Société

Transition vertement entravée

Un essai analyse les causes de la résistance sociétale au virage écologique

Par : Manon Plante
Thierry Lefèvre est le fondateur de Chimistes pour l'environnement, le comité environnemental du Département de chimie. Depuis 2008, il est également l'auteur du blogue <i>Planète viable</i>.
Thierry Lefèvre est le fondateur de Chimistes pour l'environnement, le comité environnemental du Département de chimie. Depuis 2008, il est également l'auteur du blogue <i>Planète viable</i>.
Alors qu'il est scientifiquement prouvé que les activités humaines actuelles dégradent la nature (perte de biodiversité, épuisement des ressources et pollution), la société semble peu pressée à prendre les mesures nécessaires pour corriger la situation, affirme Thierry Lefèvre, chercheur au Département de chimie et auteur de l'essai Sortir de l'impasse. Qu'est-ce qui freine la transition écologique?, publié en novembre 2016. Dans cet ouvrage, le biophysicien s'interroge sur les facteurs qui incitent à l'inaction. «Étant donné, dit-il, que la dégradation environnementale affecte la santé et les conditions de vie des populations et qu'on aurait tout avantage sur le plan économique à intervenir rapidement, pourquoi ne réussit-on pas à mobiliser davantage les individus et les gouvernements? Quels sont donc les verrouillages qui bloquent l'implantation des réformes?»

La réponse que Thierry Lefèvre donne à ces questions est bien entendu complexe. Les cinq principaux facteurs qu'il dégage interagissent les uns avec les autres. Parmi eux, «l'économie techno-industrielle capitaliste» a, selon lui, l'incidence la plus lourde sur l'empreinte écologique de notre société.

L'auteur reconnaît que certaines solutions sont déjà mises en place pour restreindre les effets du capitalisme sur l'écosphère. Connue sous le nom d'économie verte, une branche du système économique actuel accorde une valeur marchande aux ressources naturelles, aux rejets toxiques ainsi qu'au traitement des déchets. Le marché du carbone auquel participe le Québec est un exemple de ce type d'économie. Toutefois, malgré les objectifs nobles de cette vision prônée notamment par les organismes onusiens, Thierry Lefèvre ne pense pas que cette voie soit la route à suivre. «Elle ne remet pas en cause les fondements du système socioéconomique dominant. Or, l'économie doit être subordonnée à l'écologie et il faut recourir à ce que l'on appelle une économie écologique», soutient-il. Celle-ci se distingue de la précédente en ce qu'elle mesure l'évolution au fil du temps de la quantité de ressources employées et des répercussions environnementales en fonction du PIB par habitant. Elle évalue ainsi l'efficacité des ressources et des différents rouages de l'économie.

Instaurer un tel système économique est-il un rêve utopique? Selon l'essayiste, plusieurs obstacles empêchent présentement son développement, dont le droit de propriété et l'impératif de la concurrence. Sommes-nous donc condamnés à être victimes de cette structure sociétale? «Par le passé, explique Thierry Lefèvre, certains peuples, comme les habitants de l'île de Pâques et les Vikings du Groenland, se sont éteints. Or, la détérioration de la nature, quoiqu'elle n'ait pas été l'unique cause de ces disparitions, a joué un rôle déterminant dans l'effondrement de ces civilisations. Notre propre société, si elle ne modifie pas ses comportements, ne sera pas plus durable. Je suis plutôt pessimiste par rapport à l'avenir, mais je crois qu'il est encore possible de changer les choses. Une transition verte se met lentement en place, mais son implantation est trop timide.»

Malgré ce constat plutôt désolant, le biophysicien ne baisse pas les bras. Thierry Lefèvre a en effet choisi de rédiger son essai pour inciter les individus et les organisations à agir. Cet ouvrage n'est d'ailleurs pas son unique apport à la conscientisation environnementale. Ce spécialiste des systèmes protéiques, comme la soie d'araignée, a commencé à s'intéresser au développement durable (DD) à partir de 2005, alors qu'il assistait aux activités de l'Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (Institut EDS). Depuis, il a fondé Chimistes pour l'environnement, le comité environnemental du Département de chimie, et a été l'instigateur du comité de développement durable du Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche de l'Université Laval. Depuis 2008, il est également l'auteur du blogue Planète viable, qui diffuse de l'information sur la recherche scientifique en environnement et en DD.

Quelles pistes de solution l'essayiste suggère-t-il pour «sortir de l'impasse» ? L'une d'elles passe par une gouvernance plus sensible au problème écologique. «La gouvernance, affirme-t-il, grâce aux incitatifs financiers et à la mise en place de normes ou de réglementations, permet de limiter les conséquences néfastes de l'économie.» Malheureusement, Thierry Lefèvre craint que les gouvernements ne misent plutôt sur les technologies pour compenser les dégradations de la nature.

Par exemple, pour limiter le réchauffement du climat, des chercheurs ont proposé d'augmenter le nombre de gouttelettes d'eau des nuages à l'aide d'aérosols à base de sel de mer. D'autres envisagent de mettre des miroirs en orbite autour de la Terre pour réfléchir la lumière solaire. D'autres encore suggèrent de répandre du fer dans les océans pour accroître la production de phytoplancton afin de capter le CO2. «Actuellement, indique le chercheur, on n'envisage pas de concrétiser ces idées qu'on regroupe sous le terme de "géoingénierie", mais étant donné le retard qu'on prend dans la lutte contre les changements climatiques, les sociétés seront peut-être forcées de les réaliser. Or, ces méthodes pourraient déstabiliser le fonctionnement de la planète et avoir des répercussions très graves.»

Devant un tel risque, il vaut mieux revoir dès maintenant nos valeurs et notre mode de vie, conclut le chercheur.

Thierry Lefèvre donnera une conférence sur le sujet de son livre, le lundi 16 janvier, à 12h, au local 2419 du pavillon Charles-De Koninck. L'entrée est libre. L'événement est présenté par l'Institut EDS.

Consultez le blogue Planète viable

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