Vie universitaire

Courrier

L’affaire Coffin: un devoir de mémoire qui commande réparation

Le 10 février 2006 eut lieu, à l’église anglicane de York en Gaspésie, une commémoration pour souligner le 50e anniversaire de l’exécution de Wilbert Coffin, lequel avait été, préalablement, condamné pour avoir assassiné trois chasseurs américains. Depuis cette célébration, tant sur le plan familial que politique, plusieurs initiatives ont été, au pays, entreprises pour réhabiliter la mémoire du prospecteur gaspésien. Autant dans la phase policière que judiciaire, Coffin a subi un traitement inéquitable indigne d’un système de justice qui se prétendait être, dans une société démocratique, civilisé. L’assistant procureur général, Me Charles Édouard Cantin, avait donné des instructions aux officiers de la Sûreté du Québec d’extorquer des aveux de Coffin. Ce dernier fut soumis, en vertu d’un mandat du coroner, à une garde à vue d’une durée de 16 jours sans le bénéfice d’une assistance légale. Les interrogatoires se poursuivirent soir et nuit et certains se prolongèrent jusqu’à douze heures consécutives.

Wilbert Coffin fut victime d’une erreur judiciaire laquelle ne fut jamais corrigée par les tribunaux d’appel. L’accusé avait été trouvé en possession d’objets de peu de valeur appartenant aux américains. En vertu de «la doctrine de la possession récente des objets volés», il devait donner «une explication raisonnablement vraie» de sa possession. L’omission par l’avocat de la défense, Me Raymond Maher, de faire entendre l’inculpé constitua une méprise déterminante dans sa culpabilité. Cette incompétence du défenseur équivalait à une erreur judiciaire qui aurait dû entraîner la tenue d’un second procès.

Coffin avait une excuse à soumettre pour la détention des objets : il s’en était emparé pour compenser le travail qu’il avait effectué pour les américains. De plus, il avait toujours nié leur avoir soutiré de l’argent. Sa déposition était d’autant plus nécessaire que le jury était en droit de tirer une conclusion défavorable de son abstention à témoigner en l’étiquetant comme le meurtrier. Les substituts du procureur général, Mes Noël Dorion et Paul Miquelon, négligèrent de demander des suppléments d’enquête lesquels auraient permis d’ouvrir des champs d’investigation susceptibles de favoriser Coffin. D’une façon globale, les dits procureurs n’ont pas rencontré les normes de détachement et de sérénité inhérentes à leur importante fonction tels que définis par la Cour suprême, en 1954 dans l’arrêt Boucher.

Le 24 janvier 1956, la Cour suprême, dans une décision partagée, maintient le jugement de la Cour d’appel du Québec et rejette l’appel de Coffin. L’opinion articulée de la dissidence fut rédigée par les juges Locke et Cartwright lesquels auraient privilégié la tenue d’un second procès. Cette dissidence très bien motivée sur plusieurs griefs d’appel, aurait dû convaincre le ministre de la Justice Stuart Gerson de proposer au cabinet ministériel de l’époque, la commutation de la peine de mort en un emprisonnement à vie. Cette obstination du ministre, à maintenir le châtiment suprême, fut perçue comme une crainte de froisser le gouvernement des États-Unis et pour éviter au pays une diminution du tourisme américain.

Wilbert Coffin n’était pas un voleur et encore moins un meurtrier. Il a eu la malchance d’être un suspect apparent, prisonnier d’un piège à ours dont il n’a pas pu s’extirper. Seul un psychopathe pouvait commettre un crime aussi sordide. Or, Coffin n’était pas empreint de psychopathie, mais plutôt de philanthropie, en plus d’être exempt de tout antécédent judiciaire. Le temps presse pour réhabiliter sa mémoire. La grande majorité des acteurs de cette saga judiciaire sont déjà décédés et il n’existe plus aucune trace des pièces à conviction du procès.

Une révélation étonnante vient d’être médiatisée laquelle, à première vue, pourrait offrir une voie disculpatoire en rendant Coffin complètement étranger aux meurtres des chasseurs américains. Il revient au Groupe de révision des condamnations criminelles d’en apprécier la fiabilité.Si cette divulgation devait s’avérer convaincante, elle permettrait au ministre de la Justice, conjuguée avec d’autres éléments justificatifs au dossier, de proclamer à titre posthume, par le biais d’une révision ministérielle, la réhabilitation de la mémoire de Wilbert Coffin et de reconnaître ainsi son innocence.

Une telle reconnaissance réconforterait les membres de la famille Coffin laquelle est toujours demeurée, dans l’épreuve, digne et discrète. Elle réjouirait également tous ceux et celles qui ont fidèlement cru à l’innocence du disparu.

JACQUES GAGNÉ
Professeur retraité de la Faculté droit
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Le curieux de la science

Je remercie M. Barrette de s’être donné la peine de répondre à ma lettre du 23 novembre au sujet du credo de la science. Je suis d’accord avec lui que, pour que la science naisse, l’être humain doit ne pas tout simplement se satisfaire des données de la perception sensorielle, mais chercher à dépasser le niveau des apparences pour découvrir une réalité cachée qui se trouve en amont de celles-ci. Néanmoins, je n’appellerais pas cela le doute, mais plutôt la curiosité. Qui plus est, le scientifique doit faire au moins deux actes de foi pour pouvoir construire la science. Premièrement, il faut qu’il croie ses sens au moins à un certain niveau pour pouvoir faire la moindre observation. Deuxièmement, il faut faire un acte de foi dans le caractère rationnellement compréhensible de l’univers, sinon on ne tentera pas de proposer la moindre explication théorique d’aucune donnée d’observation.

Je suis d’accord aussi avec M. Barrette que nous ne sommes pas de simples animaux, et que nous devons combattre le racisme, la xénophobie, le sexisme, l’égoïsme et l’imposition de la loi du plus fort, tous produits selon lui de notre histoire évolutive animale. Cependant, je ne vois pas comment la religion puisse être classée dans cette catégorie. Il n’y a aucune espèce animale qui montre le moindre signe de religiosité. Il s’agit là de quelque chose de spécifiquement humain, qui pourrait même correspondre à l’aspiration d’affranchissement des impératifs adaptifs qu’exprime M. Barrette à la fin du quatrième paragraphe de sa lettre.

Quant à ce dernier point, je dois admettre que je relève quand même une certaine contradiction dans l’idée que «la nature humaine dépend justement de notre capacité à nous affranchir des impératifs adaptifs et naturels hérités de nos ancêtres». Comment la nature humaine peut-elle dépendre de notre capacité de nous libérer de la nature humaine ? Drôle de nature. Mais l’être humain se livre aussi à des activités aussi paradoxales que la linguistique, la littérature, la science fondamentale … et la religion. Se pourrait-il que ceci soit le signe qu’il y a quelque chose de transcendant qui est inhérent à la nature humaine ?

Je m’excuse auprès de M. Barrette de lui avoir attribué une attitude de scientisme, ce dont il se défend rigoureusement. Cela m’intrigue cependant de voir comment une vision étroite de la raison humaine comme celle qu’adoptent la plupart des scientifiques pourrait conduire à autre chose dans le domaine de la morale que la loi du plus fort. Donc j’ai acheté Mystère sans magie, et je vais le lire pendant les vacances de Noël. Lorsque je me serai informé un peu mieux, on pourra poursuivre la discussion.

PATRICK DUFFLEY
Professeur titulaire
Département de langues, linguistique et traduction

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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