Société

Un État sous surveillance

Pays en crise sur le plan politique, la République islamique du Pakistan soulève des inquiétudes croissantes dans la communauté internationale

Par : Yvon Larose
«Les deux autres participants au débat et moi-même étions d’accord pour dire qu’il y a des raisons d’être alarmiste en ce qui concerne l’avenir du Pakistan, mais nous avons été beaucoup moins catégoriques sur l’imminence d’un éclatement.» Gérard Hervouet, professeur à l’Institut québécois des hautes études internationales, est un spécialiste de l’Asie et de l’Asie du Sud-Est. Il a participé, ce lundi 1er octobre au Musée de la civilisation de Québec, à une table ronde sur la République islamique du Pakistan dans le cadre de la série «Les rencontres Participe Présent: ici et ailleurs». Selon le professeur, tout est possible, même que le Pakistan puisse devenir un des points chauds du globe. «Mais, poursuit-il, comme il s’agit d’un pays très composite, il faut que tous les éléments de cette structure composite soient d’accord pour créer un grand mouvement, une grande révolution comme en Iran. Or, cette possibilité n’est pas évidente du tout.»

Une histoire dramatique
Créé en 1947 lors du partage des Indes britanniques, le Pakistan est un pays de 165 millions d’habitants entouré par l’Iran, l’Afghanistan, la Chine et l’Inde. Selon Gérard Hervouet, sa courte histoire, pour le moins dramatique, a été ponctuée d’assassinats politiques, de coups d’État, notamment celui qui a porté l’actuel président, le général Pervez Musharraf, au pouvoir en 1999, de guerres avec l’Inde, de conflits intérieurs entre différentes ethnies, et de problèmes religieux amplifiés à partir des attentats terroristes perpétrés en sol américain le 11 septembre 2001. «Un très grand nombre d’éléments font que l’on se pose toujours des questions sur ce pays, souligne le professeur. Ce pays fonctionne-t-il? Va-t-il durer? Dans quel état est la démocratie qui s’appuie pourtant sur un système institutionnel et sur un système juridique qui applique la common law, mais qui est doublé par un système de tribunaux coraniques?»

Le Pakistan d’aujourd’hui, c’est un citoyen sur quatre qui vit sous le seuil de la pauvreté, des islamistes de plus en plus agissants et des zones tribales, sur la frontière avec l’Afghanistan, qui échappent au contrôle de l’administration centrale. C’est aussi un président qui a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. «Des mouvements extrémistes s’agitent beaucoup à cause du conflit en Afghanistan, indique Gérard Hervouet, en particulier les talibans afghans qui survivent à l’intérieur du territoire pakistanais, le long de la frontière.»

L’arme nucléaire, que possède le Pakistan depuis 1998, les frappes de l’aviation américaine au Pakistan près de la frontière afghane et la montée des partis religieux représentent d’autres sources d’inquiétude. «Plus les pressions des Américains et de leurs alliés sont fortes pour que Musharraf contrôle mieux les talibans qui se trouvent en territoire pakistanais, plus le président est obligé de faire quelque chose et plus il est accusé d’être la marionnette des Américains, ce qui ouvre la porte à plus de contestation de la part des partis religieux», soutient le professeur. Selon ce dernier, des partis religieux essaient de profiter du climat politique très difficile du moment pour montrer qu’il existe une sorte de contre-pouvoir islamique dans le pays. «Un élément de ce jeu, ajoute Gérard Hervouet, a été le siège, cet été par l’armée, de la Mosquée rouge d’Islamabad occupée par des rebelles islamistes.» Parmi les partis religieux se trouvent des partis islamistes fondamentalistes qui prônent le recours à la violence. «Ces partis, précise-t-il, concernent un pourcentage infime de la population. Mais cela contribue à accroître l’inquiétude.»

Une stabilité souhaitée
À l’extérieur, les États-Unis ne sont pas seuls à vouloir que le Pakistan demeure stable. Il y a notamment l’Arabie saoudite de qui le Pakistan est très proche. Et la Chine, ce grand allié pour des raisons historiques et énergétiques. L’Inde également encourage la stabilité de son voisin. «De l’extérieur, les pressions sont fortes pour calmer le jeu», indique Gérard Hervouet.

Benazir Bhutto, qui occupa à deux reprises le poste de première ministre du Pakistan entre 1988 et 1996, et qui vit volontairement en exil depuis 1999, devrait rentrer au pays à la mi-octobre. Son retour suivra de près la réélection plus que probable de Pervez Musharraf, ce samedi 6 octobre. «Si ce qu’on dit est vrai, Bhutto, comme première ministre, formera, après les élections législatives, une sorte de tandem avec Musharraf. Ce tandem, appuyé par les États-Unis, va refléter ce jeu d’équilibre entre un pouvoir militaire et un pouvoir civil qui va tenter de rétablir un État de droit», explique Gérard Hervouet.

Selon ce dernier, l’ensemble de la population pakistanaise est assez hostile au terrorisme et à toutes formes de manifestations de violence. La priorité, dans ce pays, est le développement. «Les citoyens veulent plus de démocratie et une gouverne politique normale, dit-il, moins de présence militaire et moins de corruption. En même temps, le pays est si difficile à gouverner.» Aux images les plus sombres d’un pays enfoncé dans un fondamentalisme noir, Gérard Hervouet oppose «une vie quotidienne beaucoup plus conforme à celle d’une modernité d’un pays d’Asie».

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