Société

Rites perdus, rites trouvés

Le colloque international «Rites et identités» est l'occasion de se pencher sur les nouvelles notions de rites et de rituels

Par : Brigitte Trudel
Pourquoi réunir 50 chercheurs et conférenciers d'Europe, d'Afrique et des Amériques autour de la question des rites en relation avec l'identité? «Parce que les rites sont de toutes les activités humaines et plus que jamais d'actualité», estime Denis Jeffrey, professeur à la Faculté de sciences de l'éducation et coorganisateur du colloque. Pourquoi choisir l'Université Laval pour mettre à jour ces connaissances? «Parce que le campus est précurseur dans ce domaine, qui convoque plusieurs de ses facultés dont celles de Philosophie, des Lettres et des sciences humaines, des Sciences l'éducation, de Théologie et de sciences religieuses, des Sciences de l'agriculture et de l'alimentation et j'en passe.» La promotion de l'interdisciplinarité est d'ailleurs au coeur des visées d'excellence de l'institution.

Malgré cela, l'initiative a de quoi étonner. Est-ce qu'on n'entend pas répéter que les rites et rituels sont en voie de disparition dans notre société moderne? «Leur étude a longtemps été réduite aux aspects religieux ou traditionnels qui, eux, ont perdu de leur importance avec la modernité, admet le professeur. Mais, il y a une dizaine d'années, on a réalisé que les rites couvrent bien plus large. Nous en usons chaque jour, dans notre quotidien, que ce soit le rituel du dodo pour un enfant, ceux qui accompagnent les repas, la célébration des anniversaires. Même Facebook est un rite!».

Mais qu'est-ce qu'un rite et à quoi sert-il au juste? «Les rites sont des comportements culturels et symboliques, appris et partagés par l'ensemble des membres d'une société ou d'un groupe afin de réguler et de maintenir les liens sociaux, indique Denis Jeffrey. Ils ont donc plusieurs rôles: entrer communication (se donner la main est un rite de salutation), marquer les passages de vie (comme les activités d'initiation sur le campus), calmer l'angoisse devant l'inconnu (comme les rites funéraires). Les rites servent aussi à définir notre appartenance identitaire, tant collective qu'individuelle. Ils nous distinguent et communiquent qui nous sommes, comme notre habillement, par exemple.»

D'ailleurs, le lien intime entre rites et identité en fait un objet d'études très actuel, à l'heure où les questions identitaires sont largement débattues, souligne le professeur. «Dans les sociétés où les identités sont très figées, les rites le sont aussi. On le voit avec les groupes djihadistes. En revanche, dans les sociétés modernes, les identités, notamment de genre, de statut social et professionnel, se décloisonnent. Les rites s'accordent à cette ouverture. Ils sont en mouvance.»

Denis Jeffrey cite le cas, chez nous, des rites funéraires: «Les gens s'inquiètent de voir qu'après un décès, tout se vit en accéléré. Les rites auxquels nous accordions autrefois une semaine, nous occupent désormais une journée, et encore. Par contre, l'accompagnement de fin de vie, lui, dure beaucoup plus longtemps qu'avant. Dans un registre plus léger, les rituels de séduction, bien que certains en doutent, sont encore très présents, mais ils prennent d'autres formes depuis l'arrivée des réseaux sociaux.»

Bref, les rites ne disparaissent pas, mais se transforment. C'est cette transformation, souvent rapide, qui intéresse les chercheurs. L'observer leur permet de mieux comprendre la société qui évolue ou qui, parfois, accuse des reculs. «Prenez la vive réaction de la France à l'endroit du burkini. Une société qui sent son identité menacée aura tendance à resserrer naturellement ses rites culturels pour se protéger.»

Le nouveau domaine de recherche qui émerge actuellement est d'autant plus porteur qu'il compte une multiplicité d'applications, souvent très concrètes, comme en témoigne la variété des interventions présentées au colloque «Rites et identités». Au programme, des sujets aussi divers que le travail de rue, les habitudes alimentaires, les communautés numériques, les arts martiaux, la discipline en classe, etc.

Il est toujours possible de s'inscrire pour assister aux conférences. Certaines sont gratuites et ouvertes à tous. Information et inscription.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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