Société

Une ère de ruptures et de défis

Selon Luc Bouthillier, la nouvelle foresterie devra tenir compte des valeurs autochtones et des valeurs environnementales

Par : Yvon Larose
La manière de pratiquer la foresterie au Québec ne sera vraisemblablement plus la même désormais. C’est là le message que Luc Bouthillier, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt, a livré, le mardi 13 février au pavillon Abitibi-Price, lors d’une conférence organisée par l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société. Selon lui, la crise qui afflige actuellement le secteur forestier québécois sert de révélateur. «Cette crise, affirme-t-il, oblige un constat: la place de l’industrie forestière dans l’économie québécoise et la manière de pratiquer la foresterie au Québec s’écarteront bientôt d’un modèle centenaire. Les années à venir seront en rupture avec tout ce qui a marqué l’industrialisation du territoire jusqu’à présent. Il s’agit de fabuleux défis techniques et sociaux qui à la fois inquiètent et stimulent.»

Une vague énorme
Luc Bouthillier prévoit qu’une énorme vague de rationalisations va déferler sur les entreprises québécoises qui produisent du bois-d’œuvre, des pâtes et papiers, et des panneaux. Résultat: il y aura moins d’établissements et d’emplois dans ce secteur dans les années à venir. En guise de solution, le Conference Board du Canada suggère, entre autres, d’implanter six méga usines sur le territoire québécois pour produire les 5,2 millions de tonnes de papier journal fabriquées annuellement par une vingtaine d’établissements. Cela afin de profiter d’économies d’échelle.

Selon Luc Bouthillier, il est clair que les industriels doivent plus que jamais prendre le virage de l’innovation, c’est-à-dire de la valeur ajoutée. «Nous pensons, dit-il, aux bois d’ingénierie, afin de reconquérir le marché de la construction commerciale et, dans un monde en quête d’énergie verte, aux produits du bioraffinage.» En 2006, pour la première fois, la valeur des exportations québécoises du secteur des composantes de maison et des maisons usinées fut pratiquement équivalente à la valeur des exportations des pâtes, papiers, cartons, panneaux et bois d’œuvre. La technologie écologique du bioraffinage consiste à transformer des déchets de bois en une biohuile utilisée notamment pour produire de l’électricité et des produits chimiques.

Mais il y a plus. La nouvelle foresterie, selon Luc Bouthillier, devra s’harmoniser aux valeurs autochtones et tenir compte de la montée des valeurs environnementales. «Il faut le commencement d’un projet inclusif à l’égard des communautés autochtones, affirme le professeur. Il faut bien comprendre que la forêt fait partie de leur identité.» Selon lui, les autochtones veulent avoir accès à la société de consommation et à la société du savoir. «Pour ce faire, explique-t-il, ils veulent créer de la richesse par la forêt mais par une nouvelle façon d’occuper le territoire, sans se comporter comme les non-autochtones. Couper des arbres pour alimenter une industrie ne fait pas partie de leurs valeurs.» Cette autre approche peut se résumer par la satisfaction de valeurs et de besoins humains tout en maintenant l’intégrité des écosystèmes. Luc Bouthillier voit une convergence entre cette approche et les valeurs environnementales. «Il faut respecter la complexité des écosystèmes, souligne-t-il. Il faut aller plus loin que de dire: on coupe des arbres et la nature va remplacer les arbres coupés, sinon on va reboiser.» Selon lui, les industriels devront apprendre à faire plus avec moins et abandonner une foresterie de type mécaniste.

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