles reçoivent un courant électrique de faible intensité. Joignant le geste à la parole, l’acteur procède à une démonstration. Dès qu’il désactive l’émetteur, ses mains se mettent à trembler. De peine et de misère, il saisit l’émetteur à deux mains et réussit à rétablir le contact. Les tremblements cessent aussitôt.

Poursuivant son exposé, Lucien Kovacic aborde les implants neuronaux. L’idée consiste à stimuler des zones ciblées du cerveau par des pulsions de lumière au moyen de la fibre optique. Cette technique appelée optogénétique s’adresserait à ceux qui veulent maintenir ou augmenter leurs performances mentales, notamment les athlètes de pointe et les grands musiciens.

Selon Jeremy Peter Allen, un débat éthique se situe dans la question de l’accès aux technologies transhumanistes, par définition très coûteuses. «Est-ce qu’on pourra laisser de côté 99% de la population, alors qu’un pour cent des gens va s’envoler vers le post-humain? demande-t-il. D’ailleurs, au fil de sa réflexion, Lucien Kovacic se transforme jusqu’à s’effacer pour devenir autre chose qu’un humain.»

Le transhumanisme introduit la notion de cerveau à la carte. «Jusqu’où peut-on intervenir? s’interroge le cinéaste. Sommes-nous rendus trop loin? Recourir à de telles technologies reflète un refus, une incapacité à accepter la mort. Il y a là quelque chose de fondamental, un désir d’immortalité.»

Lucien Kovacic se présente comme un conseiller en bien-être pour clients fortunés. «Ce qui motive le plus les gens à recourir à mes services, souligne-t-il, est la peur de la désuétude.» Il se veut aussi explorateur de l’esprit. «Est-ce que l’intelligence biologique est encore pertinente?»

Dans le film, il affirme qu’un raz-de-marée technologique, basé sur le développement exponentiel de l’intelligence artificielle, approche, qu’il va tout balayer, et qu’il reste très peu de temps pour s’y préparer. «Je me suis rendu à l’évidence que seule une petite portion de l’humanité sera prête. C’est le temps de mettre le système d’opération de l’humanité à jour! s’exclame-t-il. […] Je constate que l’humanité franchira bientôt une étape qui ressemble à un ravissement évangélique. Une petite portion d’élus deviendra des surhommes. Les autres seront condamnés à la désuétude et à l’extinction.»

Jeremy Peter Allen qualifie son film de «faux documentaire». Aux images d’archives et aux images recréées qui ponctuent le déroulement de l’histoire, s’ajoutent des effets spéciaux convaincants. Ces trucages réussis sont l’œuvre de deux anciens étudiants du chargé de cours, François Papillon et Louis Blackburn.

Les six courts métrages réalisés dans le cadre du projet URGENCE seront présentés le jeudi 15 novembre à la salle Multi du complexe Méduse, de 18h30 à 20h30, au 591, rue Saint-Vallier Est, à Québec. La soirée débutera dès 18h00. Les six cinéastes seront présents pour échanger avec le public, notamment François Dubé, diplômé de l’Université Laval et auteur du documentaire A Tempo. Entre le 16 novembre et le 29 novembre, les films seront présentés dans neuf villes. Il sera ensuite possible de les visionner gratuitement en ligne entre le 30 novembre et le 2 décembre inclusivement.

Plus d’information sur le projet URGENCE.

Jeremy Peter Allen - tournage d'Extinction éthiqueJeremy Peter Allen sur le tournage de son film Extinction éthique.
Photo : Claudia Kedney-Bolduc

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