Vie universitaire

Courrier

Une pionnière de la didactique disparaît: Charlotte Guérette

C’est avec tristesse que nous avons appris, le 20 mars, la disparition de Charlotte Guérette, qui a enseigné à la Faculté des sciences de l’éducation durant trois décennies. Véritable pionnière de la didactique de la littérature pour enfants, Charlotte Guérette a promu l’usage du conte et des albums pour enfants dans les cours de didactique, afin de donner aux futurs enseignants les moyens d’utiliser ces outils dans des domaines comme l’enseignement de l’histoire, de la géographie, des sciences, et en éducation à la citoyenneté. Pour elle, le livre pour la jeunesse n’était pas qu’un loisir ou un objet d’alphabétisation, mais un moyen pédagogique de «faire comprendre» toutes les matières scolaires.
   
Les cours de Charlotte Guérette attiraient fréquemment des groupes de plus de 100, et parfois plus de 200 inscrits. Elle remplissait la plus grande salle de cours du campus, l’amphithéâtre 0B du pavillon De Koninck, comparant des dizaines de livres pour enfants dont elle faisait ressortir les thèmes, les vertus pédagogiques et les usages possibles dans la classe. Jusqu’à sa retraite, Charlotte Guérette a valorisé ce domaine, au Québec et en France. Ses livres, et particulièrement Peur de qui, peur de quoi? (HMH, 1991) ont questionné les mécanismes de la peur comme moteur des émotions dans les histoires pour enfants. Elle a publié des bibliographies critiques sur la littérature pour la jeunesse, pour tous les groupes d’âge. Toujours désireuse d’innover et de rejoindre les éducateurs au-delà de notre «tour d’ivoire», elle avait été parmi les premières sur notre campus à créer un cours télévisé de treize épisodes, en 1991. Le conseil d’administration de l’organisme Communication-jeunesse la surnommait très justement «l’ambassadrice de la littérature pour la jeunesse». Pour sa contribution à la diffusion de la littérature pour enfants, elle avait reçu le prix Claude Aubry 2008 d’IBBY Canada et de l’Union internationale pour les livres de jeunesse.
   
L’héritage de Charlotte Guérette reste inestimable: elle a fait don (non pas de centaines, ni de milliers, mais de dizaines de milliers de livres, albums, romans et recueils de contes pour enfants au secteur de la didacthèque de la Bibliothèque de l’Université Laval, ce qui en fait un centre de documentation absolument unique et très enviable dans toute la francophonie. Des centaines d’étudiants, pédagogues, auteurs et bibliothécaires consultent les ressources de ce centre, sans toujours savoir qui a approvisionné généreusement une partie considérable de ces rayons. Cette immense section de la Bibliothèque générale devrait un jour porter son nom; cet hommage serait une juste façon de lui dire «merci, Madame Guérette».

YVES LABERGE
Sociologue
Québec

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Précisions dans le débat sur l'amiante

Dans leurs lettres ouvertes parues dans la rubrique « Courrier » du Fil des événements du 25 mars, messieurs Bonnier Viger et Turcotte nous accusent d’être « victimes » de « campagnes de désinformation » et « d’accréditer des légendes urbaines ». D’un ton condescendant, M. Turcotte attribue notre opinion à « un mouvement d’humeur » et à une « vexation » avec la promesse de « communiquer à qui de droit …  notre irritation ». Le tout enrobé d’une atmosphère de doute quant à notre intégrité et de suspicion quant à nos intentions.

Nonobstant le ton paternaliste peu approprié, nous tenons à réaffirmer les faits scientifiques incontestés, à savoir que ce qui est appelé « amiante » comprend des minéraux très différents, et que les mesures qui donnent la concentration en fibres d’amiante dans l’air sont impuissantes à différencier les différents minéraux ainsi que les fibres non-minérales.

Nous souhaitons que le débat se fasse sur les faits et non par la dénigration et les attaques personnelles. Les faits :

1)    L’INSPQ est bien au fait que la méthode utilisée ne permet pas de compter les « fibres minérales », il suffit de lire leur dernier rapport concernant les fibres dans l’air ambiant à Thetford Mines (2009, p. 3) : « L’analyse par MOCP ne permet pas de différencier spécifiquement les fibres d’amiante. Tous les autres types de fibres (ex. : cellulose, fibres artificielles, etc.) sont alors comptées, ce qui peut entraîner une surestimation de la concentration réelle en fibres d’amiante ».

2)    Messieurs Bonnier Viger et Turcotte tous deux confirment notre propos. M. Bonnier Viger reconnaît implicitement que le chrysotile « est moins puissant  que les amphiboles », ce qui démontre bien que ces minéraux ne peuvent être amalgamés  sous le nom d’amiante, comme notre expertise scientifique nous pousse à l’affirmer. M. Turcotte, lui, se demande pourquoi identifier le chrysotile et les amphiboles s’ils ont « en commun d’être cancérogènes» sans prendre en compte l’état de la littérature scientifique qui rapporte des différences importantes de biopersistence et de risque sanitaire (pour la revue la plus récente dans la littérature scientifique, révisée par les pairs, voir Kamp 2009(1)).

Le National Institute for Occupational Safety and Health des Etats-Unis d’Amérique propose justement que « To reduce existing scientific uncertainties and to help resolve current policy controversies, a strategic research program is needed that encompasses endeavors in toxicology, exposure assessment, epidemiology, mineralogy, and analytical methods »(2). Ce rapport a été révisé par les Académies des Sciences des Etats-Unis d’Amérique. Il ne s’agit pas ni de « légendes urbaines» ni de « campagnes de désinformation » mais de l’état des connaissances scientifiques.

Georges Beaudoin, géo., PhD
Josée Duchesne, ing., PhD
Tomas Feininger, PhD
Réjean Hébert, géo., ing., PhD
Professeurs, Département de géologie et de génie géologique


(1) Kamp DW (2009) Asbestos-induces lung diseases: an update. Translational Research 153: 143-152

(2) http://www.cdc.gov/niosh/review/public/099C/pdfs/AsbestosRoadmapPublicCommentDraftV4.pdf

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