Société

Soutien matériel, informationnel, émotionnel

Dans son étude, Chenour Oechslin explore les façons dont le service d’accompagnement personnalisé offert par le Carrefour d’action interculturelle a été vécu et perçu par des personnes migrantes

Par : Yvon Larose
Chenour Oechslin a effectué sa collecte de données auprès de sept personnes migrantes. Cinq sont venues à Québec par le programme des travailleurs qualifiés, une autre par le programme du regroupement familial. La septième a le statut de visiteur avec visa. La plupart sont parents de jeunes enfants.
Chenour Oechslin a effectué sa collecte de données auprès de sept personnes migrantes. Cinq sont venues à Québec par le programme des travailleurs qualifiés, une autre par le programme du regroupement familial. La septième a le statut de visiteur avec visa. La plupart sont parents de jeunes enfants.

Le 18 juin, le Département de sociologie a présenté la cérémonie virtuelle de remise des prix du Laboratoire de recherche en sociologie. Ce cours propose aux étudiants une expérience de recherche empirique dans un esprit de responsabilité professionnelle. Le prix du meilleur projet de recherche a été remis à Chenour Oechslin, alors étudiante en deuxième année du baccalauréat en sociologie, pour son étude de 129 pages intitulée L’expérience de l’accompagnement personnalisé au regard des parcours migratoires. Ce mandat avait été proposé par le Carrefour d’action interculturelle (CAI), un organisme de Québec de soutien aux nouveaux arrivants.

«Les personnes qui ont recours aux services du Carrefour ont la possibilité de recevoir un accompagnement personnalisé, explique l’étudiante. Bien connue dans les cas de personnes vivant une dépendance aux drogues, l’exclusion professionnelle ou l’itinérance, cette forme d’intervention sociale appliquée à des personnes immigrées n’aurait, à ma connaissance, pas été étudiée à ce jour. C’est pour mieux comprendre les effets de cette approche de proximité sur les expériences de la migration que le CAI a proposé au Laboratoire de conduire une étude sur la question. Celle-ci a été réalisée de septembre 2019 à mai 2020.»

Chenour Oechslin connaît bien la réalité migratoire. D’abord réfugiée en Suisse avec ses parents en provenance d’Iran, elle vit maintenant au Québec avec son mari. Sa collecte de données, elle l’a effectuée auprès de sept personnes migrantes ayant eu recours, peu de temps après leur arrivée à Québec, à l’accompagnement personnalisé offert par le Carrefour. Six de ces personnes sont maintenant résidentes permanentes. L’autre a le statut de visiteur avec visa. Cinq sont venues à Québec par le programme des travailleurs qualifiés, une autre par le programme du regroupement familial. La plupart sont parents de jeunes enfants.

«Les participants à mon étude ont tous sollicité diverses ressources durant leur parcours, souligne-t-elle. Ils ont reçu l’aide de leur famille, de leur communauté d’origine et de divers organismes communautaires, dont le CAI. Au Carrefour, ils ont obtenu de nombreux soutiens de nature matérielle, informationnelle et émotionnelle. Ce qu’ils ont reçu dépassait leurs attentes et demandes initiales.»

Des contraintes et des événements imprévisibles

Un parcours migratoire n’a rien de simple. Les participants à cette étude ont fait face à de multiples contraintes durant leur transition du pays d’origine au pays d’accueil, notamment en ce qui concerne la loi sur l’immigration du pays d’accueil, l’accès au marché du travail et le fonctionnement de la vie quotidienne. Dans leur cas, des événements imprévisibles sont venus compliquer la situation. La femme d’un couple est tombée enceinte durant les premiers mois suivant son arrivée, ou bien un enfant a eu un problème de santé nécessitant son hospitalisation. Il y a eu le retour provisoire au pays d’origine pour l’un des deux membres du couple pour des questions administratives. La séparation conjugale est un autre de ces événements imprévisibles qui est venu bouleverser le fragile équilibre d’une vie nouvelle.

«Deux des personnes rencontrées ont vécu un divorce depuis leur arrivée au Canada, indique Chenour Oechslin. Dans un cas, l’intervenante du Carrefour a joué un rôle de conseillère et d’amie. La séparation conjugale implique énormément de démarches, comme trouver un autre appartement, changer les enfants d’école et trouver des informations quant aux démarches juridiques à faire. Les événements imprévisibles sont des situations non anticipées dans le projet de migration. Ils surviennent sans qu’on s’y attende dans un contexte déjà complexe et affectent la vie individuelle et familiale des nouveaux migrants.»

Dans cette étude, les participants ne sont pas si seuls que ça. «La majorité d’entre eux ont eu des amis de leur communauté qui, par exemple, leur ont trouvé un appartement avant leur arrivée, explique-t-elle. Bien que ces personnes aient des réseaux de soutien de taille et de constitution différentes, ces réseaux ont leurs limites. Le CAI comble les insuffisances de ces réseaux.»

L’approche de proximité offerte par les intervenants du Carrefour permet de répondre aux besoins particuliers, de manière adaptée et flexible. On résout des problèmes matériels et on offre en plus du soutien moral.

En ce qui concerne l’emploi, une participante a clairement dit que les conseils de l’intervenant lui avaient ouvert des portes sur le plan professionnel. Il l’amenait en voiture rencontrer des personnes qui pouvaient l’aider à s’orienter sur le marché du travail.

Dans leurs témoignages, les participants ont mentionné avoir beaucoup apprécié le soutien émotionnel offert par les intervenants. Leur côté humain s’est traduit notamment par une grande disponibilité, par leur présence et par leur écoute. Au point où certains participants considéraient leur intervenant comme un membre de leur famille, un ami ou encore une personne ressource à qui s’adresser en cas de difficulté.

«Il ne faut pas minimiser l’importance de ces rapports humains, soutient Chenour Oechslin. Les participants à l’étude ont dit que les liens significatifs qu’ils ont tissés avec leur intervenant ont permis de renforcer leur sentiment d’appartenance en leur redonnant dignité et confiance. Cette proximité relationnelle a été déterminante dans leur processus d’intégration. Elle leur a permis de construire de nouveaux repères, d’élargir leur réseau et de renforcer un jugement positif qu’ils avaient de la société d’accueil. Certains répondants considèrent cette société d’accueil comme soucieuse du bien-être des personnes.»

Deux autres projets de recherche ont été sélectionnés pour la remise de prix du Laboratoire de recherche en sociologie. Celui de Vicky Arseneault et Maxime Desfossés s’intitule Accessibilité et représentations des vacances: un portrait comparatif entre les individus retirant un faible revenu de leur(s) activité(s) de travail et ceux ayant recours à l’assistance sociale. Le mandat provenait du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Quant à Ruth Bernard et Sabrina Janvier, elles ont réalisé une étude intitulée Les représentations sociales de la retraite chez les personnes de 55 ans et plus vivant à Québec selon le genre, l’état de santé, le parcours professionnel et les situations économique, conjugale et familiale. Le mandat provenait de l’Observatoire de la retraite.

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