Société

Tout le monde en parle

Le traitement des nouvelles prend parfois des allures de boule de neige, constate Florian Sauvageau

Par : Pascale Guéricolas
Accommodements raisonnables, charte des droits et libertés, comment vivre ensemble dans un pays multiculturel. Les médias ont décliné ces thèmes divers et variés tous les jours ces dernières semaines, que ce soit à la radio, à la télévision, sur Internet. Cerise sur le gâteau, la publication d’un sondage à la une du Journal de Montréal sur les Québécois et le racisme. Doit-on voir dans ce matraquage médiatique une illustration de la convergence toujours plus grande entre la presse écrite et la presse électronique?

Observateur et analyste des médias de longue date, Florian Sauvageau professeur au Département d’information et de communication, considère qu’effectivement le traitement des nouvelles prend parfois des allures de boule de neige. Il s’appuie sur l’exemple du sondage publié le matin, qui fait ensuite parler de lui dans les nouvelles, puis devient sujet central dans une émission spéciale de Paul Arcand. «De plus en plus, il semble que l’on fait face au “Talk of the town”, remarque-Florian Sauvageau, Quelqu’un commence à parler d’un sujet, un autre le reprend, et cela reste quelques jours. Depuis dimanche, par exemple, c’est l’altercation de Patrick Roy qui fait les manchettes.»

Cette façon de se saisir d’un thème et de le mousser peut conduire à certaines dérives, selon le professeur. «Aujourd’hui, les dossiers sont de plus en plus complexes, en particulier ceux qui touchent les communautés culturelles, souligne-t-il. Il y a parfois de l’irresponsabilité journalistique dans la façon de traiter ces sujets, notamment le sondage. Je ne suis pas un spécialiste, mais je trouve que cela n’a pas de sens de regrouper sous le terme “raciste” même ceux qui se déclaraient “légèrement raciste”». Faut-il pour autant éviter de s’intéresser à ce thème de l’accommodement raisonnable? Pas du tout, rétorque Florian Sauvageau. Il a pu constater en effet que la décision de la Cour Suprême en faveur du port du kirpan à l’école avait eu de fortes répercussions au Québec et que rarement les lecteurs n’avaient autant écrit aux journaux. À l’entendre, c’est plutôt l’approche médiatique qui est à questionner plutôt que le choix du sujet.

Et la convergence dans tout ça? Grand pourfendeur de l’intégration à outrance façon Quebecor, Florian Sauvageau constate que les journalistes, si prompts à dénoncer les agissements de Pierre-Karl Péladeau il y a quelques mois, restent étrangement silencieux face à la volonté affichée par Radio-Canada cet automne de mieux utiliser ses ressources sur les supports Internet, télévisuel et radiophonique. Tout n’est pas forcément mauvais d’ailleurs dans ce domaine, souligne Florian Sauvageau. Il apprécie que des journalistes puissent partir longtemps en reportage en Afghanistan et en rapporter des reportages radio et télé. Non, ce qui lui déplaît surtout dans cette intégration des moyens de diffusion, c’est la promotion à outrance des productions maison. «Lorsque Radio-Canada lance un téléroman comme Les invincibles ou Les étoiles filantes, les comédiens font la tournée de toutes les émissions et multiplient les entrevues. Ça, c’est vraiment agaçant….»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!