Société

Pourquoi battre en retraite?

La vieillesse n’est pas une question d’âge mais de construction sociale

Par : Renée Larochelle
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’âge de la retraite, généralement fixé à 65 ans, est appelé ainsi?  Dans l’armée française, à partir du 19e siècle, cet âge correspondait à peu près au moment où on estimait qu’un homme ne pouvait plus porter les armes. Avec le temps, cette norme issue d’un contexte social particulier est devenue tellement ancrée dans nos mœurs qu’on ne se pose plus de questions, même si on s’interroge de plus en plus sur la pertinence de se priver des services et de l’expertise de milliers de personnes forcées de prendre leur retraite. Quand devient-on vieux, au juste? Selon Aline Charles, professeure au Département d’histoire, la réponse varie selon les époques. «Il fut un temps où on prenait sa retraite quand on n’avait plus les capacités physiques ou mentales de travailler, quel que soit son âge, explique-t-elle

L’instauration des régimes de retraite dans les années 1960 change la donne et favorise la retraite à 65 ans pour les personnes alors sur le marché du travail, en grande majorité des hommes. Dans les années 1970, aucune dérogation à la règle n’est permise. On dit alors aux travailleurs: “Vous avez 65 ans, vous partez!”»

Histoires de femmes
Si l’équation vieillesse=retraite prédomine chez les hommes, il n’en est pas de même pour les femmes en raison de leur arrivée plus tardive sur le marché du travail. C’est cet aspect qu’examine Aline Charles dans un livre intitulé Quand devient-on vieille? Femmes, âge et travail au Québec, 1940-1980 (PUL). Dans cet ouvrage, qui a mérité le prix Jean-Charles-Falardeau du meilleur ouvrage de langue française en sciences sociales en 2007-2008, l’auteure explore la manière dont le modèle de la retraite s’étendait aux femmes dans l’univers très féminin qu’était à l’époque le milieu hospitalier où trois groupes de femmes se côtoyaient: les salariées, les religieuses et les bénévoles. La chercheuse a étudié plus particulièrement le cas de l’Hôtel-Dieu de Montréal et de l’Hôpital Sainte-Justine, à travers des documents institutionnels et des trajectoires de vie. 

«L’âge obligatoire de la retraite n’existant pas dans les années 1940, il n’est pas rare de voir des salariées prendre leur retraite à 80 ans, dit Aline Charles. En fait, chaque cas est traité individuellement. Pour les religieuses, on peut dire que tout est travail à tout âge. Quand elles ne s’occupent plus des malades, on les emploie ailleurs, que ce soit pour repriser des chaussettes ou épousseter les chaises du parloir. Les bénévoles âgées, elles, ont le choix de continuer à pratiquer leurs activités.» À partir des années 1960, une petite révolution tranquille s’opère dans les hôpitaux et bien des salariées sont invitées à prendre leur retraite, à l’instar de leurs collègues masculins. De leur côté, religieuses et bénévoles gardent le fort. Au cours des années 1970, les transformations sociales que connaît le Québec forcent les religieuses à prendre leur retraite à 65 ans, comme tout le monde. Si certaines travaillent pour leur communauté, d’autres restent à l’hôpital pour rallier les rangs des bénévoles.

Quand devient-on vieux, quand devient-on vieille? «La vieillesse est d’abord et avant tout une construction sociale, affirme Aline Charles. L’importance qu’on accorde à l’âge s’est accentuée au cours du 20e siècle. Cela dit, depuis une vingtaine d’années, les trajectoires de vie sont moins coulées dans le béton qu’avant. Par exemple, des préretraités décident de retourner aux études ou des retraités choisissent de retourner travailler. L’âge auquel on quitte les bancs d’école et où on accède au marché du travail a également tendance à changer.»

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