Société

Oser les mots du désir

La sexologue et psychothérapeute Isabelle Proulx insiste sur la nécessité de nommer ses désirs dans un contexte sexuel

Par : Pascale Guéricolas
Devant un parterre d'étudiants très attentifs, l'enseignante au certificat en santé sexuelle Isabelle Proulx n'a pas hésité à s'attaquer à quelques mythes récalcitrants, dans le cadre d'une conférence qui se tenait le jour de la Saint-Valentin. Cet événement s'inscrivait dans la programmation de Sans oui c'est non, la semaine de prévention de la violence à caractère sexuel. Thérapeute auprès de couples en panne de désir ou confrontés à une vision différente des rapports sexuels, elle a pu constater que les personnes ont souvent des difficultés à s'exprimer en matière de sexualité.

«Plusieurs considèrent, par exemple, que parler, ça brise le charme et que c'est contraire à la spontanéité, souligne la sexologue. Ou encore, ils croient à l'amour romantique, tel que nous le présentent tant de films, et pensent que leur partenaire devrait comme par magie comprendre le moindre de leurs désirs.» Rien de plus faux selon celle qui milite pour une communication franche en matière de rapports sexuels. S'exprimer clairement constituerait l'antidote à l'insatisfaction et aux conflits larvés, une façon de «tenir l'autre à jour sur sa sexualité.» Après tout, dit-elle en substance, si je demande ce que je veux, j'éprouverai davantage de satisfaction.

Cependant, Isabelle Proulx le reconnaît, communiquer ses envies, ses fantasmes et ses préférences sur la façon dont l'autre touche notre corps prend du temps et de l'expérience. Il faut d'abord se connaître et connaître les mots précis du désir. Un apprentissage qui s'appuie souvent sur la confiance en soi inculquée dans l'enfance et qui se cultive ensuite dans l'intimité. D'un autre côté, souligne la conférencière, les relations ont beau être personnelles, elles s'inscrivent aussi dans un certain contexte social. Or, les stéréotypes sexuels ont la vie dure, même si en apparence notre époque prône une plus grande ouverture à l'égard des différents modèles de sexualité que dans un passé récent.

«Quelles sont les attentes envers les garçons et envers les filles?», demande la sexologue à la salle. «On attend encore des gars qu'ils prennent l'initiative», réplique un participant. Et la thérapeute de renchérir que plusieurs hommes reconnaissent dans son bureau qu'ils aimeraient que leur partenaire les considère davantage comme un objet de désir et que celui ou celle-ci prenne davantage d'initiative. En interrogeant les personnes qui la consultent sur ce qu'elles diraient si elles osaient échanger avec leur partenaire, la thérapeute a constaté que plusieurs ont envie d'explorer leur sexualité. Certains évoquent les relations à trois, d'autres l'échangisme ou le sadomasochisme notamment. C'est l'occasion selon Isabelle Proulx d'ouvrir de nouveaux horizons, à condition toutefois de toujours valider avec l'autre que les gestes posés lui conviennent. La thérapeute le dit et le répète: la communication verbale s'impose comme un incontournable, même dans une relation où les gestes dominent.

La conférence a été filmée et sera diffusée ultérieurement sur le site de la CADEUL.

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