Société

Un pavé dans la mare d'éthanol

Les États-Unis feraient fausse route en considérant le biocarburant à base de maïs comme une solution à leur problème de sécurité énergétique

Par : Yvon Larose
L’éthanol produit à grande échelle aux États-Unis à partir du maïs ne représente pas une véritable source d’énergie renouvelable puisqu’il faut principalement du charbon, du gaz naturel et du diesel, tous des carburants fossiles, pour le produire. Qui plus est, ce biocarburant apparaît moins sûr que ne l’est le pétrole acheté de l’étranger parce que sa productivité est sujette aux variations de la météo, à plus forte raison par les bouleversements causés par le réchauffement climatique.

Tel est l’essentiel d’un article paru le mercredi 3 octobre dans le Washington Post et co-signé par James Eaves, professeur au Département de finance et assurance. Cet article présente les grandes lignes d’un article scientifique que publiera la revue Energy Policy en novembre. Selon le professeur Eaves, l’éthanol n’est pas une solution au problème de sécurité énergétique des États-Unis. «L’éthanol ne contribue même pas à la solution, affirme-t-il. Il cause une distorsion sur les marchés de l’énergie, il détourne les investissements gouvernementaux de solutions qui sont probablement meilleures, et il procure un retour sur l’investissement très faible comparé à celui du pétrole.» À ces considérations s’ajoute un aspect moral. Une part grandissante du maïs produit aux États-Unis n’est plus destinée à l’exportation. Or, ce pays produit annuellement quelque 70 % des exportations mondiales de maïs. Pour les consommateurs étrangers qui vivent dans les pays pauvres, cette denrée, désormais plus coûteuse parce que moins abondante, devient de ce fait moins accessible.

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«Entre 1960 et 2005, la productivité du maïs a été deux fois plus imprévisible que les approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient» - James Eaves, professeur au Département de finance et assurance


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Une source d’énergie à risque
Selon James Eaves, le volume total de maïs produit aux États-Unis donnerait un volume d’éthanol qui équivaudrait tout au plus à 14 % de la consommation annuelle d’essence. Pour ce dernier, remplacer le pétrole par l’éthanol consisterait à échanger un risque géopolitique contre un risque relatif à la productivité d’une plante. «Nous avons comparé la volatilité de l’offre du pétrole à celle du maïs entre 1960 et 2005, explique-t-il. Ces années ont été turbulentes: chocs pétroliers, révolution iranienne, et autres. Nous avons découvert que la productivité du maïs a été deux fois plus imprévisible que les approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient.»

James Eaves insiste sur le facteur météo. «Le maïs se caractérise par une grande sensibilité à la chaleur excessive et au manque de pluie, explique-t-il. Une vague de chaleur estivale est susceptible de diminuer sa productivité, en plus d’augmenter son prix et le coût de production de l’éthanol.» Selon le professeur, le maïs américain se caractériserait par une variabilité plus grande de sa productivité. «Les scénarios les plus optimistes prévoient à court terme une baisse de 22 % de la productivité du maïs en raison des changements climatiques, indique James Eaves. Dans les faits, cette baisse pourrait être plus prononcée.» Selon ce dernier, les politiciens américains, qui subventionnent la production d’éthanol à coups de milliards, semblent avoir oublié la caractéristique première d’une source d’énergie sûre: la fiabilité. «Vous avez besoin de plus d’énergie, dit-il, vous l’obtenez.»

Le pétrole se raréfie à l’échelle mondiale et la demande pour cette source d’énergie ne ralentit pas, bien au contraire. Dans ce contexte, les agrocarburants comme l’éthanol et le biodiesel sont perçus comme des éléments de solution. En 2006, quelque 40 millions de tonnes d’éthanol ont été produites dans le monde. Dans des pays producteurs comme les États-Unis et le Brésil, l’éthanol peut entrer jusqu’à 20 % dans la composition de l’essence vendue à la pompe. L’an dernier, les Américains ont produit 7 milliards de gallons d’éthanol. L’objectif du président Bush est la production de 60 milliards de gallons vers 2030.

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