Société

Se préparer à l’impact de l’intelligence artificielle

Intelligence artificielle: deux mots qui font peur, qui créent de nouveaux défis mais aussi une multitude de possibilités

Par : Nathalie Kinnard
Vivons-nous une révolution numérique ou une évolution des technologies comparable à celle induite par l’arrivée de l’ordinateur? Selon le panel d’experts invité par la Chaire publique de l’AELIÉS et l’Institut Technologies de l’Information et Société (ITIS) le lundi 12 novembre, il s’agit d’une évolution qui mènera à la précarisation de certains métiers. Lyne Bouchard, vice-rectrice aux ressources humaines, Guillaume Togay, chercheur à la Chaire Stephen-A.-Jarislovsky en gestion des affaires internationales, et Frédérick Plamondon, doctorant et chargé de cours en relations industrielles, étaient en effet réunis pour discuter de la transformation des mondes du travail et de l’enseignement par l’intelligence artificielle. Participait aussi à cette table ronde Alexandre Vallières, vice-président d'AIworx, une entreprise de Québec fournissant des solutions d'intelligence artificielle.

«Jusqu’à 50% des emplois vont être redéfinis par l’intelligence artificielle, alors que 10% vont disparaître», avance Lyne Bouchard. Elle s’accorde avec les deux autres intervenants pour dire que l’intelligence artificielle est en train de redéfinir les emplois, dont ceux du domaine de l’enseignement, et qu’il faut se préparer aux défis liés à ces changements.

Tous les métiers dont les tâches sont automatisables et facilement réalisables par un ordinateur n’auront éventuellement plus besoin de l’expertise humaine, ou du moins pas de la même façon qu’aujourd’hui. On pense au métier de journaliste dans une salle de rédaction, d’analyste financier, de femme de chambre, de mathématicien ou d’enseignant. Les carrières d’avenir se trouvent plutôt dans des domaines dont les emplois demandent de prendre des décisions difficiles impliquant plusieurs choix, comme la stratégie politique, le service-conseil, l’éthique ou le diagnostic médical.

«L’intelligence artificielle va repositionner l’être humain dans des fonctions plus relationnelles, alors que les machines vont effectuer les tâches rébarbatives et répétitives», pense quant à lui Guillaume Togay. L’intelligence artificielle va sans aucun doute transformer notre rapport au travail, car elle donne davantage d’outils pour contrôler différentes fonctions. «Toutefois, on comprend encore mal les limites de ces outils et le régime des relations industrielles n’est pas adapté aux possibilités qu’ils amènent», prévient Frédérick Plamondon. Le doctorant s’attend à voir de plus en plus de travailleurs autonomes apparaître sur le marché du travail, notamment à cause de ces outils, qui permettent de travailler à distance.

Lyne Bouchard ajoute que «les employeurs doivent tout de suite analyser les postes qui seront abolis ou modifiés afin de pouvoir repositionner les gens». Les travailleurs doivent également se questionner afin de prévoir un éventuel changement d’emploi, ce qui pourrait demander une formation complémentaire. Selon la vice-rectrice aux ressources humaines, le domaine de l’enseignement n’échappe pas à la transformation par l’intelligence artificielle. Beaucoup d’activités d’enseignement de base, comme des tests formatifs, peuvent se faire de façon informatisée.

«La formation à distance, de plus en plus offerte par les universités, va diminuer le nombre de chargés de cours ou réduire les revenus de ceux qui restent, car une partie des tâches sera assumée par l’intelligence artificielle», mentionne par ailleurs Frédérick Plamondon. Également, dit-il, les étudiants à distance se trouvent souvent isolés, sans encadrement, sans réseautage avec leurs pairs. Il y a donc lieu de se questionner sur la valeur du diplôme en ligne par rapport à un diplôme obtenu en classe.

En somme, s’il y une chose sur laquelle s’entendent les experts invités, c’est qu’il faut se pencher maintenant sur les défis qu’apporte l’intelligence artificielle. Le danger réside en effet dans le fait de ne pas se préparer à son impact sur le marché du travail et sur l’enseignement. «Il va falloir aussi apprendre à ne pas trop se fier à l’intelligence artificielle», croit Frédérick Plamondon. Il cite l’exemple d’une école au Québec qui utilise un algorithme pour déceler les décrocheurs. Peut-on et doit-on faire entièrement confiance à cette méthode? Sommes-nous assez critiques à l’égard des résultats obtenus par un algorithme?

Les machines ne remplaceront pas totalement l’homme, car elles ne pensent pas comme nous, croit pour sa part Guillaume Togay. Même si l’intelligence artificielle peut avoir une grande valeur en ressources humaines, parce qu’elle prend des décisions sans biais de race, de religion ou de sexe, elle ne peut pas analyser des cas particuliers qui ne sont pas programmés dans ses algorithmes. Pour cela, il faut encore la contribution de l’intelligence humaine.

Le panel conclut que derrière les algorithmes et autres outils de l’intelligence artificielle, il faut des êtres humains. Il est probablement là, l’avenir!

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