Société

Reporters en zone de guerre

Les journalistes qui couvrent les opérations militaires canadiennes en Afghanistan travaillent de manière responsable, mais avec une liberté réduite, sous la protection des soldats et dans un climat tendu

Par : Yvon Larose
Est-ce que les conditions particulières dans lesquelles un journaliste peut exercer son métier dans une zone de guerre comme le sud de l’Afghanistan font en sorte qu’il est toujours un journaliste? Quand un journaliste a frôlé la mort en accompagnant des soldats durant une mission dans cette région, ses collègues, qui sont au pays, doivent-ils accepter d’y aller à leur tour et, de ce fait, accepter de risquer leur vie? Ces questions fondamentales, le journaliste Patrice Roy de la Société Radio-Canada (SRC) y a répondu, le vendredi 19 octobre au pavillon Palasis-Prince, lors d’une table ronde organisée par le programme Paix et sécurité internationales de l’Institut québécois des hautes études internationales, en collaboration avec le Département d’information et de communication.

Patrice Roy avait fait la manchette en août dernier lorsque le véhicule blindé léger dans lequel il prenait place avec son caméraman Charles Dubois, des soldats et un interprète a été soufflé au contact d’un engin explosif artisanal dans une zone de combats située à l’ouest de Kandahar. Le journaliste est sorti indemne de l’explosion, mais le caméraman a subi une blessure grave à la jambe qui a nécessité l’amputation. Deux militaires, ainsi que l’interprète, ont été tués. «Sur le plan personnel, aucun reportage ne peut justifier qu’un collègue de travail perde une jambe, a expliqué le journaliste de la SRC. Mais Charles et moi étions conscients des risques et nous les avons assumés. Sur le plan collectif, je pense que ce serait un drame encore plus grand si nous renoncions à aller sur les champs de bataille pour témoigner de ce qui s’y passe. Ce serait irresponsable de laisser 2 200 soldats faire ce qu’ils veulent là-bas.» Selon lui, la présence des médias canadiens en Afghanistan n’a pas pour but d’augmenter l’adhésion de la population canadienne au mandat de l’armée dans ce pays. «Nous ne sommes pas des courroies de transmission de l’armée, a-t-il dit, mais des témoins importants de ses actions.»

Là-bas, les forces armées prennent les journalistes en charge pour leur sécurité. En retour, ceux-ci renoncent à une partie de leur indépendance professionnelle. «Le journaliste ne peut plus exercer son libre arbitre ni choisir de couvrir tel ou tel sujet, a indiqué Patrice Roy. Il lui reste néanmoins un espace dans lequel il peut travailler et le faire de façon responsable.» La profonde distance culturelle qui sépare les représentants des médias des militaires crée une tension constante entre les uns et les autres. Selon le journaliste, l’armée veut donner de la guerre une image plutôt aseptisée. Dans le reportage qu’il a finalisé une fois rentré au pays après l’explosion de la bombe artisanale, Patrice Roy s’est «permis de tout montrer». «J’ai eu la chance de montrer la guerre dans son horreur la plus totale, a-t-il expliqué. Des gens que l’on voit durant le reportage meurent à la fin. Le reportage met cette fin en parallèle avec le commentaire de l’armée disant que l’opération a été un succès. J’ai eu cette chance de montrer la réalité comme elle s’est passée.»

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