Société

Vers la pauvreté extrême?

Par : Yvon Larose
En début d’année, des émeutes de la faim ont eu lieu dans différents pays d’Afrique et d’Asie. La cause? La hausse vertigineuse des prix de denrées alimentaires de base comme le blé, le riz et le maïs. Les experts de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) évaluent à 100 millions le nombre de personnes qui, dans les pays en développement, subissent de plein fouet les effets de cette crise alimentaire d’envergure planétaire. Ces gens, qui consacraient déjà environ les trois quarts de leur revenu à la nourriture, s’enfoncent donc encore plus dans la pauvreté extrême.

Pour Guy Debailleul, professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, cette crise ne surprend pas. «Elle s’ajoute, dit-il, à une autre crise alimentaire qui implique quelque 850 millions d’individus n’ayant pas accès à une nourriture suffisante.»

Le professeur Debailleul participait, le mercredi 13 août au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, à un débat de la Chaire publique de l’ÆLIÉS sur le thème de la crise alimentaire mondiale. L’activité de l’Association des étudiantes et étudiants de Laval inscrits aux cycles supérieurs était organisée avec la collaboration de l’Institut du Nouveau Monde. À savoir si le monde est menacé de famine, Guy Debailleul se veut rassurant. «La croissance de la population mondiale ralentit, explique-t-il. Et il existe suffisamment de terres agricoles et de terres en réserve pour nourrir la planète. Il existe aussi beaucoup de possibilités d’augmenter les rendements.»
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Guy Debailleul: «Il existe suffisamment de terres agricoles et de terres en réserve pour nourrir la planète. Il existe aussi beaucoup de possibilités d’augmenter les rendements.»


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Guy Debailleul se dit «relativement optimiste» quant à la résorption, à long terme, de la crise actuelle. «Pour cela, affirme-t-il, il faut faire des choix dès aujourd’hui. Et ces choix sont essentiellement d’ordre politique et d’ordre institutionnel.» L’un d’eux consiste à reconnaître aux pays en développement le principe de la sécurité alimentaire. «Ces pays ont besoin d’un minimum de protection, indique le professeur. Ils doivent aussi développer leurs agricultures vivrières. Modernisées, elles deviendront marchandes et produiront des excédents.»

Une combinaison de facteurs
Au cours des trois ou quatre dernières années, le prix du blé a augmenté de 200 % et l’ensemble des prix des denrées alimentaires de base a connu une hausse de 75 %. Plusieurs raisons expliquent ces hausses. Mentionnons, entre autres, l’utilisation de maïs et de canola pour la production de biocarburants, l’augmentation de la production de viande, une activité qui nécessite une quantité importante de céréales, et la hausse du prix du pétrole.

Selon Jean-Jacques Dethier, directeur de recherche à la Banque mondiale, les pays touchés par la crise alimentaire ont réagi de diverses façons. «Presque 80 % d’entre eux ont réduit l’imposition sur les céréales, souligne-t-il, ce qui aggrave la situation fiscale.» Il y a quelques mois, la Banque mondiale créait un fonds spécial de 1,2 milliard de dollars pour le financement rapide de projets d’aide alimentaire dans 12 pays considérés comme prioritaires. «Dans l’année à venir, ajoute Jean-Jacques Dethier, la Banque va augmenter ses prêts agricoles d’environ 6 milliards de dollars.»

Laure Waridel, cofondatrice d’Équiterre et pionnière du commerce équitable au Québec, insiste sur l’urgence de modifier nos modes de production, de transformation et de distribution des aliments. «Selon la FAO, précise-t-elle, ces modifications permettraient de nourrir de façon suffisante, en quantité et en qualité, plus de 12 milliards de personnes.» Laure Waridel qualifie d’«échec» les politiques internationales «qui font en sorte que les produits alimentaires se déplacent là où il y a de l’argent, et non là où il y a des besoins».

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