Vie universitaire

Courrier

Le cheval se meurt…

Le phénomène du décrochage scolaire se passe avant tout dans la tête des jeunes. Il faut comprendre les «bonnes raisons» qu’ils ont d’abandonner l’école quand bien même cette décision serait contraire à leur propre intérêt objectif. En effet, toutes les études démontrent une corrélation entre le niveau de diplomation et le revenu. Sur quelle logique repose la déflation des aspirations scolaires? En somme, comment comprendre l’agir contre soi? (Ce paradoxe s’applique tout aussi bien aux comportements les plus extrêmes).

Pour mettre en œuvre une telle hypothèse – la rationalité subjective –, il importe de changer de paradigme, c’est-à-dire de sortir des cadres de la pensée conforme qui se base sur des présupposés douteux et sur une causalité simple (c'est-à-dire tels parents, tels jeunes…). L’argumentation suivante fondée sur la logique de l’acteur traverse l’histoire de la sociologie et est démontrée, développée et illustrée depuis plusieurs décennies dans les travaux de Raymond Boudon notamment. Il semble que les hypothèses qui en découlent, lorsqu’elles sont appliquées aux inégalités scolaires, soient refoulées parce qu’elles viennent à l’encontre d’obstacles idéologiques réducteurs par définition.

Les résistances à cette stratégie d’analyse viendraient du fait que l’explication de ces «bonnes raisons» projette dans le miroir collectif la grande déroute de grands pans d’une société nécrosée que personne n’aime voir (le Québec n’étant pas une exception). Pour le dire «franchement» (sic), de larges segments de la jeunesse «se sacrent carrément» de l’école quand ils ne la saccagent pas (et cela n’est pas exclusif aux seuls milieux défavorisés!). Pour quelles raisons subjectives? Si bien que trop d’enseignants rament à contre-courant dans les eaux troubles de l’institution scolaire. Apprendre en s’amusant n’est qu’un miroir aux alouettes sur le plan pédagogique (Postman). Comment trouver le goût de l’effort si la vie ne fait pas rêver?

Au même moment, le gouvernement fait des démarches internationales pour attirer de l’étranger une main-d’œuvre qualifiée! Or, il ne manque pas de potentiel de main-d’œuvre au Québec, mais seulement un déficit du cœur à l’ouvrage.  

Au fil du temps, quelques principes et orientations ont été avancés pour ne pas achever «le cheval»:

1 - Ne pas confondre «instruction» et «éducation». Cela éviterait les cafouillages invraisemblables du ministère de l’Éducation: de la promo pour le hockey à la cuisine new age en passant par le militantisme politique au féminin et, pourquoi pas, l’enseignement selon Yoda, les raëliens ou les créationnistes et, tant qu’à faire, dès le primaire! (Dans ce registre, une belle leçon vient du Nouveau-Brunswick: La catéchèse relève des églises).

2 - Refondre le curriculum scolaire en resserrant le programme obligatoire et en diversifiant le curriculum optionnel. Les écoles et les institutions à programmes multiples tels que études-arts, études-sports, études-travail… sont de bons modèles d’«école à temps partagé».

3 - L’impérieuse nécessité de refonder la didactique sur l’idée de progression à l’encontre des tenants du constructivisme tous azimuts (S G.-Chartrand).

4 - Créer un ordre de la profession enseignante ayant pour mandat principal la définition du curriculum et la défense et l’évaluation de la profession.

 5 - Préserver et consolider ce qui se fait de mieux dans le système scolaire contrairement à un certain discours compresseur revanchard qui vise la maximisation du taux de diplomation à tout prix. («la prétention déjà évoquée d’abolir les écoles internationales est une véritable fuite en avant vers une augmentation du gâchis scolaire», Parizeau). Pourquoi déconstruire un modèle d’excellence qui devrait plutôt servir de modèle? Les vases communicants en la matière sont inopérants…

6 - Mettre plus de ressources dans les secteurs les plus défavorisés. Ce serait peut-être la fonction prioritaire justifiant le maintien des commissions scolaires; à voir… (Pour une école inégalitaire, en ce sens). Par contre, l’allongement de quelques dizaines de minutes en classe par jour en vue d’augmenter le taux de diplomation fait figure de ronds de jambe de la part des ronds-de-cuir.

7 – La progression des élèves par classe et ou par cohorte dans le cursus éviterait de calquer le schéma «centre commercial» dans lequel ils s’habituent à «magasiner» les cours et les profs.

8- la parité homme femme devrait être établie dans le corps enseignant à tous les niveaux du cursus scolaire. Renversons l’argument, la moitié du ciel est encore supportée par les hommes.

9 - Favoriser les échanges internationaux au cours de la formation, ce qui entraîne des effets collatéraux pour le perfectionnement d’une langue étrangère, plutôt que de faire de la pseudo immersion au primaire (un non-sens).

10 – Enfin et non des moindres, la mise en place d’un revenu de citoyenneté universel au-dessus du seuil de pauvreté, ce qui coûterait beaucoup moins cher que l’addition de tous les maux résultant des effets pervers de la misère. L’articulation du revenu de citoyenneté et la question scolaire sont justifiées dans le Manifeste pour un revenu de citoyenneté de Michel Bernard et Michel Chartrand (voir aussi le site Basic Income Earth network au www.basicincome.org/bien/). L’autonomie coûte cher, mais à un prix moindre que la dépendance (Condorcet).

Toute proportion gardée, le budget du revenu de citoyenneté est minime en regard de la valse des milliards imprimés pour renflouer  «les vrais Lucides»!




ALAIN MASSOT
Professeur associé à la Faculté
des sciences de l’éducation

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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