Société

Un passage transitoire

Le phénomène des gangs de rue touche peu de jeunes, mais doit être pris au sérieux

Par : Renée Larochelle
Les gangs de rue restent un phénomène qui concerne une minorité de jeunes. Mais leur petit nombre n’enlève rien au fait que ces jeunes sont responsables d’une proportion élevée de gestes de délinquance grave. Ainsi, près de 10 % des adolescents contrevenants suivis en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) au Québec seraient responsables d’environ 50 % des délits officiellement commis par des mineurs. En rapportant ces statistiques, Chantal Fredette, conseillère au Centre Jeunesse de Montréal-Institut universitaire, souhaite remettre les pendules à l’heure quant aux problèmes touchant les jeunes. «Actuellement, les jeunes hommes risquent davantage de se tuer en voiture à cause d’une conduite excessive que de se joindre à un gang de rue, dit-elle. En revanche, ce n’est pas parce que le phénomène est marginal qu’il ne faut pas s’en inquiéter», estime la criminologue qui prononçait la conférence d’ouverture à l’occasion du Colloque du Réseau d’échange et d’information sur les gangs qui a eu lieu du 23 au 25 avril à l’Université Laval sur le thème «Le phénomène des gangs: faut-il s’en inquiéter?»
 
Prendre un ado par la main
Selon Chantal Fredette, les gangs de rue ne sont pas tous à mettre dans le même panier, leur type et leur niveau de dangerosité étant très variables. D’où l’importance de faire la distinction entre la clique d’ados ou encore la bande de rue, dont l’intérêt est de flirter temporairement avec la délinquance, et les vrais gangs de rue, traditionnellement associés au crime organisé, et qui s’adonnent à la criminalité à des fins lucratives. Plusieurs raisons poussent les jeunes à se joindre à ces groupes: trouver un lieu d’appartenance, être reconnu comme fort et important, avoir du plaisir et du pouvoir, avoir besoin d’argent ou encore vouloir se protéger des autres gangs du quartier. «Pour la majorité des adolescents, le passage dans les gangs de rue est transitoire et dure en moyenne deux ans, affirme Chantal Fredette. La crainte de représailles et la peur du vide constituent les premiers obstacles à la désaffiliation à ces gangs. Le jeune qui décide de s’en sortir doit faire preuve d’une grande détermination et de beaucoup de volonté. Il a également besoin du support de sa famille ou d’une personne significative pour lui.»
   
Dans cette foulée, Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à la Faculté des sciences de l’éducation et autre invité à la conférence d’ouverture, croit qu’on n’insistera jamais assez sur l’importance de créer de bons liens avec son enfant, et ce, dès son plus jeune âge, pour éviter des dérapages qu’on aura de la difficulté à contrôler plus tard. «Il faut consacrer du temps à son enfant et être capable d’établir des limites claires, dit-il. Lorsque nos enfants sont ados, c’est notre job de parent de savoir où et avec qui ils sont. Toute l’énergie qu’on met dans l’éducation de nos enfants n’est jamais perdue. Et même si on traverse des passages difficiles, il faut se dire que la crème finit toujours par remonter au-dessus de la pinte de lait, en d’autres termes, que le meilleur de ce qu’on a donné à nos enfants finit toujours par refaire surface.»


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