Société

Québec, Champlain, le monde

Dans un ouvrage qui sera lancé demain, des enseignants du Département d’histoire placent la fondation et le développement de Québec dans un contexte planétaire

Par : Yvon Larose
Débarquement des immigrants à la fin du 19e siècle. En arrière-plan, le Séminaire de Québec.
Débarquement des immigrants à la fin du 19e siècle. En arrière-plan, le Séminaire de Québec.
C’est demain, le vendredi 18 avril, dans le cadre du Salon international du livre de Québec, que les Presses de l’Université Laval procéderont au lancement de Québec, Champlain, le monde, un ouvrage collectif réalisé par dix-sept professeurs et un étudiant au doctorat du Département d’histoire. En seize chapitres, ces spécialistes en histoire, en archéologie, en ethnologie et en histoire de l’art exposent ce qu’était le monde à l’époque du fondateur de Québec, puis la manière dont cette ville s’est développée, au fil des siècles, en lien avec le reste de la planète. «Nous sommes partis d’une crainte que le 400e anniversaire de Québec soit un événement local centré exclusivement sur Champlain sans prendre en considération les raisons qui l’ont amené à traverser l’Atlantique, explique le professeur Michel De Waele, vice doyen à la recherche et aux ressources de la Faculté des lettres et codirecteur de l’ouvrage. Or, les forces de la mondialisation étaient déjà présentes à l’époque. Il existait une planétarisation des échanges due à une expansion du capitalisme.»

Ce livre abondamment illustré de dessins, de cartes, de photos et de graphiques s’adresse au grand public intéressé par l’histoire. La longue évolution historique de Québec est expliquée sous une grande diversité de points de vue. Au fil des pages, on apprend que la présence française, dans le nord-est de l’Amérique du Nord, est déjà une réalité au temps de Champlain. En 1578, environ 350 navires français, anglais, espagnols, portugais et basques pêchent la morue ou chassent la baleine à Terre-Neuve, dans le golfe Saint-Laurent et sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. L’Europe du début du 17e siècle se compose de plusieurs États plus ou moins centralisés qui font alliance au gré de leurs intérêts. La France de 1608, sous Henri IV, est sortie des guerres de religion entre catholiques et protestants. À l’instar notamment de l’Espagne, elle entend désormais se doter d’un empire colonial. Le motif est d’abord commercial, la colonie étant vue comme un débouché potentiel pour les marchandises produites dans la métropole.

On estime que 95 % des populations autochtones nord-américaines vont disparaître au cours du 17e siècle. Des millions d’indigènes, parce qu’ils ne possèdent pas les anticorps appropriés, meurent des maladies épidémiques amenées d’Europe. La même chose se passe dans les colonies espagnoles d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Pour pallier le manque de main-d’œuvre indigène pour le travail forcé dans les mines et les plantations, l’Amérique espagnole importe d’Afrique plus de 350 000 esclaves noirs entre 1551 et 1700. Dans leur exploration du monde, les Européens ne se limitent pas qu’aux Amériques. En 1557, les Portugais s’installent à Macao, en Chine. Cinq ans auparavant, les premiers jésuites arrivaient à Canton.

Le port d’entrée du continent
Sous le Régime français, Québec accueille quelque 27 000 personnes. À cette époque, traverser la mer prend environ deux mois. Le tribut est lourd: on évalue que 10 % des immigrants partis de France meurent en route, de maladie ou à la suite d’un naufrage. On estime par ailleurs qu’environ 14 000 personnes s’établissent de façon permanente dans la vallée du Saint-Laurent. Neuf mille d’entre elles s’y marient. Les militaires constituent l’apport au peuplement le plus important et le plus stable.
Après la Conquête de 1760, Québec, devenue ville du pouvoir impérial britannique, est un centre d’échanges économiques entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Jusqu’au milieu du 19e siècle, son pouvoir économique équivaut à celui de Montréal. La capitale est également une aire de passage pour l’immigration européenne aux 19e et 20e siècles. De 1815 à 1941, près de 4,3 millions d’immigrants européens débarquent à Québec à cause de sa position privilégiée comme port d’entrée du continent.

Bon nombre d’entre eux sont Irlandais. Entre 1845 et 1855, on estime que plus de deux millions d’Irlandais quittent leur île pour une vie meilleure dans le Nouveau Monde. En 1847 uniquement, 90 000 d’entre eux descendent de leurs vaisseaux à voiles au port de Québec. Entre 1829 et 1851, Anglais, Écossais et Irlandais représentent la totalité des migrants débarqués à cet endroit. De 1852 à 1867, l’immigration britannique représente 61,2 % de l’ensemble.

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