Société

Trois questions à Jacques Racine

Sur le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse

Après avoir fait couler beaucoup d’encre, le cours d’éthique et de culture religieuse fait son entrée au primaire, ainsi qu’en première, deuxième et quatrième secondaire en cette rentrée scolaire 2008. Désormais, les élèves n’auront plus à choisir entre un enseignement moral ou religieux. Un sujet qui intéresse Jacques Racine, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses.

Q En quoi le programme du cours d’éthique et de culture religieuse correspond-il ou non à l’école québécoise de 2008?

R Ce cours correspond d’abord au fait que l’école est déconfessionnalisée depuis un vote à l’Assemblée nationale en 2000. La réalité socioreligieuse a évolué aussi. Bien sûr, statistiquement 80 % des gens se définissent encore comme catholiques, mais ils ont des attachements fort diversifiés à l’Église. Le taux de pratique a beaucoup diminué: il avoisine à peine le 10 %. D’autre part, chez les catholiques, comme d’ailleurs chez les musulmans, les juifs ou les protestants, il y a une grande diversité d’interprétations et de compréhension de leur foi. Il faut aussi noter la progression, depuis 1991, du nombre de personnes disant n’appartenir à aucune religion. Si, auparavant, cela ne concernait que de petites cellules d’individus, il s’agit aujourd’hui de près d’un demi-million ou de trois quarts de million de personnes. S’ajoute à cela l’arrivée récente au Québec de musulmans, mais on ne doit pas exagérer l’importance de ce phénomène, car l’immigration reste à majorité chrétienne, en particulier avec les Latinos-Américains.

Q Certains spécialistes des religions dénoncent l’aspect fourre-tout du nouveau programme qui aborde aussi bien les cinq piliers de l’islam, que Moïse ou la tradition orale autochtone. Qu’en pensez-vous?

R Il faut faire attention à ce que les gens ont vraiment lu du programme, et quelle année, du primaire ou du secondaire, il concerne, car il est très facile de sortir des exemples pour le critiquer. Le cours a deux finalités: permettre, au sein d'une classe, de reconnaître les autres élèves dans leur dimension religieuse ou non religieuse et reconnaître l’autre au sein de la société québécoise, car elle est bien plus diversifiée religieusement qu’auparavant, sans oublier le phénomène de mondialisation. L’approche varie selon les années. Au début, au primaire, l’enseignant va inviter les élèves à s’intéresser à la façon différente de fêter Noël dans la classe par exemple. Puis, en commençant le secondaire, on va regarder la situation religieuse au Québec d’un point de vue historique, en donnant priorité au christianisme, avant d’être attentif au judaïsme, à la spiritualité amérindienne et aux très grandes religions comme l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, tout comme on se montre attentif aux visions séculières du monde, car plusieurs personnes ne se réfèrent plus à une religion. Dans certaines écoles, on pourra traiter aussi d’une autre religion qui n’est pas au programme, si elle est présente dans l’école.

Q La Coalition pour la liberté d’éducation affirme de son côté que le nouveau cours nuit à la liberté de croyance. Partagez-vous cet avis?

R Pas du tout. Alors que la connaissance de la manifestation du phénomène religieux dans nos sociétés relève de l’école, je pense, étant croyant moi-même, que l’éducation de la foi relève de l’Église, de l’engagement des parents et des communautés chrétiennes. Il faut se rappeler qu’au Québec beaucoup d’écoles historiquement étaient dirigées par des communautés religieuses. Il y a donc eu une délégation à l’Église pour l’éducation à la foi. Mais ce rôle-là n’existe plus depuis les années soixante. En fait, cela fait au moins 20 ans que l’école ne s’en occupe plus, sauf à quelques exceptions près, même si les gens pensent qu’on passe aujourd’hui d’un système à l’autre. La population a changé, les enseignants aussi. Il y a quelques années, à peine cinq étudiants à travers les universités du Québec se préparaient pour les cours d’enseignement religieux catholique. Même les écoles privées confessionnelles donnent depuis quelques années des cours d’éducation religieuse, en secondaire 4 ou 5, avec l’ouverture vers d’autres religions, alors qu’officiellement il s’agissait d’enseignement confessionnel. Autrement dit, on était dans une situation de manque qu’on remplace par quelque chose de neuf. 

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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