Sports

Le PEPS vu par ses premiers fantômes

Le PEPS souffle 50 bougies. Voilà l’occasion de revenir sur les personnalités et les événements qui ont marqué ce complexe sportif. Ce neuvième et dernier article de la série plonge dans les souvenirs de ses premiers artisans.

Par : Luc Lamontagne, collaboration spéciale
Depuis quelques années, le Service des activités sportives a pris l’habitude d’inviter ses Fantômes lors d’une rencontre automnale du club de football Rouge et Or.
Depuis quelques années, le Service des activités sportives a pris l’habitude d’inviter ses Fantômes lors d’une rencontre automnale du club de football Rouge et Or.

Quand tout a commencé, ils étaient jeunes et impétueux. Aujourd’hui, alors que le PEPS achève de célébrer son 50e anniversaire, la couleur de leur crinière (quand il en reste) témoigne de leur âge vénérable. Bien que l'on doive remonter cinq décennies en arrière, les souvenirs sont encore tout frais. Comme si c’était hier.

Au tout début, ils n’étaient qu’une poignée sur qui l’abbé Fernand Gingras, alors administrateur-trésorier de l’Université Laval, avait jeté son dévolu et à qui il a accordé toute sa confiance pour lancer le Service des activités sportives (SAS). On les avait logés dans un local du pavillon Jean-Charles-Bonenfant en juin 1970, en attendant que le PEPS soit accessible. Ils prenaient officiellement la relève afin d’administrer ce qui avait jadis été un rêve. D’abord celui de Philibert L’Écuyer, professeur de chimie. Puis celui des professeurs du Département d'éducation physique (DEP), qui ont clamé haut et fort les besoins en infrastructures sportives de haut niveau, tout autant que ceux liés à l'enseignement et à la recherche, et qui avaient participé à la concrétisation du projet aux côtés des vice-recteurs Louis-Philippe Bonneau et Napoléon LeBlanc.

À l'ouverture du PEPS, devant un succès aussi instantané qu'incroyable, ils ont rapidement dû s’entourer d’autres collaborateurs, tout aussi jeunes, mais ô combien compétents et surtout passionnés. Après 50 ans, ils ont laissé derrière eux un legs impressionnant pour celles et ceux qui les ont suivis, mais aussi pour l’établissement, la région et toute la province. Ce sont les Fantômes du PEPS. C’est ainsi qu’ils se sont eux-mêmes surnommés.

Les débuts

L'équipe des premiers gestionnaires du PEPS fut formée par l'abbé Gingras, sous les bons conseils de Fernand Landry, alors directeur du DEP. C'est ainsi que Gaston Marcotte, Jacques Loiselle et Jean Lemieux ont été recrutés pour accompagner deux autres professionnels, Jean-Charles Gravel et Paul Geoffrion, alors associés à la Commission athlétique de l’Université Laval et déjà grandement engagés dans le volet sportif de l’établissement.


La première équipe de direction du Service des activités sportives en 1970 : Jean-Charles Gravel, Gaston Marcotte, Paul Geoffrion, Jacques Loiselle et Jean Lemieux.

«C'était totalement nouveau comme projet. L'abbé Gingras était conscient que le PEPS était le premier d'une série, et non pas le dernier. Nous ne pouvions pas nous "péter la gueule", précise Jean Lemieux, alors responsable des installations sportives. Il devait prendre les moyens nécessaires pour que ça marche. Et nous étions chanceux de l'avoir, parce qu'il nous faisait confiance et il nous laissait travailler.»

Cette première équipe inspirait effectivement la confiance. Elle a cerné son mandat dès le départ et elle s'est mise au travail rapidement et avec acharnement. Et elle s'est vite aperçue qu'il manquerait des «bras», d'abord pour être prêt pour l'ouverture en septembre, puis pour répondre à la demande. C'est à ce moment que la recherche de professionnels a commencé et elle a été pour le moins féroce.

