Vie universitaire

Des idées à revendre

Le VRRC souligne le travail de 77 chercheurs-inventeurs qui ont déposé des brevets d'invention et le succès du diplômé Dragan Tubic

Par : Jean Hamann
Une partie des professeurs qui ont participé à la cérémonie Hommage aux chercheurs-inventeurs le 13 avril.
Une partie des professeurs qui ont participé à la cérémonie Hommage aux chercheurs-inventeurs le 13 avril.
«Faire breveter une invention, ce n'est que le début du travail. Si vous ne voulez pas que votre idée reste sur les tablettes, il va falloir vous investir dans sa commercialisation et la meilleure façon de le faire est de créer une entreprise.» Voilà le message que le chercheur, entrepreneur et investisseur Dragan Tubic a livré aux professeurs honorés au cours de la cérémonie Hommage aux chercheurs-inventeurs, qui a eu lieu le 13 avril sur le campus. Cet événement, organisé par le Vice-rectorat à la recherche et à la création (VRRC), soulignait le travail et la persévérance des 77 chercheurs associés aux 45 innovations qui ont fait l'objet d'un dépôt de brevet en 2014 et en 2015. Pour leur donner un aperçu du chemin qui reste à parcourir, les organisateurs ont invité un jeune diplômé qui a déjà fait sa marque dans le milieu des affaires, Dragan Tubic.

Docteur en génie électrique de l'Université Laval, auteur de 20 articles scientifiques et détenteur de 10 brevets, Dragan Tubic est bien placé pour donner des conseils en commercialisation des technologies. Il y a 10 ans, il mettait le point final à sa thèse portant sur un scanneur 3D révolutionnaire. Trois ans plus tôt, l'étudiant-chercheur, qui pressentait les applications industrielles de ses travaux, avait créé la compagnie 3DI avec Patrick Hébert et Éric St-Pierre. Avant même de terminer son doctorat, Dragan Tubic approche Creaform, une compagnie de Lévis, pour la commercialisation éventuelle de son scanneur portable. En 2005, la compagnie acquiert la licence d'exploitation de cette technologie et, dans les années qui suivent, le HandyScan 3D connaît un succès fulgurant. L'appareil est vendu dans 85 pays et le chiffre d'affaires annuel de l'entreprise explose, dépassant les 50 M$. En 2009, 3DI et Creaform fusionnent. Quatre ans plus tard, la firme américaine Ametek en fait l'acquisition au coût de 120 M$. «Commercialiser une idée n'est pas facile, mais c'est faisable et lorsque ça fonctionne, c'est très intéressant, résume Dragan Tubic au terme de cette aventure. Rien de tout ça ne serait arrivé si je n'avais pas créé une entreprise.»

Dragan Tubic est demeuré conseiller pour Creaform et il vient de mettre sur pied une nouvelle entreprise, Umanx, spécialisée en robotique mobile. Il est aussi devenu membre d'Anges Québec, un réseau d'investisseurs privés dont le mode de fonctionnement s'apparente à celui de l'émission Dans l'oeil du dragon. Grâce aux gains réalisés avec la vente de Creaform, il peut maintenant financer des projets considérés à très haut risque. «Comme investisseur, je ne mettrai pas un sou dans un projet qui repose uniquement sur une technologie présentée dans quelques pages de texte, prévient-il. Il faut me prouver que vous pouvez convertir votre idée en produit. La meilleure façon d'y arriver est de créer une compagnie et de fabriquer ce produit. Vous générez de l'intérêt parce que vous m'offrez alors deux choses: le produit et l'équipe qui peut le fabriquer.»

Dragan Tubic est conscient que le temps fait souvent défaut aux professeurs universitaires qui souhaitent commercialiser une innovation. «Par contre, si vous voulez que j'investisse dans votre projet, vous devez vous y investir aussi. Je ne peux assumer seul tous les risques. Vous devez consacrer du temps à l'entreprise soit comme fondateur, soit comme conseiller auprès d'étudiants-chercheurs qui ont collaboré à l'innovation et qui veulent se lancer en affaires.» Mouhsine El Abboudi, conseiller en valorisation de la recherche et en transfert technologique au VRRC, constate lui aussi l'avantage que procure la création d'une entreprise dérivée. «Il est assez rare qu'une compagnie fasse les premiers pas pour obtenir la licence d'exploitation d'une technologie développée par nos chercheurs. Selon mon expérience, les découvertes qui ont du succès sont souvent portées par des entreprises créées pour en assurer la commercialisation.»

Les 45 technologies ayant fait l'objet d'un dépôt de brevet en 2014 et 2015 ont été conçues par des équipes des Facultés de médecine (20), de sciences et génie (19), des sciences de l'agriculture et de l'alimentation (5) et de foresterie, géographie et géomatique (1). «Nous avons reçu 98 déclarations d'invention et un comité a sélectionné celles qui présentaient le plus grand potentiel commercial, explique Mouhsine El Abboudi. L'un de nos objectifs pour les prochaines années est d'encourager plus de chercheurs à faire une déclaration d'invention. Le formulaire, qui se trouve sur le site Web du VRRC, exige à peine cinq minutes de travail.» À la fin de 2015, le portefeuille de technologies de l'Université comptait 541 brevets actifs. Du nombre, 160 étaient sous licence, c'est-à-dire que des entreprises détenaient les droits pour leur commercialisation. Il s'agit d'une hausse de 17% par rapport à 2013. Les revenus générés par cette voie ont atteint 1,7 M$ l'année dernière.

«Les technologies développées avec le concours d'entreprises qui s'impliquent dès le départ ont plus de chance de percer, estime Dragan Tubic. Lorsque c'est possible, la recherche fondamentale doit servir de point de départ au développement de nouveaux produits qui correspondent aux besoins identifiés par les entreprises. La commercialisation de la technologie doit même être envisagée dès le début d'un projet. Une partie des profits générés par la vente des produits qui en découlent peut être réinvestie en recherche fondamentale. Mon objectif est d'implanter à l'Université Laval une chaire en robotique mobile qui fonctionnerait selon ce modèle.»

La liste des 45 nouvelles technologies brevetées en 2014 et 2015 peut être consultée en ligne.

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