Société

Respecter et vivre la différence

Le racisme systémique et la réalité sociale des minorités sexuelles afro-caribéennes seront au coeur d'une conférence présentée dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs à Québec

Par : Claudine Magny

Très petit, Laurent Francis a compris et vécu ce qu’était la différence. D’origine camerounaise, il a aussi connu tôt son orientation sexuelle. Dans son pays natal – qu’il a quitté il y a 8 ans, alors qu’il avait 16 ans –, rien de cela n’était et n’est vraiment encore accepté.

En fait, sur 45 pays en Afrique subsaharienne, 28 disposent encore de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, exposant d’ailleurs la communauté LGBTQI+ à la stigmatisation et aux violences de tout genre. Dans ces textes de loi, et surtout le code pénal, cette orientation sexuelle est clairement définie comme une pratique «contre nature».

«Dans mon enfance, j’ai subi beaucoup de discrimination, même dans ma propre famille, en raison entre autres de mon aspect physique et de mes manières féminines. Bref, à cause de ma différence», souligne Laurent Francis Ngoumou, doctorant à l'École de travail social et de criminologie et également président de l’Association pour la diversité sexuelle et de genre de l’Université Laval (ADSGUL).

Conscient, sensible et interpellé par la discrimination engendrée par les différences, le jeune Laurent Francis sent vite le besoin de réaliser des études et, plus tard, des recherches sur les minorités sexuelles, liées aux domaines de l’anthropologie, de l’ethnographie, de l’histoire et des sciences sociales en général. Probablement, dit-il, pour mieux comprendre l’humain, mais aussi et surtout pour espérer faire évoluer la pensée humaine.

«Oui, j’ai espoir en l’humain, mais ceci doit passer par la recherche, l’éducation et la sensibilisation. On doit davantage expliquer aux gens pourquoi ils agissent ainsi aujourd’hui, et évidemment aussi pourquoi il ne faut pas stigmatiser tout être humain.»

Cet intérêt pour la recherche naît, en fait, plus précisément d’une prise de conscience alors qu’il effectue une maîtrise à Berlin (Master’s degree of Arts in Social Work as a Human Rights Profession) et qu’il apprend qu’un de ses amis d’enfance est tué au Cameroun parce qu’il est… homosexuel.

«Lors de ces études, j’ai appris que l’un de mes amis camerounais avait été pris dans une embuscade et tué simplement parce qu’il était différent», dit-il, la voix encore teintée d’indignation.

Sur 45 pays en Afrique subsaharienne, 28 disposent encore de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, exposant d’ailleurs la communauté LGBTQI+ à la stigmatisation et aux violences de tout genre.

Mois de l'histoire des Noirs à Québec

Laurent Francis Ngoumou est au nombre des conférenciers qui composent la riche programmation du Mois de l’histoire des Noirs à Québec, qui se tient jusqu’au 28 février dans la région. Cette année, l’événement se déroulera sous le signe de la jeunesse comme vecteur de changement et d'innovation.

En quelques minutes à peine à discuter avec lui, nous découvrons un homme sensible, brillant et cultivé, fidèle à ses origines, à son histoire et vivement soucieux d’encourager toute forme d’inclusion. Les sujets de recherche qui l’interpellent le plus? Certainement le racisme systémique ainsi que l’histoire et la réalité sociale des minorités sexuelles afro-caribéennes dans leur pays d’origine – soit dans un contexte précolonial, colonial ou postcolonial –, mais aussi dans leur pays d’accueil.

«La première partie de ma conférence porte sur la période précoloniale en Afrique, soit avant 1900. Comment vivaient alors les minorités sexuelles? Étaient-elles acceptées? Quelle était la réalité africaine? Mon argumentaire s’appuie principalement sur des recherches menées sur le sujet dans les domaines de l’anthropologie, de l’histoire et de l’ethnographie. Par exemple, les études de l’anthropologue allemand Günter Tessmann ont révélé que, avant la période de colonisation en Afrique, l’homosexualité était non seulement présente dans des communautés africaines, tels les Fang-Beti, les Haoussa , les Zulu, mais aussi qu’elle était acceptée au sein de la société africaine, et même par les étrangers, voire les hauts dignitaires venant séjourner dans ces pays.»

Ce sont de tels constats qui incitent notamment le jeune chercheur à encourager une plus grande prise de conscience sociale, et ce, pour répondre à un désir profond et sincère de faire évoluer les choses, de faire évoluer la pensée humaine.

«Oui, j’ai espoir en l’humain, mais ceci doit passer par la recherche, l’éducation et la sensibilisation», affirme le chercheur.

La deuxième partie de la conférence de Laurent Francis Ngoumou portera sur la réalité des minorités sexuelles afro-caribéennes dans leur pays d’accueil.

«Mes recherches sur ce sujet portent plus précisément sur le Québec, le Canada, la Belgique et l’Allemagne, explique le chercheur. Beaucoup d’études internationales, telles celles des Nations unies, mais aussi celle de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse rapportent que la personne LGBT+ afro-caribéenne est malheureusement doublement stigmatisée dans ces pays d’accueil. D’abord, parce qu’elle est noire et donc victime de racisme. Ensuite, parce qu’elle fait partie de la communauté LGBT+ et donc victime de discrimination par la communauté noire… De plus, il est révélé que la personne peut aussi parfois être victime de discrimination en raison de sa religion, catholique ou musulmane.»

Au cours du débat, le chercheur souhaite discuter de ce qui semble, à son avis, être à l’origine de ces problèmes, qui perdurent depuis des siècles. Ceci s’avère, en fait, à ses yeux, la plus importante prise de conscience que devrait viser la société.

«Pourquoi existe-t-il encore, dans plusieurs pays d’Afrique, une homophobie institutionnalisée? Par exemple, au Cameroun, il est inscrit au Code pénal qu’une personne homosexuelle doit être emprisonnée. Dans certains pays africains, les homosexuels doivent être tués. Il est clair que tout part de la colonisation, qui était basée sur les fondements extrémistes judéo-chrétiens. Or, ces principes sont encore clairement présents et appliqués en Afrique. Conséquemment, ceci a mené à la perte de notre véritable identité, de notre histoire et de notre culture africaine. Il faut plus que jamais mettre de l’avant et valoriser notre héritage culturel dans nos pays d’origine, mais aussi dans nos pays d’accueil. En fait, partout dans le monde!», conclut-il, la voix positive et déterminée.

Récemment, l’Université Laval se dotait d’une Politique en matière d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI). Les principes directeurs de cette politique vont guider ses engagements et ses actions, et inspirer les comportements des membres de sa communauté au quotidien. Laurent Francis Ngoumou salue la venue de cette nouvelle politique et entend participer aux deux rencontres publiques virtuelles qui découleront de celle-ci.

Laurent Francis Ngoumou est doctorant à l'École de travail social et de criminologie et président de l’Association pour la diversité sexuelle et de genre de l’Université Laval (ADSGUL).

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