Société

Seuls au monde

Isolés socialement, les jeunes agriculteurs du Québec peinent à trouver une compagne qui souhaite partager leur quotidien sur la terre

Par : Renée Larochelle
Il n’y a pas si longtemps, au Québec, la question de la relève de la ferme familiale ne se posait pas chez les jeunes agriculteurs. Lors du décès ou de la retraite du père, le fils de la famille prenait en charge la ferme et continuait vaillamment d’élever vaches et cochons. Mais les temps ont changé et le métier d’agriculteur n’a plus la cote auprès des jeunes qui désertent massivement la campagne pour la ville. Avec le résultat que les rangs se vident et que les jeunes qui choisissent de rester ou encore de démarrer leur entreprise se sentent bien seuls. Selon une étude réalisée par Diane Parent, professeure à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, auprès de 400 jeunes agriculteurs québécois en 2008, près de 60 % d’entre eux, notamment ceux âgés de moins de 25 ans, seraient à risque d’isolement social, avec toute la détresse psychologique et la vulnérabilité qui y sont étroitement liées. De ce pourcentage, 15 % seraient ce que la chercheuse appelle des «isolés sociaux»: ainsi, le nombre de personnes sur lesquelles ils pourraient compter dans leur entourage serait très restreint et ils ressentiraient un grand sentiment de solitude.

Un métier mal perçu
Comme on pourrait s’y attendre, l’isolement social touche davantage les célibataires que les personnes vivant en couple. «Plusieurs agriculteurs ont parlé de leurs difficultés à trouver une compagne», explique Diane Parent, qui a effectué sa recherche en collaboration avec Guillaume Rousseau, étudiant à la maîtrise en sociologie. «À la recherche de l’âme sœur sur des sites de rencontre, certains ont affirmé que le fait d’être dans le domaine de la production agricole leur nuisait beaucoup auprès des femmes qui se défilaient dès qu’elles étaient mises au parfum du genre de métier qu’ils exerçaient, souligne-t-elle. Ce n’est pas par hasard si les sites de rencontres réservés aux agriculteurs et agricultrices ont vu le jour sur le Web». Par ailleurs, près de 60 % des participants à l’enquête ont affirmé que les personnes qui pratiquaient un autre métier que celui d’agriculteur avaient plus de chance qu’eux de trouver un conjoint. Soulignons que 22 % des participants à l’enquête étaient de sexe féminin. Leurs sentiments sur le métier et sur les difficultés d’y faire son chemin ne différaient pas significativement de ceux des hommes. 

L’image bucolique et même folklorique jadis associée au métier d’agriculteur appartient depuis longtemps au passé. En effet, les jeunes sont conscients que leur métier est mal perçu par la population. «Quand on voit des agriculteurs s’exprimer à la télé, c’est souvent pour parler de fosses à purin et de pollution, m’ont dit les répondants à l’enquête, rapporte Diane Parent. C’est vrai que les gens ont tendance à trouver davantage sympathique le petit couple qui se lance dans l’agriculture biologique que le producteur de porcs.» En attendant des jours meilleurs, l’isolement grandit chez les agriculteurs. «Le projet d’établissement d’une entreprise en milieu agricole est souvent un projet de couple, ajoute Diane Parent. Il faut être deux à vouloir pour que ça fonctionne.»

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