Société

Un vent de partition?

La Belgique traverse une période particulièrement trouble de son histoire avec, à la clé, un risque d’éclatement du pays

Par : Yvon Larose
Le 10 juin, les Belges se sont rendus aux urnes afin d’élire, au scrutin proportionnel, un nouveau gouvernement fédéral. Depuis cette date, le pays vit une profonde crise politique amenée par l’incapacité des partis en présence à former une coalition. «Si la constitution du gouvernement est si difficile, c’est que les négociations se déroulent sur fond de réforme institutionnelle majeure et d’attitude antagoniste entre néerlandophones et francophones», explique Steve Jacob, professeur au Département de science politique. Le mercredi 3 octobre, au pavillon Charles-De Koninck, il a prononcé une conférence sur l’impasse politique en Belgique, dans le cadre des activités du Cercle Europe de l’Institut québécois des hautes études internationales.

Selon Steve Jacob, la communauté flamande néerlandophone, majoritaire à près de 60 %, a des revendications très précises dans le contexte de la réforme institutionnelle, tandis que les francophones ne demandent pratiquement rien. «Les Flamands demandent la constitution d’une structure binationale avec deux États fédérés à part entière et deux régions à statut spécial: la Région de Bruxelles-Capitale et la Région de langue allemande», indique le professeur. Les sondages, l’un après l’autre, confirment qu’une majorité de Flamands, de l’ordre de 70 %, trouve «absolument prioritaire» ou «nécessaire» une réforme de l’État, laquelle prévoit davantage d’autonomie pour la Flandre et la Wallonie. Les sondages révèlent également qu’une majorité de francophones, de l’ordre de 58 %, juge ce projet «inutile» ou «pas urgent», car il pourrait, estiment-ils, conduire à la désintégration du pays.

Des relations intercommunautaires exacerbées
Monarchie constitutionnelle, la Belgique compte aujourd’hui plus de 10 millions d’habitants. Dans ce pays souvent qualifié d’ingouvernable, les crises politiques sont récurrentes. Les années 1970 et 1980 ont été caractérisées par une instabilité gouvernementale très grande. «Le système politique et institutionnel qui s’est construit en Belgique n’a ni simplifié ni apaisé les relations entre les communautés qui la composent, soutient Steve Jacob. Au contraire, il les exacerbe et entraîne un blocage récurrent des institutions. Cette vulnérabilité transforme la Belgique en un État en sursis.» Pourtant, ce qu’il est convenu d’appeler «le modèle belge» est cité en exemple dans le monde, notamment au Canada par des politiciens comme Stephen Harper et Gilles Duceppe qui le voient comme un système permettant d’unir des composantes disparates. «Mais, souligne le professeur, la machine à fabriquer du compromis est présentement en panne.»

Le système politique en Belgique a pris un tournant majeur en 1993 lorsque le pays est devenu officiellement un État fédéral à la suite d’un processus au cours duquel chacune des régions se trouve dotée d’un Parlement. Selon Steve Jacob, le problème belge serait lié à un fédéralisme de confrontation. Si des États fédéraux comme la Suisse, le Canada ou l’Espagne fonctionnent bien, la Belgique représente un cas particulier, car elle s’appuie sur un «fédéralisme ethnique», de distanciation, qui ne favorise pas la rencontre, le dialogue et la coopération entre les parties.

Quel avenir attend les Belges? «Les Wallons, répond Steve Jacob, ont une conception identitaire moins affirmée que les Flamands. L’autonomie au sein d’une Belgique décentralisée, l’indépendance de la région au sein de l’Union européenne, ou bien le rattachement à la France figurent parmi leurs choix d’avenir. Du côté des Flamands, on a plutôt la conception d’un nationalisme émancipateur orienté vers la construction d’un État indépendant. Les Flamands sont rendus au-delà du fédéralisme. Ils marchent vers le confédéralisme, voire la constitution d’un État.»

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