Société

Une presse boute-feu mais éclairante

Dans le dossier des accommodements raisonnables, les médias du Québec auraient provoqué une prise de conscience… tout en accordant une importance démesurée à certaines nouvelles

Par : Yvon Larose
Le Centre d’études sur les médias (CÉM) vient de faire paraître le rapport Perception du rôle des médias dans le dossier des accommodements raisonnables. Le document, dont les grandes lignes ont été dévoilées le jeudi 27 septembre, à Montréal, montre notamment que les médias ont joué un rôle de révélateur d’une réalité cachée et provoqué un réveil de la population québécoise de souche dans le débat sur les accommodements raisonnables. D’autre part, les médias ont péché par redondance et exagération dans le traitement de certaines nouvelles, ce qui a entraîné des réactions émotives.

L’étude qualitative a été menée pour le CÉM par le sociologue et chercheur Michel Lemieux. Elle prend sa source dans les échanges qui ont eu lieu en juin dernier dans six groupes de discussion tenus à Montréal, Trois-Rivières et Montmagny. Une soixantaine de citoyens francophones choisis au hasard ont pris part à l’exercice. «Sur le fond, indique Michel Lemieux, nous avons trouvé des choses pas tellement différentes de ce qui se dit à la commission Bouchard-Taylor. Les gens sont très inquiets et leur perception est beaucoup basée sur la menace à leur identité, plus précisément à la place des femmes dans la société et à la laïcité.» Selon lui, les perceptions exprimées à l’égard des accommodements raisonnables semblent à peu près identiques entre les trois régions. «Mon hypothèse, explique Michel Lemieux, est que les médias imposent leur perception des choses. Puisqu’ils sont nationaux, on retrouve cette perception dans toutes les régions.»

Les fenêtres givrées du YMCA du Parc, à Montréal, la réglementation municipale de Hérouxville, le port du voile islamique sous le casque protecteur au taekwondo et la possibilité de voter en ayant le visage voilé sont quelques-uns des 21 faits récents, reliés aux accommodements raisonnables, que les participants aux groupes de discussion ont identifiés. Plusieurs font remarquer qu’une minorité agissante, sur la base de la Charte des droits, «teste» les limites d’endurance de la société québécoise. Les politiciens sont vus comme «faibles» dans ce dossier. Les participants reprochent aux médias de généraliser à partir de cas isolés, de jouer sur des peurs profondes et d’avoir une vision étroite et simpliste des faits. En revanche, ils apprécient leur rôle de vigile. Des participants soulignent que, dans les jours suivant la nouvelle, les médias y vont de compléments d’information et de commentaires qui viennent équilibrer les choses. Globalement, les participants croient que les médias écrits couvrent mieux ces faits que les médias électroniques.

Florian Sauvageau, professeur au Département d’information et de communication et directeur du CÉM, rappelle qu’au printemps dernier les médias accordaient beaucoup d’importance à chaque nouvel épisode du dossier des accommodements raisonnables. «J’étais parfois très agacé de voir que les médias mettaient sur un même pied des choses importantes et des choses anecdotiques, raconte-t-il. Par exemple, je trouvais ridicule l’importance accordée à la cabane à sucre qui avait retiré le porc d’une partie de son menu pour accommoder la clientèle musulmane. Dans cet esprit, nous devions voir ce que pensaient les gens du traitement médiatique.» Selon Florian Sauvageau, les participants aux groupes de discussion comprennent les excès de sensationnalisme des médias, excès qu’ils associent à la rentabilité des entreprises. «Les gens sont critiques des médias, dit-il, mais en même temps ils disent: "heureusement qu’ils sont là".»

Le rapport ainsi qu’un texte synthèse sont disponibles sur demande auprès de Daniel Giroux, 656-3235, cem@com.ulaval.ca.

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