Société

Un réveil brutal

L’étalement urbain régressera au fur et à mesure que le pétrole deviendra plus rare

Par : Yvon Larose
«La vie de banlieue aux États-Unis et au Canada touche à sa fin, mais nous n’en sommes pas encore conscients.» Cette phrase choc, l’essayiste américain James Howard Kunstler l’a lancée à son auditoire lors de la conférence qu’il prononçait le mardi 22 septembre à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins à l’occasion de la Semaine des transports collectifs et actifs 2009. «Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a-t-il poursuivi, nous avons investi toute notre richesse dans un mode de vie sans avenir puisqu’il reposait principalement sur du pétrole peu cher et son complément, l’automobile. Avec cette forme d’énergie désormais de plus en plus rare et de plus en plus chère, nous verrons beaucoup moins d’étalement urbain. Il y aura aussi un besoin grandissant d’utiliser pour l’agriculture les terres inoccupées en périphérie des villes.»

James Howard Kunstler est reconnu pour ses critiques de l’Amérique des banlieues. Il a notamment publié La fin du pétrole, sous-titré Le vrai défi du 21e siècle (Plon, 2005). Selon lui, la crise énergétique actuelle forcera la cité à se repenser. «Je crois que nous allons voir beaucoup de déplacements de population si la banlieue devient dysfonctionnelle, a-t-il dit. Les centres-villes pourraient alors se redensifier.» Ce dernier prévoit que la ville de l’avenir aura une taille plutôt modeste, sans gratte-ciels ni grands centres commerciaux. «Nous devrons probablement retourner à une certaine forme d’urbanisme traditionnel où les déplacements se feront d’abord à pied et par les transports en commun.»

L’épuisement du pétrole entraînera de profonds changements dans nos comportements. «Nous allons entrer dans un temps de discontinuité, a affirmé le conférencier. Et je crois que la transition sera difficile, voire chaotique. Elle diminuera notre niveau de vie.» Selon lui, il faudra trouver une autre manière de continuer à vivre de façon civilisée. «Tout ce que nous faisons dans la vie de tous les jours, a-t-il soutenu, devra être ramené à une échelle plus petite, plus modeste, plus locale et de plus grande qualité.»

James Howard Kunstler croit que la voiture électrique ne sera jamais la soi-disant solution au problème du transport. «On ne réussira jamais à convertir à l’électricité un parc de 300 millions de véhicules en Amérique du Nord.» Selon lui, les énergies alternatives comme le solaire, l’éolien, le biodiesel ou le nucléaire ne pourront pas, ensemble, réussir à remplacer adéquatement le pétrole. Le conférencier a insisté sur la nécessité de reconstruire l’ancien système de trains de passagers en Amérique du Nord, vu le coût très élevé d’un éventuel réseau de trains rapides. «Les usagers de Boston ou de Montréal, a-t-il souligné, seraient enchantés si les trains partaient et arrivaient à l’heure et ne filaient qu’à 112 kilomètres/heure.»

Si le pétrole est en voie d’épuisement, c’est entre autres parce qu’il s’en découvre très peu de nos jours. «Les Américains, a expliqué James Howard Kunstler, ont beaucoup d’espoir que les sables bitumineux de l’Ouest canadien vont résoudre tous leurs problèmes d’approvisionnement, mais je ne pense pas que ce sera le cas avec une production qui ne pourra probablement pas dépasser 3 ou 4 millions de barils par jour. Quant au Mexique, troisième source d’approvisionnement des États-Unis, il est probable qu’il ne pourra plus leur vendre de pétrole d’ici cinq ans.»

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