Société

«Pourquoi suis-je né au Liban»

Pour les enfants, la guérison des traumatismes psychiques de guerre passe par la prise de parole

Par : Renée Larochelle
On a longtemps pensé que le seul fait d’être un enfant protégeait des traumatismes psychiques causés par la guerre. Parce qu’il ne semblait pas trop perturbé après avoir été témoin d’un meurtre, d’un viol ou d’un bombardement, on s’imaginait que l’enfant était en mesure de poursuivre tranquillement son chemin - un peu ébranlé peut-être - mais somme toute sauvé par la magie de l’enfance. Or, ce n’est pas parce qu’un enfant n’exprime pas sa souffrance systématiquement qu’on doit en conclure que l’affaire est classée. En effet, les symptômes associés aux traumatismes psychiques de guerre peuvent être lents à se manifester chez lui, comme c’est d’ailleurs le cas pour les adultes. À cet égard, une intervention précoce auprès de l’enfant qu’on soupçonne d’être blessé psychiquement n’est pas nécessairement indiquée, le mieux étant de favoriser et de créer des lieux de parole où il puisse parler avec d’autres de ce qu’il a vécu.

Telle est la démarche qu’utilise Garine Zohrabian pour aider les jeunes ayant connu les affres de la guerre, entre autres au Liban, à s’en sortir. Spécialiste en traumatismes psychiques de guerre, cette psychologue libanaise est venue parler de son expérience lors du Congrès biennal du Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement qui a eu lieu sur le campus du 2 au 4 novembre. Après la fin de cette guerre qui a duré 34 jours et au cours de laquelle de 1 200 personnes ont été tuées, 4 000 blessées et 900 000 déplacées, Garine Zohrabian est allée rencontrer dans les écoles des enfants meurtris par des images à jamais gravées dans leur mémoire. Elle en a également accueillis dans son cabinet de consultation, à Beyrouth.

La déchirure
«Entre l’événement traumatique et l’apparition des symptômes, il y a un temps de latence, explique la psychologue. Ces symptômes peuvent apparaître six mois après l’événement traumatique. En fait, l’enfant ne fait pas automatiquement des cauchemars après avoir vécu un bombardement, par exemple. Parfois, il donne l’impression d’avoir passé à travers les coups durs et d’aller bien. Des mois plus tard, un événement anodin, comme un échec à l’école ou la perte d’un objet, peut soudainement déclencher les symptômes. C’est alors qu’on voit que l’enfant n’a pas oublié et qu’il souffre. On observe la même chose chez les soldats canadiens de retour d’Afghanistan qui ont été exposés à des événements traumatisants. Malgré le fait que tout semble bien aller pour eux depuis leur retour au pays, arrive un moment où certains craquent sous la pression. Parfois, c’est l’accumulation d’événements qui cause la déchirure.»

Angoisse de séparation excessive, difficultés de concentration, agressivité, vigilance extrême, tics nerveux, impassibilité, froideur et détachement envers les gens et les événements: la liste des symptômes que présentent les enfants de la guerre est longue. «En consultation, des enfants me demandent "Pourquoi suis-je né au Liban? Pourquoi ne suis-je pas né dans un autre pays? Pourquoi cela m’est-il arrivé à moi?"» dit Garine Zohrabian. On peut les aider à panser leurs blessures mais ils sont cependant marqués pour la vie.» Selon la psychologue, les tuteurs de résilience que sont les parents jouent un grand rôle dans le rétablissement des enfants. «Durant la guerre au Liban, souligne Garine Zohrabian, des parents ont laissé leurs enfants regarder la télévision sans surveillance et sans rien leur dire, tandis que d’autres les ont protégés en fermant la télévision et en leur expliquant ce qui se passait. Ce sont des choix comme ceux-ci qui peuvent faire toute la différence entre un enfant qui s’en sortira sans trop de problèmes et un autre qui connaîtra davantage de difficultés.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!