Société

Pour ne pas oublier

La Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique réalise présentement une exposition virtuelle consacrée à 20 survivants des camps nazis ayant émigré au Canada

Par : Yvon Larose
La jeune Sarah Engelhard donne la main à son père à l’arrivée de sa famille à Montréal en 1944.
La jeune Sarah Engelhard donne la main à son père à l’arrivée de sa famille à Montréal en 1944.
Stefan Carter, Paul Herczeg, Michael Kutz, Hélène Goldflus, Minna Loewith et Sarah Engelhard ont plusieurs choses en commun. Ils sont d’origine européenne, ils sont de confession juive et ils ont connu les camps nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont ensuite refait leur vie au Canada et ils sont toujours vivants, malgré leur grand âge.

Ces six personnes sont au cœur de Building New Lives, un projet d’exposition virtuelle en cours de réalisation à la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l’Université Laval. Initiative du Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal, le projet, qui verra le jour en 2017, a reçu l’appui du Programme d’investissement pour les expositions virtuelles du Musée virtuel du Canada.

L’exposition – dont les contenus seront sous-titrés en français et en anglais – donnera la parole à 20 survivants des camps de la mort ayant émigré au Canada. Ils venaient d’Allemagne, de l’ex-Tchécoslovaquie, de Pologne, d’Autriche, de Roumanie, du Bélarus et de France. La plupart ont foulé le sol canadien en 1948, quelques années après la guerre. La majorité s’est installée à Montréal et à Toronto. En tout, 31 000 survivants de l’Holocauste ont immigré au Canada.

«L’exposition traite d’un volet important de l’histoire contemporaine, explique le titulaire de la Chaire, le professeur au Département des sciences historiques, Laurier Turgeon. Ce sujet est également très fort pour toutes les personnes qui ont livré un témoignage.» Selon lui, les survivants abordent leur expérience de la guerre avec beaucoup de retenue. «Ils en parlent peu, dit-il. Ils y font allusion, mais pas vraiment dans le détail. On voit qu’ils souhaitent ne pas en parler. On sent qu’ils ont des souvenirs très négatifs et très difficiles.»

Dans son témoignage, Stefan Carter remonte à son enfance à Varsovie, dans une Pologne occupée par l’armée allemande. Il relate l’épisode de la construction du mur de briques de trois mètres de hauteur, surmonté de barbelés, qui allait complètement isoler la communauté juive du reste de la ville. C’était à l’automne 1940. «Toutes les personnes juives de la ville ont reçu l’ordre de déménager dans ce qui allait devenir le ghetto juif, raconte-t-il. Je crois que la plupart l’ont fait. Mes parents et moi l’avons fait.» Dans le ghetto, des écoles clandestines ont vu le jour. Stefan Carter faisait partie d’un groupe d’élèves. «Nous nous réunissions en différents endroits, souligne-t-il. Je me rappelle d’un professeur qui enseignait à mon école avant la guerre. Au ghetto, il enseignait l’histoire et il jouait du violon.»

L’exposition virtuelle consacre deux capsules vidéo de moins de trois minutes à chacun des témoins. L’une porte sur leur expérience de la guerre. L’autre met l’accent sur leur immigration au Canada et leur intégration à la société d’accueil. Les contenus comprennent des photographies familiales et des segments d’entrevues vidéo réalisées entre les années 1980 et 2000. Ces documents sont tirés des archives audiovisuelles du Centre commémoratif de l’Holocauste.

Stefan Carter raconte qu’en 1946, il se trouvait à Munich, en Allemagne, dans un camp de personnes déplacées. C’est là qu’il retrouve sa tante, son oncle et son cousin. Deux années plus tard, il immigre au Canada où il a des relations. Il se fixe à Winnipeg et entreprend des études à l’Université du Manitoba. Il fera carrière comme médecin.

Selon Laurier Turgeon, les témoignages contiennent une bonne dose d’espoir en l’avenir. «L’immigration a été pour eux une libération, soutient-il. Un moment fort a certes été la traversée de l’océan. On sent qu’il s’agit d’un moment de basculement. Cette période d’attente est faite d’appréhension. Ils se demandent comment les choses vont se passer. Mais le dénouement fut heureux. Ils ont été bien accueillis. Eux qui avaient subi l’oppression et le manque de liberté arrivaient dans un pays où ils étaient des citoyens comme les autres et réellement libres.»

En plus des témoignages, les commentaires de six spécialistes viendront enrichir le propos.

L’équipe de réalisation comprend Laurier Turgeon, le professionnel de recherche Philippe Dubois et le consultant Helgi Piccinin. Pierre-Luc Lecours est responsable du mixage sonore et de la musique originale. Le montage a été confié à Michaël Gravel.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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