Société

Profil: L'équité en marche

Professeure au Département des relations industrielles, Esther Déom est l’une des personnalités de l’année 2006 choisies par le magazine L’actualité

Par : Renée Larochelle
Comme le veut la tradition depuis maintenant douze ans, le magazine L’actualité a fait la une de son premier numéro de l’année avec des personnalités ayant marqué l’année venant de s’écouler. Cette année, le magazine a choisi de souligner le travail de neuf pionnières de l’équité salariale au Québec. Parmi celles-ci figure Esther Déom, professeure au Département de relations industrielles. On la voit lever son verre en compagnie des Louise Harel, des Jeanne Blackburn et des Monique Gagnon-Tremblay, combattantes de la première heure dans ce dossier épineux.

À l’instar de ces femmes, Esther Déom a contribué à l’élaboration de la Loi sur l’équité salariale (Loi 35) adoptée en 1996 et qui a mené notamment en 2006 à la conclusion d’une entente qualifiée d’«historique» entre le gouvernement du Québec et les 360 000 syndiquées de la fonction publique et du secteur parapublic, dont 42 000 infirmières et 72 000 enseignantes, ainsi que les 30 000 éducatrices des centres de la petite enfance (CPE). Un travail de longue haleine qui aura nécessité des années de discussions et d’évaluations et dont bénéficieront des milliers de travailleuses québécoises. Malgré cette victoire, la loi demeure encore mal comprise auprès du grand public et des employeurs, constate Esther Déom. 

«Il existe encore de la confusion entre le principe du "travail égal, salaire égal" et celui du "travail équivalent, salaire égal", dit-elle. Le concept d’un salaire égal pour un travail équivalent est difficile à démontrer. En vertu de la Loi 35, la secrétaire d’une entreprise doit être rémunérée comme son collègue manutentionnaire, puisque l’un et l’autre font un travail équivalent. Selon un système de points très poussé, les emplois à majorité féminine et les emplois à majorité masculine sont évalués en fonction de facteurs comme les exigences de l’emploi, les responsabilités, les efforts physiques et mentaux et les conditions de travail. En bout de ligne, les emplois qui obtiennent le même nombre de points sont rémunérés également», précise Esther Déom. «Certains opposants arguent qu’on ne peut comparer des pommes et des oranges et qu’il est donc impossible de comparer le travail de la secrétaire d’une entreprise à celui de son collègue manutentionnaire, ajoute-t-elle. Or, si on dresse la liste des caractéristiques des deux parties, l’exercice est parfaitement faisable.»

Discrimination 101
Détentrice d’un doctorat en relations industrielles de l’Université de Montréal portant sur les relations de travail chez les journalistes, Esther Déom a commencé à enseigner à l’Université Laval en 1983. On lui confie alors le cours portant sur la discrimination en emploi, jusque là offert par un chargé de cours masculin. «Au fil de mes lectures se profilait une constante: même à scolarité égale, il existait toujours un écart salarial entre les hommes et les femmes, se rappelle Esther Déom. Je trouvais que ce n’était vraiment pas acceptable. Comme je suis quelqu’un de très entier, j’ai décidé de m’impliquer à fond.» De fil en aiguille, cette féministe convaincue devient une conférencière très en demande sur la question de l’équité salariale. En 1995, elle fait partie, avec Marie-Hélène Chicha, professeure à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal, d’une commission de consultation sur le sujet. Le rapport que les deux femmes remettront à la ministre de la Condition féminine de l’époque, Jeanne Blackburn, sera le point de départ de la Loi 35. «Le Parti québécois avait fait de l’équité salariale un engagement électoral, alors la conjoncture nous était favorable, constate Esther Déom. Mais il a fallu se battre.» Cela dit, il reste beaucoup de chemin à faire pour que l’équité salariale devienne une réalité au sein de toutes les entreprises assujetties à la Loi 35. En effet, certains employeurs se montrent récalcitrants à appliquer la loi et le nombre d’inspecteurs chargés de vérifier s’avère nettement insuffisant.

«Il faut être très vigilant et ne rien prendre pour acquis, sinon la loi risque de tomber dans l’oubli avec tous les nouveaux emplois qui seront créées, soutient Esther Déom. Sans compter la fatigue qui se fait sentir dans les milieux syndicaliste et féministe.»  

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