«Pour combler nos besoins, nous sommes allés chercher deux des meilleurs candidats au Québec. On a pigé directement dans l'équipe de l'Université de Sherbrooke pour mettre la main sur Yvan Breault (communication) et Yvon Lamarche (sports interuniversitaires) et on est allés faire la conférence de presse là-bas», se rappelle fièrement Gaston Marcotte, premier directeur du SAS. Un souvenir qu'Yvan Breault n'a pas oublié. «À l'époque, c'était mon rêve de travailler en communication dans le domaine du sport. J’ai accepté l'offre de Gaston Marcotte et Jacques Loiselle, qui était alléchante, quoique le défi s'avérait être de taille. Mon aventure a démarré sur les chapeaux de roues!»

La programmation

Un défi vécu aussi par André Bélanger. «J’ai atterri à l’Université Laval avec la responsabilité de coordonner le programme intramural destiné à la communauté universitaire dans un centre tout neuf de 300 000 pieds carrés. Pensons-y! Dès l’inscription en 1970, près de 6000 personnes devenaient membres. Ouf, quel défi enthousiasmant!» Dans les mois qui ont suivi, de nouveaux collègues sont arrivés, du renfort espéré tellement la programmation prenait de l’ampleur.

Il faut préciser que l’ouverture du PEPS allait permettre de rapatrier sous un même toit l’équivalent de 13 sites sportifs utilisés par la communauté universitaire et disséminés partout à travers la ville. «Tout ce qui était proposé avait du succès», note Jean Lemieux. Outre la programmation sportive, les événements et les projets pleuvaient. «On a fait des choses incroyables, on passait pour des fous», se souvient-il. Tant et si bien qu’après seulement deux ans, un des plus grands centres sportifs au pays manquait déjà d’espace pour certaines activités.

Ça n’a pas empêché de nombreux programmes de voir le jour ou de progresser. Un autre transfuge des Cantons-de-l’Est, Gerry Breton, a pris les rênes du programme des ligues intra-muros et en a fait une référence. «La pratique du sport peut faire du bien si on attache de l'importance à la façon de jouer la partie. C’est pourquoi nous avons proposé aux joueurs d’adopter la philosophie du jeu avec fair-play, qui invite les joueurs à respecter les autres joueurs, les règles et les décisions des officiels. Nous nous sommes mis à valoriser autant les comportements que les résultats», explique celui qui a reçu en 1990 le prix Promotion du fair-play du Comité international pour le fair-play de l’UNESCO.

Même son de cloche du côté de la condition physique. Carolle Leclerc, dont le premier emploi au SAS consistait à faire connaître le PEPS aux membres du personnel de l’Université, projecteur à diapositives sous le bras, mentionne que l’évaluation de la condition physique a pris un essor considérable à la fin des années 1970. C’est à cette époque que se sont développés les cours destinés aux femmes enceintes et ceux pour les personnes de 55 ans et plus. «Des efforts étaient investis afin que les femmes et les hommes trouvent au PEPS les activités qui répondent non seulement à leurs besoins, mais qui leur donnent le goût de bouger», précise celle qui est aussi à l’origine du programme Mon équilibre UL.

Le Rouge et Or

Si le PEPS a permis la démocratisation du sport sous toutes ses formes, il aura aussi été salutaire pour le programme Rouge et Or, qui trouvait enfin un domicile pour ses équipes. Rappelons que le Rouge et Or est né en 1949 avec des équipes de hockey, de basketball, de natation et de ski alpin. Avec le PEPS, on aime à parler de l’âge moderne du programme d’excellence sportive emblématique de l’Université Laval. Robert (Bob) Descheneaux, qui est arrivée au PEPS en 1972 comme coordonnateur du Rouge et Or et entraîneur de l’équipe masculine de basketball, insiste sur la créativité de ses collègues de l’époque. «Nous étions la première université francophone à nous doter d’installations sportives de cette envergure, où la conception de la programmation et des moyens financiers pour l’actualiser étaient en plein chantier. Il fallait innover, car le modèle nord-américain anglo-saxon ne correspondait pas aux valeurs et à la culture que les nouveaux dirigeants du PEPS - Marcotte, Loiselle et Lemieux – avaient imaginées.» Bob Descheneaux et Jacques Loiselle furent d’ailleurs très engagés dans la mise en place d’une nouvelle structure d’encadrement du sport universitaire dans la province (ASUQ).

