Société

Tensions grandissantes au Moyen-Orient

Le début de mandat de l'administration Trump laisse présager une instabilité accrue dans cette partie du monde

Par : Yvon Larose
«Trump a commis une erreur envers l'Iran, soutient Jonathan Paquin. L'Iran est le seul des sept pays où aucun groupe terroriste ne fait la loi. L'ordre règne. Le fait d'être sur la liste envoie le signal que le régime est instable et terroriste.»
«Trump a commis une erreur envers l'Iran, soutient Jonathan Paquin. L'Iran est le seul des sept pays où aucun groupe terroriste ne fait la loi. L'ordre règne. Le fait d'être sur la liste envoie le signal que le régime est instable et terroriste.»
«On ne sait pas si Donald Trump a une grande stratégie, une grande politique pour le Moyen-Orient, lui qui semble naviguer à vue dans cette région du monde et prendre les dossiers à la pièce. J'aurais tendance à dire que la situation ne s'améliorera pas, entre autres parce que le conflit israélo-palestinien risque de perdurer, que la Syrie est en pleine déliquescence et que le sectarisme des dynamiques régionales amène beaucoup d'instabilité. On peut donc supposer qu'il y aura des tensions au Moyen-Orient, dans les mois et les années à venir, durant l'administration Trump.»

Jonathan Paquin est professeur au Département de science politique. Le jeudi 2 février, au pavillon Adrien-Pouliot, il a participé à un débat sur les conséquences des élections américaines sur le Moyen-Orient. L'activité était organisée par la Délégation de l'Université Laval pour la Simulation de la Ligue des États arabes. Durant le débat, les panélistes ont notamment abordé les thématiques de la lutte antiterroriste, de la colonisation juive des territoires palestiniens occupés par Israël et du programme nucléaire iranien.

À la fin de janvier, conformément à sa promesse électorale, le président Trump a signé un décret demandant la préparation, d'ici la fin de février, d'un plan visant à éliminer le groupe armé État islamique (Daech, en arabe). Rappelons que, sous Obama, la stratégie américaine face à ce groupe terroriste a reposé sur les bombardements aériens. Il n'y avait pas d'implication de troupes au sol. «Depuis 2014, indique Jonathan Paquin, l'aviation américaine mène une vaste coalition internationale dans le bombardement des installations de Daech en Irak et en Syrie. Sous Obama, les États-Unis ont, en quelque sorte, réorienté leur politique étrangère, notamment à l'égard du Moyen-Orient, ce qui ne les empêche pas de jouer un rôle prépondérant au sein de la coalition.» À la fin de décembre 2015, le Pentagone révélait que les chasseurs-bombardiers de la coalition avaient réalisé plus de 9 000 frappes, les quatre cinquièmes effectuées par des avions américains.

Depuis des décennies, Israël peut compter sur l'appui économique et militaire des États-Unis. Ce soutien indéfectible s'est notamment traduit, en 2016, par le versement d'une aide militaire de 38 G$ sur 10 ans. Et cela en dépit de divergences, comme dans le dossier des implantations juives dans les territoires palestiniens. «Comme ses prédécesseurs, Obama a critiqué Israël sur ce point, sans toutefois réduire l'importance de son appui, explique Jonathan Paquin. On peut penser que ce soutien continuera sous Trump.»

Un communiqué, émis par la Maison-Blanche le 2 février, s'avère éclairant sur la position du nouveau président sur ce sujet. Ainsi, l'administration Trump «ne pense pas que l'existence de colonies soit un obstacle à la paix.» Toutefois, il est mentionné que la construction de nouvelles colonies, ou l'expansion des colonies existantes, «pourrait ne pas aider à atteindre» l'objectif de la paix.

Durant la campagne électorale, le candidat Trump avait promis de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël. Il avait également dit qu'il ne voyait aucun problème à y transférer l'ambassade américaine, qui est à Tel Aviv. Or, selon les experts, une telle décision pourrait compromettre la solution à deux États pouvant mettre un terme au conflit israélo-palestinien. «Cette solution à deux États, souligne le professeur, ne semble pas intéresser Trump.»

La République islamique d'Iran a fait la une des journaux en juillet 2015. Un compromis sur son programme nucléaire venait d'être négocié avec un groupe de six puissances, dont les États-Unis, la Russie et la Chine. Selon Jonathan Paquin, l'arrangement a semblé bien fonctionner jusqu'à l'élection de Trump. «Donald Trump, explique-t-il, a souvent dit que l'accord était une erreur, que l'Iran avait obtenu le beurre et l'argent du beurre et qu'il continuait à développer en douce son programme nucléaire.»

La mésentente entre les deux pays a monté d'un cran après l'entrée en fonction du président. À la fin de janvier, celui-ci signait un décret interdisant l'accès aux États-Unis aux citoyens de sept pays majoritairement musulmans, dont l'Iran. «Trump a commis une erreur envers l'Iran, soutient Jonathan Paquin. L'Iran est le seul des sept pays où aucun groupe terroriste ne fait la loi. L'ordre règne. Le fait d'être sur la liste envoie le signal que le régime est instable et terroriste.» Le 29 janvier, l'Iran procédait au tir d'un missile balistique de moyenne portée, dans le cadre de son programme militaire défensif. Selon les États-Unis, le tir violait l'accord nucléaire de 2015 puisque le missile testé avait la capacité d'emporter une tête nucléaire. «Nous assistons, dit-il, à une accélération d'événements entre les deux pays qui laissent penser qu'il y aura des tensions entre eux dans les mois qui viennent.»

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