Société

Une société en mutation

En une cinquantaine de chapitres documentés, Simon Langlois brosse un portrait parfois étonnant du Québec d'aujourd'hui

Par : Yvon Larose
Vieillissement, scolarisation étendue, villes en croissance, effets de génération, mondialisation: il n'y a pas de doute, le Québec vit de profonds changements depuis plusieurs années. Parmi eux, l'un des plus importants est certes la place qu'occupent maintenant les femmes dans la société. Selon le professeur Simon Langlois, du Département de sociologie, les femmes québécoises ont parcouru un chemin remarquable en un demi-siècle. «On voit là le résultat de la scolarisation massive des femmes au cégep et à l'université, explique-t-il. Je pense par ailleurs que nous n'avons pas pris conscience de cette profonde mutation qui a féminisé presque tout l'ensemble des professions.»

Entre 2011 et 2016, Simon Langlois a publié une cinquantaine de textes dans les blogues du magazine Contact, la revue des diplômés de l'Université. Ces chroniques sont maintenant réunies dans un livre que vient de lancer Del Busso Éditeur sous le titre Le Québec change – chroniques sociologiques. En quelque 300 pages, le professeur Langlois aborde de nombreux thèmes comme l'argent, les classes sociales, le français et les générations. Il touche également à l'identité, aux inégalités, aux jeunes et à la justice, ainsi qu'au multiculturalisme, à la religion, à la souveraineté et au travail.

Bon an, mal an, les universités québécoises accueillent environ 60% de femmes. Cette statistique ne surprend pas Simon Langlois. «Les femmes, dit-il, ont atteint la quasi-parité avec les hommes dans presque toutes les strates sociales.» Entre 1971 et 2011, cet étonnant bond en avant se remarque en particulier chez les cadres intermédiaires et chez les directrices. Leur proportion est passée de 22,3% à 45,8%. Les professionnelles, pour leur part, ont vu leur proportion progresser de 13,9% à 48,9% durant la même période.

Un contexte social particulier a favorisé la féminisation du marché du travail. D'abord, les conditions d'accès au cégep et à l'université ont été améliorées avec la création d'un système de prêts et bourses assez avantageux. Ensuite est apparu un phénomène de dénatalité, les Québécoises faisant moins d'enfants que leurs mères et grand-mères. «Les filles des années 1970 sont issues des premières cohortes de baby-boomers, souligne le professeur. Comme les boomers ont eu deux enfants en moyenne, il devenait plus facile de financer leurs études collégiales et universitaires.» Enfin, la réforme scolaire, en ouvrant les portes de l'éducation postsecondaire, a notamment permis de créer le réseau des cégeps sur l'ensemble du territoire.»

En 2013, Simon Langlois a abordé la question de la rémunération élevée des hauts dirigeants dans les entreprises et dans les institutions financières. Un sujet toujours d'actualité si l'on pense aux faramineuses hausses de revenu qu'ont voulu s'octroyer, il y a peu, les hauts dirigeants de Bombardier.

Dans sa chronique, le professeur Langlois explique que trois facteurs encouragent cette surenchère. D'abord, la taille des entreprises, donc leur chiffre d'affaires et leurs profits, rend possibles de telles rémunérations. Ensuite, les actionnaires, parce qu'ils sont très nombreux et dispersés, ne peuvent qu'exercer un contrôle faible sur la haute direction. Enfin, le fait de se comparer à ses pairs ne peut que favoriser l'inflation salariale.

Selon Simon Langlois, une solution serait d'accorder aux actionnaires le pouvoir de fixer la rémunération des propriétaires de l'entreprise, plutôt qu'un vague pouvoir de consultation comme c'est le cas actuellement. «Dans d'autres pays, notamment au Japon, ajoute-t-il, les actionnaires ont un droit de veto, ils peuvent refuser les augmentations salariales des hauts dirigeants. Ils s'entendent sur le principe de la méritocratie, mais ils refusent les écarts trop grands.»

Le professeur Langlois habite Québec. Il consacre un chapitre à sa ville dans Le Québec change. Dans cette agglomération dynamique de plus de 700 000 résidents, si l'on inclut la grande banlieue, on assiste depuis un certain nombre d'années à une véritable mutation du tissu économique et démographique. Selon lui, une raison de ce changement est la réussite, en moins de dix ans, de la fusion des villes de banlieue. «Ce facteur a beaucoup joué, affirme-t-il. Il a apporté une grande cohésion sociale à la ville et à son développement. Il a aussi amené le développement de nouveaux secteurs économiques, tels que l'assurance, la recherche et la technologie.»

Un autre facteur est la forte scolarisation dont a bénéficié la population. La classe moyenne a pris de l'ampleur et la classe ouvrière a régressé. Une élite nouvelle est apparue. Le taux de chômage est l'un des plus faibles au Canada.

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