La clinique

Parallèlement à la pratique des sports et de l’activité physique s’est développé tout le volet de la médecine et de la physiothérapie du sport. Dès 1970, le Dr Pierre Béliveau et le physiothérapeute Georges Morisset jetaient les bases de la première clinique au PEPS, qui allait d’abord faciliter la communication entre les professionnels de la santé, les entraîneurs et leurs athlètes. Il faut préciser que les travaux de recherche de Claude Bouchard, réputé professeur du DEP, avaient ouvert la porte à ce projet avant-gardiste. Jean-Claude Savard a travaillé durant 28 ans comme physiothérapeute à la clinique. Il se rappelle en détail comment son aventure a commencé, mais ce qu’il retient avant tout, c’est la concrétisation d’un rêve. «Le PEPS m’a fait réaliser un rêve: travailler en m’amusant et en faisant de mon mieux pour donner aux athlètes les meilleurs soins possible.»

Comme Jean-Claude Savard avec les étudiants-soigneurs, les Fantômes ont tous en commun d’avoir travaillé pour, mais surtout avec les étudiants, pour lesquels ils sont reconnaissants. «On se faisait un devoir de les engager en complétant leur formation au besoin, précise Carolle Leclerc. C’était une richesse de travailler avec les étudiantes et étudiants.» Les ligues intra-muros ont aussi bénéficié de leur apport. «Le programme n’aurait pas pu rester en santé et afficher une telle croissance sans la contribution et l’intervention du comité sportif composé exclusivement d’étudiants, renchérit Gerry Breton. Je regarde souvent de loin, avec satisfaction et admiration, l’évolution professionnelle de plusieurs leaders qui ont affûté leurs armes au sein du comité lorsqu’ils étaient étudiants et qui croyaient à l’importance du parascolaire pour se développer personnellement.»

Plusieurs Fantômes du PEPS ont replongé dans leurs souvenirs pour parler de la frénésie qui régnait dans les premières années du PEPS. Dans l’ordre habituel: Jean Lemieux, Jacques Loiselle, Gaston Marcotte, André Bélanger, Carolle Leclerc, Gerry Breton, Jean-Claude Savard, Yvan Breault et Robert (Bob) Descheneaux.

Une histoire de passion

La suite nous est plus familière. D’autres ont pris, de brillante façon, la relève de ces valeureux bâtisseurs. La communauté urbaine s’est appropriée le PEPS. Les événements majeurs se sont multipliés, procurant à l’établissement une visibilité inattendue. Fort de son succès et grâce à la détermination de gestionnaires comme Gilles D’Amboise, le PEPS a continué à se développer. Un peu plus de 40 ans après l’ouverture de ses portes, sa superficie a presque doublé.

Dans tout ce processus de mise en place, dans ce bouillonnement d’activités et dans toute cette effervescence, il faut retenir que la naissance du PEPS est avant tout une histoire de passion. Celle qui guidait chacun de ces futurs Fantômes. Ils sont unanimes à parler de cette belle aventure comme d'années enrichissantes et marquantes et comme d'une expérience de vie inoubliable. «Ce fut assurément la plus belle expérience de gestion de toute ma carrière puisqu’elle m’a permis de toucher à toutes sortes de choses, de m’impliquer dans toutes sortes de projets, de voir l’influence que nous pouvions avoir à l’extérieur du campus et de travailler avec des collègues passionnés», conclut Jacques Loiselle, directeur du SAS de 1973 à 1987.

L’histoire du PEPS est donc étroitement liée aux histoires personnelles de ses Fantômes. De ces bâtisseuses et bâtisseurs qui sont partis de rien et qui, à force de labeur, de créativité et d’un brin de chance, ont su ériger un monument sur le campus dont la notoriété dépasse largement les limites régionales.

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