Société

Pink Blood

La haine de l’autre est à la base de la violence homophobe, selon le criminologue Douglas Victor Janoff

Par : Renée Larochelle
Douglas Victor Janoff se souviendra toujours de cette nuit du 5 août 1992 où un de ses amis gais a été retrouvé la tête écrabouillée dans un coin sombre de Stanley Park fréquenté par des homosexuels à Vancouver. Sauvagement tabassé par un groupe de jeunes, complètement défiguré, il aura fallu presque un an avant que le visage de cet ami ressemble à celui d’un être humain, et encore. Aujourd’hui, ce visage «tient» grâce à huit plaques de métal et trente-huit vis. C’est la violence de l’agression et le constat qu’il a fait que la violence homophobe existait bel et bien au Canada qui ont poussé Douglas Victor Janoff, journaliste à la pige à l’époque et aujourd’hui criminologue et conseiller en matière de politiques au gouvernement du Canada, à écrire un livre, Pink Blood. Publiée récemment en français aux Éditions Tryptique, il s’agit de la première étude à faire le portrait de la violence homophobe à l’échelle canadienne. La version anglaise du livre a paru en 2005 aux Presses de l’Université de Toronto et figure au programme d’enseignement de plusieurs facultés universitaires canadiennes.

Légitime défense?
Le 17 octobre, au pavillon Charles-de Koninck, Douglas Victor Janoff a prononcé une conférence sur les résultats de cette enquête couvrant plus de 350 agressions et quelque 120 homicides perpétrés au Canada sur des gais et des lesbiennes, entre 1990 et 2004. Premier constat: la violence homophobe est souvent déguisée ou combinée à d’autres types de crimes. De nombreux vols par effraction et actes d’agression sexuelle visant des victimes homosexuelles peuvent ainsi avoir en réalité une motivation homophobe. «Parce que la haine n’est pas possible à prouver, il est difficile de démontrer que l’agression revêt un caractère discriminatoire envers les gais», souligne Douglas Victor Janoff. Ensuite, dans plus de 25 % des cas analysés, l’accusé a allégué avoir fait l’objet d’avances de la part de la victime ou invoqué la légitime défense, du genre «il m’a abordé, je me suis défendu», sauf que cette légitime défense prend parfois l’allure d’un véritable carnage avec 40 coups de poignard assénés à certaines victimes.

«Les homicides ne peuvent pas être décrits tout simplement comme des crimes motivés par la haine et les victimes n’étaient pas toutes homosexuelles, convient Douglas Victor Janoff; il n’en demeure pas moins que bon nombre d’entre elles étaient perçues comme telles.» Enfin, la plupart des incidents de violence homophobe analysés par le criminologue ont eu lieu dans de grands centres urbains, surtout à Toronto et à Vancouver. Dans de nombreuses villes canadiennes, quand on demande à la police si elle se tient au courant des cas de violence homophobe, elle répond qu’elle le fait en fonction de chaque cas, rapporte l’auteur de Pink Blood. Quant à savoir le nombre exact de cas survenus dans l’année écoulée ou depuis cinq ou dix ans, les services de police répondent généralement qu’il n’y en a pas ou qu’ils l’ignorent.

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