Société

Qui est autochtone?

Un avis controversé du conseil de bande de Kahnawake soulève à nouveau le questionnement identitaire concernant les Premières Nations

Par : Pascale Guéricolas
Stupeur dans une vingtaine de résidences à Kahnawake, au début février, alors que 25 citoyens non autochtones apprennent qu’ils doivent quitter le territoire de la réserve dans les semaines à venir. Le conseil de bande, qui a pris cette décision, craint que les Mohawks ne finissent par perdre leur identité s’ils intègrent toujours plus de non-Amérindiens à leur population. Au-delà des drames familiaux et personnels que provoque un tel règlement dans cette communauté de 8 000 personnes, cette mesure remet en question la notion d’identité et la définition de l’appartenance des autochtones à la société canadienne. «À Kahnawake, le conseil de bande a utilisé l’article 30 de la Loi sur les Indiens, qui permet d’expulser un non-Indien de la réserve, précise Geneviève Motard, doctorante en droit des autochtones à l’Université. À ma connaissance, la seule autre occasion où des Amérindiens du Québec y ont eu recours, c’est à Pessamit, sur la Côte-Nord. Ils avaient expulsé des journalistes il y a deux ans.»

Selon la chercheuse, qui doit bientôt déposer sa thèse rédigée sous la direction du juriste Ghislain Otis, il est difficile de savoir si un tribunal donnerait ou non raison au conseil de bande de Kahnawake si les personnes expulsées décidaient de contester ce règlement. En effet, la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège en théorie les citoyens de toute discrimination, ne s’appliquera sur les territoires gérés par les Amérindiens qu’en 2011. Au moment de sa création au milieu du 19e siècle, la Loi sur les Indiens permettait en théorie de protéger le territoire des Amérindiens de l’appétit des colons. Une des dernières modifications remonte à 1985 alors que des femmes amérindiennes ont retrouvé le statut qu’elles avaient perdu en se mariant en dehors de la communauté. Depuis, plusieurs nations réfléchissent à la notion d’identité. Les Hurons-Wendats de Wendake, au nord de Québec, plancheraient par exemple sur une définition de leur identité plus inclusive qu’elle ne l'est actuellement.

De nombreuses voix se sont élevées au Québec pour dénoncer l’avis d’expulsion édicté par Kahnawake dont l’esprit, selon certains, n’aurait rien à envier à l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Peut-on en conclure que la Loi sur les Indiens est archaïque? «Tout le monde s’entend sur la nécessité de modifier cette législation, mais jusqu’à présent le gouvernement fédéral n’a pas consulté les communautés autochtones à ce sujet», précise Geneviève Motard. Cette dernière rappelle que certaines nations, comme les Innus, mènent des négociations depuis 25 ou 30 ans pour réclamer davantage d’autonomie politique et de territoire, mais qu'il est difficile d’accorder les intérêts divergents de différentes communautés. «Il faudrait que les gouvernements fédéral et provincial se montrent plus proactifs», remarque la chercheuse.


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